Accueil Divertissement
 
 
Canoe.ca
Chronique de Pierre Harel - Le Parallèle

CHRONIQUE DE PIERRE HAREL

Le Parallèle

Canoe.ca
09-01-2013 | 12h17

J'ai reçu une lettre du Conseil des arts et des lettres du Québec. Depuis une bonne dizaine d'années, toutes celles que je recevais commençaient invariablement par: «Monsieur, j'ai le regret de vous informer que le Conseil des arts et des lettres du Québec ne peut...».

Ne souhaitant pas gâcher notre temps des fêtes, je ne l'ai pas décachetée tout de suite cette lettre, préférant remettre le désenchantement habituel à plus tard. J'avais bien reçu un coup de fil quelques jours avant Noël m'annonçant que j'étais le lauréat 2013 de la Bourse de carrière en cinéma du CALQ mais je croyais à un canular. J'en ai connu quelques-uns, de canulars, en 2012! Et pas des moindres! Des véreux comme celui du film Gerry et des malicieux comme le remplacement de ma voix par celle d'un autre chanteur à l'interprétation de la chanson thème de mon film Bulldozer, lors d'un visionnement au Festival du Nouveau Cinéma.

Toujours est-il qu'hier, je fendis proprement l'enveloppe oubliée d'une lame d'exacto et, que lis-je à la première page d'une série de quatre? Les yeux incrédules, je lus: «Monsieur, j'ai le plaisir de vous annoncer que le Conseil des arts et des lettres du Québec, en reconnaissance de votre contribution exceptionnelle à la culture québécoise, vous attribuera une bourse de carrière pour l'année 2013».

Bon! Voilà que je redeviens cinéaste! C'est pas trop tôt, le rock'n'roll c'est dur pour les os! Il vous faut savoir, chers associés qui lisez ce que j'écris, il vous faut savoir que je suis bel et bien cinéaste et que depuis 1965, j'ai produit et réalisé pas moins de cinq longs métrages de fiction, deux longs métrages documentaires, deux moyens métrages et quelques esquisses en 16mm détenues aux voûtes de la Cinémathèque québécoise.

Tout ça, en partie à compte d'auteur. J'en ai bavé! J'en ai mangé du baloné! J'en ai squatté des salles de montage! Chanceux qu'il y ait eu le Cinéma Parallèle pour présenter certains de mes films qui n'auraient pas été vus autrement. Notamment Vie d'ange et Grelot rouge sanglot bleu. Et je ne suis pas le seul. Presque l'ensemble de la cinématographie québécoise des années 70 et 80 doit sa survivance au Cinéma Parallèle.

Or donc, j'ai reçu un message courriel de mon ami Claude Chamberlan, cofondateur et directeur du Parallèle depuis sa fondation en 1967 jusqu'à sa malencontreuse association avec l'Excentris. C'est le véritable cri du coeur d'un papa qui veut sauver son bébé d'une mort certaine. Je prends la liberté de vous le transmettre, puisque Claude ne m'a rien demandé. Lisez attentivement, je vous prie, et prenez bonne note que le Cinéma Parallèle est une institution cinématographique populaire, nécessaire au développement d'un cinéma national et indispensable aux jeunes cinéastes de premières oeuvres qui ne peuvent utiliser de gros budgets. Le Cinéma Parallèle est la salle de projection des créateurs indépendants. Nous en avons besoin! Je vous laisse sur des extraits du texte de Claude Chamberlan: 

«J'ai cofondé le Cinéma Parallèle il y a 45 ans (en 1967) avec lequel j'ai créé, jumelé et réseauté une multitude de projets de salles, de maisons de distribution et de production, de festivals (Festival du nouveau cinéma, Magnifico, etc.), d'événements thématiques, de rétrospectives et d'hommages. Tous ces événements inter-reliés ont été réalisés grâce à des équipes remarquables et complices, pour faire découvrir de jeunes cinéastes prometteurs et pour une diffusion accrue du cinéma québécois indépendant.

«En 1997, j'ai initié avec Daniel Langlois l'idée de construire un complexe (Excentris) d'au moins cinq salles pour assurer une viabilité financière et créer une certaine dynamique dans la programmation. Il en a construit trois que j'ai dirigées dès le début avec succès de 1999 à 2006, puis comme consultant à la programmation de 2007à 2009. 

«Le marasme qu'Excentris connaît actuellement entraînera inévitablement dans sa chute celle du Cinéma Parallèle. Excentris est aujourd'hui devenu un éléphant blanc impossible à rentabiliser.  

«Pour sa survie, il lui faudrait un financement majeur d'un nouveau mécène passionné ou que les institutions publiques continuent d'engloutir et de gaspiller des sommes astronomiques, soit près de 8 millions de subventions & prêts en 2011. Ce qui m'apparaît indécent et injuste à l'égard des autres salles de répertoire, en région et à Montréal qui, de peine et de misère, accomplissent le même travail en contribuant tout autant au développement culturel du Québec.

«S'il veut survivre, le Cinéma Parallèle doit se dissocier d'Excentris pour retrouver son âme et ses vraies sources d'inspiration. Il lui faut créer un nouveau lieu ouvert, accessible, magique et sans prétention. Une place animée et excitante pour tous les scénarii en devenir, leurs auteurs et leur public. Il lui faut chercher un espace à un coût raisonnable, bien situé, près d'une station de métro et d'un stationnement. Il lui faut une équipe de programmation audacieuse et allumée, jeune d'esprit et en symbiose avec la grande diversité qu'offrent les nouveaux cinémas du monde entier. Le tout, bien sûr, accompagné par un conseil d'administration frondeur, à l'esprit à la fois poétique et réaliste. 

«Le Parallèle est à l'heure des choix: stagner dans l'insoutenable présent ou renaître autrement.

«C'est mon voeu le plus cher pour l'année 2013.

Claude Chamberlan»

haut