Raphaël Gendron-Martin
Journal de Montréal

Le «magicien des mots» n'est plus

L'auteur Réjean Ducharme laisse un important héritage culturel - Le «magicien des mots» n'est plus

L'auteur Réjean Ducharme a laissé sa marque dans la littérature, au théâtre, au cinéma et en chanson.Photo courtoisie Claire Richard, Gallimard

Raphaël Gendron-Martin

Considéré comme l'un des auteurs les plus originaux et prolifiques du Québec, Réjean Ducharme a rendu son dernier souffle mardi à l'âge de 76 ans. Les témoignages ont été nombreux pour souligner l'oeuvre colossale de l'auteur derrière L'Avalée des avalés et Les bons débarras.

« Un auteur à la plume unique », « un géant », « un maître », « un magicien de l'art et des mots ». Les qualificatifs ne manquaient pas, mardi, pour décrire l'artiste singulier qu'a été Réjean Ducharme.

Depuis les années 1960, l'auteur a fait sa marque autant en littérature (L'Avalée des avalés, L'hiver de force), qu'au théâtre (Ha ha !, Ine Pérée et Inat Tendu), au cinéma (Les bons débarras) et en chanson (Robert Charlebois, Pauline Julien).

Hommages

Sur sa page Facebook mardi, Robert Charlebois y est allé d'un court hommage à son ancien camarade de travail. « Le silence est d'or. Dors Réjean, dors. Depuis qu' t'a plume s'est envolée. On n'a plus mots à piétiner dans l'Avalée des Avalés. Ta plume d'argent va continuer à réchauffer l'Hiver de force des Enfantômes. Tendresse et amitié. Robert. »

« Ducharme, c'est mon père spirituel, a dit Charlotte Laurier au Journal. Il m'a donné la parole et la colère pour me défendre toute jeune déjà. C'est rare, un rôle qui marque à ce point. C'est comme s'il avait joué avec mon ADN. [...] Les Bons débarras reste le plus grand film dans lequel j'ai joué, et cette intensité, je l'ai toujours recherchée dans le jeu. »

Remous outremer

« Sa langue était vraiment inventive, drôle, étonnante, a mentionné au Journal Lorraine Pintal, directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde, qui a mis en scène certaines pièces de Ducharme. C'est un auteur qui se démarquait complètement quand il est apparu dans la galaxie littéraire québécoise et française. Il était un peu comme une comète étrange. [...] C'était un homme à multiples têtes, un touche à tout magique, un magicien de l'art et des mots. »

Dès le début de sa carrière, en 1966 avec L'Avalée des avalés, Réjean Ducharme avait causé des remous au Québec et à Paris. « Un jeune Québécois qui n'a jamais rien publié, inconnu de tous, entre dans la prestigieuse collection «Blanche» des Éditions Gallimard et est aussitôt en lice pour le prix Goncourt », a écrit dans un communiqué la maison d'édition française, mardi.

« Réjean Ducharme choisit alors de se retirer dans l'anonymat et refuse toute entrevue ou apparition dans les médias, poursuit le communiqué. S'ensuit une saga unique dans l'histoire littéraire du Québec qui voit certains critiques jusqu'à dénier à l'auteur la paternité de son oeuvre. »


* L'oeuvre inédite Le Lactume, qui contient 198 dessins et légendes de Réjean Ducharme conçus en 1966, sera publiée ce vendredi aux Éditions du passage. Le festival Les films de ma vie projettera ce soir, à 21 h 15 au Théâtre Outremont, le film Les bons débarras, scénarisé par Ducharme.

Quelques réactions à la suite de son décès

Réjean Ducharme en cinq oeuvres marquantes

L'Avalée des avalés : Première oeuvre de Réjean Ducharme, qu'il a écrite à 24 ans. Elle a causé des remous en étant d'abord publiée par Gallimard en France, à l'automne 1966, car on l'avait refusée au Québec. Le roman a été nommé pour le Prix Goncourt 1966 et a reçu, la même année, le Prix du Gouverneur général : poésie ou théâtre de langue française.

L'hiver de force : Livre paru en 1973. Il a valu à Ducharme le Prix du Gouverneur général. L'auteur y abordait notamment le thème de l'indépendance du Québec. En 2001, Lorraine Pintal adaptait le roman pour le théâtre. La metteure en scène a aussi travaillé les pièces de Ducharme, Ha Ha! et Ines Pérée et Inat Tendu.

Les bons débarras : Considéré comme l'un des meilleurs films de l'histoire du cinéma québécois, le scénario du film de Ducharme a été réalisé en 1980 par Francis Mankiewicz et mettait en vedette une jeune Charlotte Laurier, aux côtés de Marie Tifo et de Germain Houde. L'année suivante, le film recevait de nombreux Prix Génie.

Mon pays : En chanson, Ducharme a écrit quelques morceaux pour Robert Charlebois, dont Mon pays, c'est pas un pays, c'est un job, en 1970. Déjà bien avant les débats actuels sur la langue, le duo avait sorti cette chanson, qui combinait le français et l'anglais.

Trophoux : En plus des mots, Ducharme maniait aussi les images. Sous le pseudonyme de Roch Plante, l'artiste a créé plusieurs sculptures, qu'il appelait trophoux, à partir de déchets ramassés lors de promenades dans les rues de Montréal.



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