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Carlos Ruiz Zafón | Marina - Cauchemars à Barcelone
© Photo Courtoisie
Carlos Ruiz Zafón
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CARLOS RUIZ ZAFÓN | MARINA

Cauchemars à Barcelone

Marie-France Bornais
19-02-2011 | 04h33

Auteur de L’ombre du vent et du Jeu de l’ange, vendus à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde, le romancier espagnol Carlos Ruiz Zafón propose une aventure hallucinante dans les dédales et les jardins de Barcelone avec Marina.

Publié en Espagne il y a dix ans, puis publié de nouveau et traduit pour la première fois en français, ce roman raconte l’histoire d’Oscar, un ado de 15 ans qui s’enfuit régulièrement du pensionnat où il étudie. Au cours d’une de ses petites sorties, il fait la connaissance de Marina, qui l’entraîne dans un cimetière oublié.

Tous deux sont transportés dans une aventure mystérieuse qui les conduit dans les entrailles de Barcelone, où de mystérieuses créatures sèment la terreur. Roman atmosphérique, énigmatique, émouvant, empreint de mystère et de poésie, Marina confirme la plume sublime et l’imagination débordante de Carlos Ruiz Zafón.

Il décrit avec d’incroyables métaphores tout l’univers étrange dans lequel baignent Oscar et Marina, dans une Barcelone à la fois ancienne et contemporaine, puisque l’histoire se déroule dans les années 1980.

Avec lui, la peinture de la façade d’une maison « se décolle comme de la peau sèche, usée par le vent et l’humidité ». Et le froid tombe sur Barcelone «comme une météorite», tandis que «les thermomètres commencent à se regarder le nombril».

DEUIL, PERTE ET SOUVENIRS

«Je crois que Marina m’a été inspirée au cours d’une période spéciale de ma vie, alors que j’étais très préoccupé par des émotions de pertes et de souvenirs. J’avais 33 ans lorsque je l’ai écrit. C’est l’âge où on dit adieu à notre prime jeunesse en quelque sorte et mes souvenirs d’enfance et de certaines choses étaient très présents. Marina est pour moi une histoire qui parle de perte», commente l’écrivain au cours d’une entrevue réalisée par courriels, de sa maison de Barcelone.

«De plus, j’écrivais depuis des années des romans destinés au lectorat des jeunes adultes et je sentais que j’étais au bout du chemin dans ce genre littéraire. Je voulais migrer en quelque sorte vers un terrain plus neutre. Ce livre est devenu un pont entre ce que j’avais fait avant et mes livres subséquents, comme L’ombre du vent et Le jeu de l’ange.»

Même si Marina fait renaître une tragédie vieille de plusieurs décennies, liée au triste destin d’un type appelé Kolvenik, au drame vécu par sa fiancée Eva Irinova, à la banqueroute de la compagnie de pièces orthopédiques et de prothèses Velo-Granell, rien de tout ça n’est tiré de près ni de loin d’une légende de Barcelone.

«C’est sorti tout droit de mon imagination malade et tordue. C’est la triste vérité. » Pourtant, on le suit sans peine dans son histoire de papillons noirs, de meurtres mystérieux, de pantins désarticulés et de créatures d’outre-tombe.

D’autres sont aussi tombés dans le panneau, semble-t-il, puisque Kolvenik n’existe pas plus que les inquiétantes créatures qui peuplent son livre.

«J’invente ces créatures et les gens de Barcelone finissent par avoir peur de voir surgir des créatures sinistres dans leur cour arrière... Ce que j’essaie de faire toutefois, c’est d’inclure des choses qui font partie de l’âme de la ville et leur donner une forme narrative. Même dans les extrêmes du fantastique, il y a un esprit "véridique" dans ces histoires et dans ces petites créatures étranges.»

BARCELONE

Différents éléments de Barcelone, dont le quartier de Sarria, sont magnifiquement décrits dans le roman.

«Je suis né et j’ai grandi à Barcelone. Une fois adolescent, j’avais déjà arpenté la ville des millions de fois. C’est un endroit que je connais très bien. J’utilise toujours des éléments réels dans mes histoires et on peut les retrouver si on emprunte les mêmes chemins. La presque totalité de ce qui est évoqué dans Marina existe toujours aujourd’hui.»

Quant à Oscar et Marina, ses personnages principaux, ils ont évolué mystérieusement dans l’imagination de l’auteur.

«Ce qui importe, c’est que les personnages soient émotionnellement vrais, qu’ils ne soient pas faux ou qu’ils ne sonnent pas creux. Vous devez ensuite les diriger et mettre des mots dans leurs bouches. Ce sont vos acteurs sur la scène de l’histoire.»

L’ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafón, demeure le roman le plus célèbre de toute la littérature espagnole depuis la parution de Don Quichotte.

Bach, Balzac et les plantes carnivores

Sur son site Web, Carlos Ruiz Zafón dresse la liste de ses «top 10»: dix compositeurs qui transforment un iPod en refuge, dix endroits sur terre qui le rendent heureux, dix créatures qu’il trouve adorables, mais qui répugnent à la plupart des gens.

Ainsi, on apprend que Zafón est heureux quand il séjourne à Big Sur, en Californie, dans le port de Sydney, en Australie, au coeur de Bryce Canyon, aux États-Unis, et dans les jardins du Luxembourg, à Paris. Il aime aussi Bach, Prokofiev et Danny Elfman. Et apprécie les crocodiles, les grands requins blancs et les plantes carnivores.

«J’en avais une qui s’appelait Gertrude. Elle capturait et dévorait des araignées énormes. Je pense m’en procurer une autre et la nourrir de gens snobs et de fanatiques en tout genre», écrit-il.

Parmi les dix auteurs que l’écrivain recommande de lire fréquemment se trouvent Charles Dickens, Graham Greene, William Faulkner et quatre grands écrivains français: Émile Zola, Honoré de Balzac, Victor Hugo et Alexandre Dumas.

«Ces écrivains du XIXe siècle étaient des géants et une grande part de leur oeuvre a sculpté les narratifs du XXe siècle. Bien sûr, ils m’ont influencé. Je pense qu’ils ont influencé toute personne qui évolue dans la business de raconter des histoires, même s’ils n’en sont pas conscients.»

Carlos Ruiz Zafón travaille en ce moment sur un nouveau roman, qui s’inscrit dans la foulée des histoires liées au cimetière des livres oubliés, commencée avec L’ombre du vent.

«L’écriture de scénarios m’a permis d’apprendre plusieurs choses, même si je pense que les romans sont complètement différents et infiniment plus complexes que les scénarios. L’écriture de scénarios permet d’en apprendre beaucoup en matière de structure, de construction de la structure narrative et de construction des personnages.»

Pour les «top 10» de Carlos Ruiz Zafón: www.carlosruizzafon.com.

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