Accueil Divertissement
 
Canoe.ca
Chronique de Jean Barbe - La liberté?
© Photo Courtoisie
Jean Barbe

CHRONIQUE DE JEAN BARBE

La liberté?

Jean Barbe - Collaboration spéciale
25-11-2010 | 09h54

Quatre avertissements en guise d’introduction:

J’ai agi comme éditeur après de Biz, auteur de Dérives (Leméac) qui compte parmi les écrivains en nomination pour les Grands Prix littéraires Archambault.

Mes trois derniers romans ont également été en nomination pour ces mêmes prix.

J’ai des amis journalistes au Journal de Montréal, en lock-out depuis bientôt deux ans, et qui sont chers à mon cœur.

Et cette chronique est publiée sur Canoe.ca, propriété de Quebecor.

La vie est compliquée.

L’affaire Courtemanche

Je me souviens de Robert Lepage que certains agonissaient d’injures dans les années 80 parce qu’il avait choisi de présenter son œuvre au Centre national des arts du Canada, à Ottawa. On l’avait qualifié de traître à la nation Québécoise. Il avait répondu en haussant les épaules: «Franchement, si on m’invite en France, ça serait correct, mais comme on m’invite au Canada, c’est mal?»

Il s’agissait pour Robert Lepage de faire rayonner la culture québécoise hors des frontières du Québec, et l’Ontario était un premier pas.

Je me souviens de Pierre Falardeau, recevant le prix Molson pour son film Octobre (1994) des mains du porte-parole Réjean Houle. Falardeau avait insulté le porte-parole et la famille Molson en décrivant ce qui était à ses yeux l’exploitation historique du peuple québécois par la grande entreprise anglo. Puis il avait pris le chèque et il était parti.

Il y a pour un créateur de bien nombreuses façons d’exprimer ses opinions, et elles sont toutes valables à mes yeux. J’ai beaucoup de respect pour Gil Courtemanche. Il a le droit absolu de refuser sa nomination aux Prix littéraires Archambault.

Voici un extrait de son communiqué de presse:

«Écrire est essentiellement un geste de liberté et je ne peux accepter que mon nom ou un de mes livres soit associé à des gens qui foulent cette liberté au pied.

Je refuse donc d'être en lice pour ce prix et demande aux librairies Archambault de retirer mon nom et mon livre de la liste des finalistes.

J'espère que d'autres finalistes poseront le même geste de solidarité avec les employés du Journal de Montréal

C’est cette dernière phrase qui me fait tiquer.

Si écrire est une question de liberté, alors accepter ou refuser sa nomination à ces prix est également acceptable, non?

Cet appel aux autres écrivains en lice à «un geste de solidarité» est-il vraiment un appel à la liberté? N’est-il pas plutôt une invitation à une prise de position morale, qui demande à choisir entre un Bien et un Mal tels que définis par Gil Courtemanche lui-même?

En une seule phrase, l’auteur de Je ne veux pas mourir seul (Boréal) demande à ses collègues écrivains de prendre position dans une affaire littéraire dont il revendique pourtant le caractère de liberté. J’y vois une contradiction. J’y vois un prêche. J’y vois une bien triste affaire sur laquelle évidemment se ruent les médias, parce c’est bien plus le fun que de parler de littérature.

Or donc, c’est la littérature (et les auteurs) qui perdent le plus ici.

On ne peut pas exiger le respect de la liberté, d’une part, et demander aux autres de penser comme nous, d’autre part.

Je le répète: Courtemanche a le droit à son opinion. Il a le droit de se retirer pour des raisons politiques, économiques ou sociales.

Mais il n’est pas la conscience des autres.

Chacun doit faire face à sa propre conscience, loin des feux de la rampe, et faire ses propres choix pour lui seul.

Le respect de la liberté est à ce prix.

haut