Chroniques

Chronique de Pierre Harel

Pierre Harel
Canoë

Stephen Faulkner, un poète remarquable

Stephen Faulkner, un poète remarquable

Stephen Faulkner dans une image tirée du film J'm'en va r'viendre.Photo NITROFILMS 2011

Pierre Harel

Jeudi matin passé, je suis allé au Domaine Maizerets de Limoilou un peu avant neuf heures, alors que devaient s’y pointer en vélocipèdes des amis de longue date en tournée pré-électorale. En fait, l’un plus âgé que l’autre puisque je connais Gilles Duceppe depuis ses débuts en politique étudiante à l’UGEQ avec ma soeur Louise.

En 1968, Gilles m’avait invité à titre de poète officiel à réciter mes poèmes de liberté et d’indépendance lors de l’assemblée de dissolution du RIN en faveur de la formation du Parti québécois au Dawson College. J’avais reçu un cachet de 60 dollars. Somme importante pour l’époque. Son retour à la chefferie du BLOC pourrait mieux se comprendre par l’utilisation de l’expression «noblesse oblige», puisque Gilles Duceppe a quitté une retraite active et confortable pour replonger en politique à la rescousse du BLOC, parti politique fédéral exclusivement voué aux intérêts du Québec et des Québécois.

L’autre ami, je le connais plus personnellement depuis 2004, alors que lui et Madame Snyder m’avaient extirpé de la purée en finançant l’écriture de mon premier livre, un auto-roman intitulé Harel Rock ma Vie, devenu un succès de librairie à plus de 7000 exemplaires vendus à ce jour chez Libre Expression.

En 2007, alors que la dèche nous avait rattrapé mon BBLou et moi, cet ami a continué de nous aider à vivre et de soutenir le hockey de Lou pour finalement, en 2011, accepter de me confier un job de chroniqueur que j’occupe encore aujourd’hui. En octobre de cette année-là, nous avons chanté ensemble sur scène l’une de ses chansons préférées, L’agriculture, lors du party de son 50e anniversaire de naissance à l’Olympia de Montréal. Encore il y a deux semaines, Pierre Karl contribuait à la présence de Lou à Boston avec l’équipe des Québec Prospects au tournoi des 15 ans (1999) nord-américains de la prestigieuse Chowder Cup, puisque je n’avais pas tout l’argent nécessaire au voyage. Je peux donc témoigner, hors de tout doute, que Pierre Karl Péladeau est un homme de cœur qui ne laisse pas tomber ses amis dans l’épreuve, et qu’il a toutes les qualités humaines nécessaires à devenir le guide d’une nation en marche vers son autonomie politique.

Avoir peur de l'amour

En janvier 2010, alors que j’avais dégoté un contrat de spectacle à L’inspecteur Épingle rue Saint-Hubert à Montréal, v’là t’y pas que mon vieil ami Cassonade, alias «Cass», Stephen Faulkner de son nom, se pointe avec Plume Latraverse alias «Le grand flanc mou». Les deux compères passablement éméchés se mettent aussitôt à beugler tout en allant s’asseoir en titubant au fond du minuscule bar: «Enwèye Harel! Rock’n’roll! Rock’n’roll! Harel! Enwèye! Té capab’! Rock’n’roll!»

J’étais sur scène depuis déjà plus d’une heure accompagné du talentueux multi-instrumentiste Éric Goyette, et leur débarquement intempestif m’ayant passablement irrité, après une brève concertation Éric commença au piano l’improvisation d’une ballade alors que j’inventais une mélodie soutenant le poème de J’ai si peur de l’amour, chanson figurant sur l’album de Corbach Amérock du Nord paru en 1996. L’improvisation était la meilleure chose à faire puisque nous n’avions pas répété cette chanson telle qu’enregistrée quatorze ans auparavant sur une musique de Donald Hince.

En voici le poème:

«J’ai si peur de l’amour et de son fleuve de tendresse que je plonge dans la détresse pour ne trouver de moi qu’une poussière de vie. J’ai si peur de crier que je me couds la bouche au fil de mes pensées, c’est un point compliqué qui me déchire quand je le tire. J’ai si peur qu’on me touche que je me suis fait de glace et transparent je marche dans la noirceur du passé vers la chaleur de tes bras mon amour».

À la fin de la chanson, dans le silence presque religieux d’une assistance émue, on entendait plus que les sanglots des deux impayables ivrognes versant un déluge de larmes au fond de la salle. Ces durs à cuire, pourtant notoirement cyniques et moqueurs, avaient été profondément touchés par notre interprétation, Éric et moi, de cette chanson d’une déchirante douceur. Intimidé de cette réaction inattendue, je suis sorti à l’extérieur fumer une cigarette sur le trottoir avec leurs copines pendant qu’Éric ingurgitait rapidement quelques bières compensant pour celles qu’il n’avait pas bu pendant la première partie du spectacle.

Je connais Stephen Faulkner sous le sobriquet de «Cassonade» depuis qu’il a été le guitariste de Plume Latraverse au cours des années 70. Nous avons jammé quelques fois ensemble avec d’autres musiciens pour le plaisir. Lorsqu’il a quitté ce grippe-sou de Plume pour se mettre au piano et composer son propre matériel nous en avons tous été heureux. Stephen a écrit de très belles chansons, dont Si j’avais un char, Mon grand ch’val noir d’amour, Guénillou dans mon cœur et il a interprété une chanson que j’avais co-écrite avec feu Willie Lamothe, Willie m’a dit.

«Cass» Faulkner est un poète remarquable pour qui la poésie se transpose dans l’existence, là où elle doit être. C’est un peintre d’émotions simples et populaires à l’instar des naïfs. Voilà pourquoi la chanson country lui va tellement bien car à travers la mouise radiophonique, cacophonant d’émotions factices et de sentimentalités vides, ses chansons sont tout simplement vivantes comme il l’est lui-même à vivre sa vie de poète.

Je souhaite sincèrement que Stephen Faulkner, mon ami «Cassonade», réussisse à nous faire le bonheur de sortir un nouveau CD de chansons nouvelles au plus tard en 2016.



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