Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Le mois parfait des Cowboys Fringants

Les Cowboys Fringants, guerriers folk engagés

Voir en plein écran
Previous Next

Pierre Harel

Non! Ça n’est pas l’Octobre de Pierre Flynn! L’unique Octobre de la Maudite Machine! Il s’agit d’un autre Octobre qui est le titre du nouvel album des Cowboys Fringants et de la première pièce de ce CD arborant en couverture de jaquette une toile de la série, La Forêt, du peintre québécois Marc Séguin. Magnifique portrait de fines et longues épinettes noires déchirant un ciel charbonneux troué d’un soleil rouge vif qui, assez étrangement, irait comme un gant à l’Octobre de Flynn.

Nous vivons, n’est-ce pas, une période molle où la créativité primale de l’artiste est mise au rancart pour favoriser les reprises et les hommages en tous genres d’œuvres pourtant déjà créées et exploitées. Les domaines de la chanson et du théâtre sont particulièrement frappés de cette épidémie n’apportant rien de nouveau et n’étant essentiellement que des opérations commerciales de producteurs préférant bêtement le connu à l’inconnu. Je ferais remarquer à mes amis lecteurs que l’exploration de l’inconnu psycho-émotionnel demeure la raison d’être, le modus vivendi, de l’artiste poète qu’il soit musicien, écrivain, chanteur, danseur, peintre ou sculpteur, pour ne nommer que ces disciplines conventionnelles.

Qualité poétique, rime riche

Les Cowboys Fringants, donc, viennent de lancer quatorze nouvelles chansons sous étiquette La Tribu, de la Compagnie Larivée Cabot Champagne qui, petit train va loin, est devenue un géant local des Industries culturelles en ayant une entrée dans tous les aspects de la production, la diffusion et la mise en marché de disques et de spectacles au Québec. Chansons nouvelles? Nouvelles chansons? Une suite à l’album sans fin des Cowboys? Allons voir…

La première au corpus du CD, Octobre, éponyme au titre de l’album, fera sans doute le plaisir de milliers de fidèles auditeurs de ce groupe devenu mythique d’une génération maintenant de la quarantaine, comme pour la deuxième, Bye Bye Lou, bijou de paroles et de mélodie. Les Cowboys Fringants, malgré une appellation western cachant leur intellectualité, sont définitivement remarquables par la qualité poétique recherchée de leurs textes, la belle clarté des images utilisées et le soin apporté à la rime riche. Quoique parfois richissime! Comme, par exemple, ce renvoi à la chanson La Manic de Georges Dor «Dans les rues sales et transversales», lorsque les Cowboys se fendent d’un «Les vers de terre se terrent dans les artères». Oh boy!

La cinquième piste, Pizza Galaxie, est ma préférée, touchante, vraie et sincère, tellement bien écrite qu’elle en devient un scénario de clip facilement imaginable pour n’importe qui, et c’est ça qui est tellement beau et généreux. Une vraie belle chanson en langue canadienne-française comme il y en a presque plus! J’adore «La vérité sort d’la bouche des enfants d’chiennes» et la magnifique «Moi qui aurais tellement besoin d’une amie dans l’immensité de mon ennui, comme tout le monde je cherche la même chose, un peu d’amour sur mes ecchymoses».

Des artistes fidèles et tenaces

Au-delà de toutes considérations chansonnières ou artistiques, je salue la ferveur les Cowboys Fringants et leur fidélité tenace envers la Nation canadienne-française et son histoire depuis les débuts de la colonie française du 17e siècle. La 13e pièce, Louis Hébert, est une chanson phare qui devrait être disponible pour écoute dans chacune des bibliothèques québécoises et franco-canadiennes des autres provinces. Est-ce un effet du hasard? CF, l’acronyme des Cowboys Fringants est aussi celui des Canadiens-français, l’ethnie principale au Québec, dont la diaspora est présente dans toutes les provinces et territoires canadiens.

Pour terminer, je rends hommage aux créateurs d’une poésie populaire riche et sensible qui chante le langage des Canadiens-français et racontent de petites légendes tellement, mais tellement touchantes de la simple vérité des petites gens nous apparaissant à travers leurs chansons comme des héros ordinaires. À cet effet, la dernière chanson de l’album, Pub Royal, pourrait être l’objet d’un scénario de film mettant en scène une jeune junkie fuyant le dépotoir des enfances déchirées de Montréal pour se réfugier à Chibougamau et y recommencer sa vie. Tout simplement magnifique!

Étant d’une autre génération et d’une autre tendance musicale, je ne connaissais pas les Cowboys Fringants autrement que d’avoir entendu leur nom et certaines de leur chansons, à la sauvette, ici et là, à la radio. Il ne m’était pas arrivé de prendre le temps d’écouter. Je l’ai fait. Je ne m’attendais pas à y trouver autant de sensible sophistication, de talent poétique, et de perfection chansonnière. À vous d’écouter…

Bonne semaine.

Aussi sur Canoe.ca:



Cliquez sur "J'aime" pour ajouter nos articles à votre fil Facebook


Vidéos

Photos