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Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Une oeuvre d'art véritable signée Lily K.O.

Une oeuvre d'art véritable signée Lily K.O.

Raf Rioux et Sélène Bérubé forment le duo Lily K.O.Photo Believe Digital

Pierre Harel

Ces temps-ci j’entends beaucoup de nouveaux titres joués par de nouveaux groupes et la plupart du temps c’est excellent, mis à part certains irritants, dont je parlais déjà il y a longtemps dans ma chronique chez Canoe.ca. Comme par exemple, le mix tonitruant rendant inaudible à l’écoute radiophonique le poème d’une chanson. En supposant que ce soit un poème évidemment puisque je n’arrive à entendre, la plupart du temps, que quelques mots par ci par là.

Ces chansons-là sont exclusivement interprétées par des «bands» de gars. Chez les filles, c’est différent. La voix est habituellement très audible et les mix ne tonitruent pas. Mais rien de particulièrement intéressant musicalement ou de surprenant poétiquement ne vient troubler la quiétude ordinaire du genre chansonnier féminin, en ne comptant pas les rockeuses, il y en a très peu, qui sont aussi enterrées que les rockeurs par leurs musiciens. Comme chez les filles, les gars dont on entend bien les paroles n’ont souvent pas grand-chose à dire, comme certains d’entre eux dont on aimerait n’écouter que les musique et les mélodies. Depuis qu’il y a un peu d’argent à faire avec les droits d’auteur, tous les «gratteux d’guitare», tous les «pianoteux» et la plupart des interprètes cherchent à s’improviser paroliers-poètes.

Passer de cauchemar à rêve

Justement! V’là t’y pas que je croyais entendre se réaliser mon cauchemar rénové lorsque j’entendis la piste 1 de l’album Le chaos et le temps de Lily K.O., intitulée Les prémices. Que des vocalises! Éthérées, étranges souvenances psychédéliques devant annoncer les neuf autres pistes du CD de la géniale Sélène Bérubé et de son multi-instrumentiste de copain Raf Rioux, les deux seuls membres du groupe Lily K.O. Pas pantoute! Mais pas du tout!

Sélène Bérubé! Ah, Sélène Bérubé! Dès les premiers instants à l’écoute de la piste 2, Le chaos et le temps, je fus immédiatement conquis, voir même subjugué par le timbre à la fois pur et feutré d’une voix aux modulations me rappelant parfois avec surprise et bonheur celles de Colin Hay, le chanteur du groupe australien Men at Work.

La piste 3 est un chef d’œuvre! C’est rare qu’une vraie poétesse ou un vrai poète ayant cette rare qualité de poésie, puisse chanter avec autant d’intelligence et de virtuosité. Pourtant J’sais pas est d’une simplicité réconfortante et tout à fait réjouissante, d’un talent égal à Gainsbourg envers la Bardot, sans avoir de ressemblance ni à l’un ni à l’autre, les deux amalgamés en une seule personne, Sélène Bérubé, à la fois Gainsbourg et Bardot sur fond de presque électro, commodément appelé «alternatif» par les équarisseurs de l’industrie.

La piste 4, intitulée Une mélodie, est tout simplement adorable d’interprétation soignée mais empreinte d’un naturel désarmant dénotant une grande maitrise de l’art poétique et musical, aux phrases mélodiques coupant le rythme à la Colin Hay, au texte idéalement ingénu et soutenu par des vocalises touchant à la souvenance de certains passages de Disneyland, ou de Marie-Michèle Desrosiers dans Beau Dommage. Surprenant et délicieux.

Prêt à marquer la scène québécoise

La piste 6, Septembre, est une pièce de collection, une rareté dans le monde musical québécois, techno-alternatif ou pas. Je me souviens de la sortie du premier album de Beau Dommage et de l’équilibre qu’il démontrait entre la cohérente perfection des textes et l’originalité de l’accompagnement musical marié à l’expression vocale. C’était il y a une quarantaine d’années avant la sortie de l’album Le chaos et le temps de Lily K.O., qui à son tour, je le crois, va marquer la scène québécoise et peut-être internationale par le biais de ce qu’on pourrait appeler la chanson purement techno advenant qu’elle y plonge pour de bon. Ce qui pourrait me sembler être une incongruité, car le genre techno est connu pour ne pas supporter la voix humaine dans l’expression de la poésie chantée.

Mais là! La voix de Sélène Bérubé est celle d’une douce créature qu’on dirait issue de la biorobotique mais dotée d’une âme à la sensibilité surhumaine, à la douceur feutrée pourtant capable de se transformer lorsqu’elle vocalise dans les hautes, surtout pour la piste 7, Point de chute, alors que la jeune diva donne un aperçu de ses capacités vocales exceptionnelles. Mais il n’y a pas que Sélène Bérubé sur cet album, même si elle y chante merveilleusement et qu’elle y joue des claviers. Il y a aussi son associé Raf Rioux à qui on doit sans doute les arrangements sophistiqués en plus des jeux d’ukulélé, de guitare, de claviers et de basse. Enfin, Ludo Pin a coréalisé l’album avec Sélène et Raf.

Je recommande fortement l’écoute de cet album qui tient plus beaucoup plus de l’œuvre d’art véritable que d’un produit commercial. À n’en pas douter, Le chaos et le temps est une œuvre d’art. Magnifique!

Bonne semaine.



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