Benoît Aubin
Journal de Montréal

Pour exorciser la peur

Josélito Michaud | Dans mes yeux à moi - Pour exorciser la peur

Benoît Aubin

Dernière mise à jour: 04-03-2011 | 13h06

L’homme qui, dans son fameux train, confessait les autres sur leurs deuils et leurs secrets les plus intimes, passe aux confidences à son tour. Enfin, presque...

Josélito Michaud, un homme-orchestre de la scène médiatique (intervieweur, annonceur de radio, directeur de magazine, agent d’artistes, auteur) a connu une enfance difficile, dont il peine encore à se remettre aujourd’hui.

Il fut abandonné très tôt par sa mère. Son père (un boxeur et musicien panaméen) est mort peu de temps après sa naissance. Il a connu la vie en foyers d’accueil, avant d’être adopté à l’âge de cinq ans. Il a finalement retrouvé sa mère biologique au début de sa vie d’adulte.

C’est cette expérience de vie (essentiellement insécurisante) d’un enfant ballotté sans défense dans un monde d’adultes, qu’il raconte dans ce livre au titre révélateur: Dans mes yeux à moi.

UN ENFANT FICTIF

Sauf que ce ne sont pas ses yeux à lui, ni sa vie à lui, mais ceux d’un enfant fictif, Olivier, dont la vie et la tête ressemblent cependant beaucoup à celles de... Josélito Michaud.

L’auteur précise: «Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais ce n’est pas une oeuvre de fiction pure non plus. C’est un récit.»

Ce récit à mi-chemin de la confession et de la fiction «est librement inspiré de ma vie, et aussi d’histoires d’enfants que j’ai croisés en chemin dans différents foyers d’accueil», dit-il.

Même s’il ne les a pas tous vécus lui même, «tous les événements racontés dans le livre se sont produits pour vrai, puisqu’ils sont là».

Olivier a connu des familles d’accueil cruelles et méchantes dont il rêvait de s’enfuir, et d’autres aimantes et généreuses d’où il ne voulait pas partir. Des compagnons d’infortune sont devenus des frères pour lui, et une autre l’a dépucelé...

Cet enfant effrayé et en manque d’amour apprend très vite à se replier sur lui-même et à se faire secret pour se défendre.

LA PEUR ET LA PIÉTÉ

Il développe très vite une grande piété, un mysticisme romantique, dans lesquels il trouvera refuge et réconfort. Surtout, il est animé par des peurs, des angoisses atroces, qui le torturent et le paralysent.

Et là, l’auteur n’est pas loin. «N’importe quel auteur est obligé de puiser à l’intérieur de luimême, sinon ça sonne faux», explique-t-il.

«Tu ne peux pas être étranger à des émotions comme celles-là et les décrire exactement. Oui, j’ai connu la peur, j’ai connu plusieurs des émotions qu’Olivier a connues: la peur de déplaire, le besoin d’être aimé, un intense sentiment de culpabilité, au sujet de tout ce qui va mal...»

Il y a pourtant très peu d’amertume et encore moins d’animosité dans ce récit de la vie d’un enfant misérable. «Ce n’est pas de règlements de compte. Je ne voulais faire de la peine à personne.»

Pourquoi avoir écrit ce livre, alors? «Il est temps qu’on se mette dans la tête des enfants pour savoir ce qu’ils ressentent devant les événements. Mon but premier, c’était de dire : faites attention à ce que vous dites aux enfants. Ils comprennent bien plus de choses qu’on ne le pense.»

«Un enfant, c’est vulnérable. Tout a un impact pour un enfant. Un enfant, c’est une éponge.» Josélito n’aime pas parler de son enfant intérieur, mais peut-être qu’il lui devait ce livre, pour exorciser certaines de ses frayeurs.

«Je n’aime pas dire: mon enfant intérieur, mais c’est de cela qu’il s’agit quand même. J’ai un compte à régler avec moi. J’ai besoin d’aller rassurer et réconforter cet enfant-là.»

L'intervieweur prend la parole à son tour

Pendant tout le temps qu’il travaillait sur son livre, Josélito Michaud se disait que c’était le dernier et qu’on ne l’y reprendrait plus. Aujourd’hui, son prochain livre est déjà en chantier.

«Tous les prétextes que je me suis trouvés pour éviter de m’asseoir à ma table de travail», dit-il, maintenant que son livre est terminé et imprimé.

«Écrire est extraordinairement exigeant.» La difficulté, explique-t-il, c’est la gymnastique mentale qu’il lui fallait faire à chaque fois pour se remettre dans la tête de son personnage: un gamin apeuré, rongé par l’angoisse, ballottée par la vie. «Vulnérable.»

«Les enfants comprennent plus de choses que les adultes ne sont prêts à l’admettre en général, dit-il. Mais ils ne comprennent pas toujours les choses comme des adultes.»

Le livre «raconte les choses qui arrivent selon le point de vue d’Olivier, dans ses yeux à lui. Ça se peut qu’il se trompe, tout est une question de point de vue dans la vie.»

Et il y avait, pour lui compliquer la tâche, le fait que son personnage, Olivier, n’était jamais bien loin de lui-même.

UN STRIP-TEASE

«Ça a été très difficile pour moi d’écrire ça. J’ai l’impression que je me suis déshabillé. Toutes les émotions vécues dans ce livre furent vécues à 100 % par moi puisque je suis capable de les décrire comme ça. Je ne peux pas inventer ces émotions-là. Après ça, il y a des événements que je transforme.»

C’était, dit-il, à son tour de se mettre à table. «J’ai tellement demandé aux autres de se dévoiler en entrevues que je peux bien lever un coin du voile sur une partie intime de ma vie et celles d’autres gens que j’ai connus pour en faire une histoire.»

Le livre est composé de chapitres très courts (certains font à peine quelques paragraphes) qui se côtoient comme les pièces d’une courtepointe. «Souvent, quand on revisite son passé, c’est ça qu’on retrouve: des tableaux, des moments, des images.»

Alors, on tourne les pages de Dans mes yeux à moi très rapidement, pour connaître la suite des mésaventures du petit Olivier.

On trébuche parfois sur des images ampoulées: «Je me plaisais à observer le déferlement des vagues qui se fracassaient sur la falaise dans un vacarme d’enfer, assourdissant.»

Ou étranges: «Elle portait une robe jaune olive.» Il lui arrive de parler d’un paysage éclairé par la lune en disant qu’il neige depuis la veille...

COMME UN PEINTRE NAÏF

Mais ce n’est pas grave, il y a un charme dans cette prose, le même qu’on retrouve dans les tableaux de certains peintres naïfs.

«Je suis un autodidacte, j’apprends en faisant, dit Josélito. Je n’ai jamais été comme les autres. C’est comme ça que je suis. Je ne sais pas faire comme les autres et je ne serais pas bon si j’essayais.»

Josélito Michaud, l’homme qui écoute les secrets des autres, a maintenant gagné l’accès à la parole. «J’ai la piqure de l’écriture maintenant. Je me suis réconcilié avec celui qui a le goût de raconter.»

«Je suis venu aux prises avec le syndrome de l’imposteur, qui me poursuit dans tout ce que je fais.»

Dans le livre, le petit Olivier finit par faire la connaissance de sa mère biologique, un événement cataclysmique s’il en est, que Michaud a vécu aussi. Les deux étaient heureux de ces retrouvailles, mais les deux ont aussi tiré le même constat.

«Ma mère n’était pas comme je l’avais imaginée...»



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