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Chronique de Pierre Harel - Saint-Aimé

CHRONIQUE DE PIERRE HAREL

Saint-Aimé

Canoe.ca
26-07-2011 | 12h31

J'arrive de courtes vacances avec BBLou chez Nicole Giguère et Michel Murphy («Le Murph»), le fameux éclairagiste des débuts d'Offenbach, de Corbeau et de Corbach, peintre luminescent de mon film Grelo Rouge Sanglot Bleu, récipiendaire d'un Félix pour son chef-d'oeuvre de la Place des Arts, alors qu'il y a peint de lumières la prestation de Claude Dubois accompagné de l'Orchestre Symphonique de Montréal.

Elle, «Matante Nicole», sainte femme d'une grande beauté, a été comme une mère dévouée pour mon Loupiau alors âgé de deux ans et demi pendant que je rénovais avec l'inoubliable Isabelle Morin, l'isba de Saint-Michel-des-Saints en compagnie du «Murph», de «Coyote», et d'autres sbires au gros yeux sortis de la tête.

On peut suivre le dénouement de cette saga de la Haute Matawinie dans mon livre Harel Rock ma Vie, paru chex Librex en 2005.

Bon! Ceci étant dit Saint-Aimé-de-Massueville est une petite localité qui occupe les deux rives de la Yamaska à environ une trentaine de kilomètres de Sorel. On y accède par l'autoroute 20 en sortant à Saint-Hyacinthe vers le nord.

Fondée en 1875 par le seigneur Gaspard-Aimé Massue, établi à Varennes en 1812, Saint-Aimé n'a jamais dépassé le seuil des 600 habitants. C'est un coin du Québec d'une luxuriance végétale hors du commun. De nombreux petits cours d'eau et une topographie vallonneuse donnent à cette partie de la Montérégie des airs limousins d'abondance terrienne.

Tout y est gras et rondelet! Les verdures vont du céladon à l'émeraude jusqu'au vert profond, presque noir, percées de çi de là par les épis rouge sang des vinaigriers qui y pullulent. Et ça pousse! Et ça croît!

Et ça ressemble à une petite jungle nordique touffue, humide, plongeant les racines de ses myriades de plantes indigènes dans le terreau odorant d'un sol enrichi par 200 ans d'épandages de fumiers et de bouses libres de vaches, de boeufs, de crottes de chevaux, de poules et de canards qui n'ont cessé de s'y promener.

Sauf que, depuis quelques années, ces belles terres grassouillettes qui produisaient un maraîché savoureux et surtout, un blé d'inde succulent tant pour les humains que pour les bovins, sont devenues le fief des producteurs de pelouses.

Sur des centaines d'hectares déboisés, désenracinés, érochés, nettoyés comme la plus belle des pelouses de Westmount, on y cultive un gazon de belle qualité qu'on récolte deux ou trois fois de mai à novembre, à grands coups d'engrais non affectés à la croissance rapide de plantes destinées à la consommation humaine. De la graine d'enfer!

Alors, sur le grand parvis surélevé de la chaumière de feu Pierre Carrier, tout en admirant une mer gazonnée s'étendant sur environ 10 kilomètres par quatre, j'apprenais enfin à m'accompagner à la guitare accoustique pour chanter en solo ma Faut que j'me pousse!

Quelle victoire! 35 ans plus tard! Comme l'aurait jappé Pierre, le métissé papa de la sculpturale Marie-Lou Carrier, fille unique de la «Matante Nicole» de mon Lou: «Y'é jamais trop tard pour bien faire»!

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