Remonter le temps à la mémoire de son père

Claudine Cabay Chatel - Remonter le temps à la mémoire de son père

Par Manon Guilbert

Dernière mise à jour: 04-09-2013 | 10h51

N’écoutant que le sentiment d’urgence qui la hantait depuis plusieurs années déjà, Claudine Cabay Chatel a affronté le processus douloureux de l’écriture en faisant à rebours le parcours de sa vie.

Celle qu’on a connue dans les populaires téléromans Côte-Vertu, pendant 12 ans dans Les Berger et plus tard dans Le Clan Beaulieu se consacre maintenant uniquement au doublage. Elle prête sa voix à de célèbres actrices américaines et fait de la direction de plateau depuis le début des années 1990.

L’écriture de son premier livre, Des pas dans ma mémoire, lui a paru une entreprise incontournable au moment où on lui a offert, il y a deux ans, un DVD d’épisodes d’Opération Mystère, première série de science-fiction de Radio-Canada, en 1956.

Elle y a revu son père, Marcel Cabay, acteur de 35 ans alors, incarnant le professeur Narthon. Cette expérience émouvante lui a donné l’irrésistible envie de remonter le temps et de raconter l’histoire de cet homme qui avait choisi avec femme et enfants le Québec comme terre d’accueil en 1953.

Claudine Cabay Chatel, dans le but de laisser des traces, remonte le cours du temps et raconte la vie de son père, homme de théâtre, de télévision, de radio. Grâce à lui, avoue-t-elle, elle a eu la passion de ce métier toute petite, désirant même avant de savoir lire et écrire un dactylo «pour faire comme papa». Plus tard, elle montera sur les planches pour poursuivre à sa façon ce même métier qui consiste à faire rêver les gens.

 

 

CLAUDINE CABAY CHATEL

La vie qui passe

Claudine Cabay Chatel a tourné le dos au petit écran depuis plusieurs années déjà, pourtant son visage pour ceux qui l’ont vue évoluer dans les populaires téléromans que son père signait dans les années 1970 a conservé un air familier.

Avec son livre Des pas dans ma mémoire, elle découvre non sans une certaine fébrilité une toute nouvelle présence médiatique. «Écrire, dit-elle, a toujours fait partie de mon quotidien. J’ai même suivi des cours de création littéraire dans les années 1990. J’écrivais tout le temps, mais j’avais peur de me rendre jusqu’à la publication. La peur mène le monde.» «Mais en visionnant Opération Mystère, j’ai eu un choc. J’ai vu mon père à 35 ans et j’ai pensé que la vie se passe à toute vitesse. Il a été un petit garçon, un adulte, un vieil homme. On oublie tout ça. J’ai ressenti qu’il fallait que je raconte. Ça s’est fait assez facilement.»


LES DEUILS
La vie de Claudine Chatel a été marquée de plusieurs deuils. Après avoir été terrassée par la disparition et le meurtre de sa nièce Mélanie, mystère qui n’a jamais été élucidé, la mort de son père et celle de sa mère 12 ans après, elle avait enfoui en elle toute sa colère et endigué des torrents de peine. Sous les conseils de sa fille qui remarquait que visiblement sa mère n’allait pas très bien, elle a entrepris une thérapie.

«Jusque-là, je m’étais toujours dit que ce n’était pas pour moi, que c’était indiqué pour les faibles. Je n’y croyais pas. Mais ça m’a fait un bien immense. À partir de là, j’ai pu réaliser mon rêve: celui d’écrire.»

Malgré son inquiétude de pouvoir tenir la route jusqu’au point final, en s’installant chaque jour à son ordinateur, elle a ressenti aussi les effets thérapeutiques de l’exercice.

«J’ai été étonnée, souligne-t-elle, de voir comment je fonctionne par rapport à l’écriture. Je me bute à ce que je dois faire au quotidien même si le processus est ardu. Je voulais avoir les choses bien en main, contrôler tout ça. Je savais qu’il fallait que je laisse monter les choses et fignoler le tout après.»


SOUTIEN
«Les gens proches de moi m’ont soutenue et ont compris tout ce que je vivais à travers ce travail. Il fallait que je laisse sortir toutes mes émotions. À un moment, j’ai compris qu’il fallait arrêter de me battre et aimer le travail que j’avais entrepris. J’ai ouvert la porte à mes sentiments et c’est maintenant fait », ajoute-t-elle en posant la main sur le livre qu’on vient tout juste de lui apporter.

En racontant l’histoire de sa famille, Claudine Chatel a revécu des pans entiers de sa vie. Transparente, elle ne cache pas les deux années passées au sein des membres de l’Église de scientologie, son désarroi, ses dépressions. «Je n’ai pas voulu faire un striptease, spécifie-t-elle. Mais c’est chose faite maintenant, je sais que je voulais être franche face aux lecteurs. Je me suis gardé tout de même quelques zones de pudeur en évitant d’aller jusqu’à l’exhibitionnisme. Je pense que plusieurs pourront s’y retrouver. Dans une vie, il y a plusieurs phases qu’on traverse.»

Déçue par le métier de comédienne, qu’elle a quitté après la mort de son père pour se consacrer au doublage, Claudine Cabay Chatel a cherché sa planche de salut. L’écriture l’a réconfortée.


DES TRACES
«C’est important de laisser des traces à ceux qui viendront après nous, dit-elle encore. C’est notre responsabilité. Les souvenirs sont des phares qui éclairent notre chemin.»

En remontant le cours du temps, en refaisant d’une certaine façon renaître son père, elle a découvert le plaisir de l’écriture. Ce projet qu’elle a remis à plus tard pendant tant d’années lui a apporté un grand bonheur et elle jure qu’elle récidivera. Cette fois, ce sera dans la fiction. Une foule d’idées foisonnent déjà dans sa tête.

 


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