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Je compte les morts - Histoires de gens ordinaires
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JE COMPTE LES MORTS

Histoires de gens ordinaires

Benoît Aubin
12-09-2009 | 04h00

Tignasse blonde, grands yeux, petite voix suave, Geneviève Lefebvre serait parfaite dans un rôle de waitress dans un bar country and western à Verdun. Par exemple. Mais ce n’est pas ça. Elle vient d’écrire un livre, Je compte les morts, dans la plus pure tradition du roman noir, une histoire street wise, urbaine, pleine de rêve et de misère, d’espoir et de trahison, de vie et de mort.

C’est son premier roman, mais ce n’est pas sa première oeuvre. Geneviève Lefebvre est connue dans la blogosphère (Chronique blonde) et dans le maquis de la web-télé (Chez Jules). Sa carte professionnelle dit: scénariste, film & télé. «Écrire un roman, c’était, enfin, travailler pour moi seule», dit-elle.

UNE VOIX ÉMERGE

Le lecteur va découvrir une rebelle à la voix de velours, ou une dure au coeur meurtri, c’est pareil. Une voix qui décrit, avec une force troublante, le sort de ces jeunes femmes en fleur qui éclosent au mauvais endroit, les Maria Goretti d’aujourd’hui.

«J’ai toujours été fascinée par les histoires de chats à trois pattes», dit-elle. En entrevue, Geneviève Lefebvre s’exprime comme les personnages de son livre: en images sonnantes, mais dont il faut deviner le sens. «Je suis intéressée par l’histoire des gens ordinaires. Ceux qui ne parlent pas aux journalistes et que les journalistes n’écouteraient pas, anyway...»

Des histoires de Maria Goretti, de petites filles puckées flottant dans le canal Lachine, et d’un assassin au dessus de tout soupçon, par exemple... Je compte les morts est un roman écrit par une scénariste. Ça paraît. Un romancier essaie d’interpréter ses personnages; un scénariste reste à l’extérieur; il pense caméra. Il nous fait voir ce que voit le personnage, qui s’exprime en dialogue.

Lire Je compte les morts, c’est comme lire un film: il faut essayer de suivre, de comprendre à mesure. C’est de là que vient le suspense, parce qu’on sait dès le début qui est le meurtrier: c’est un malade, qui a des problèmes avec les femmes. Il ne les aime que lorsque leur féminité naissante bourgeonne à peine dans leur corps d’enfant. Il les initie, puis les nettoie de leur faute dans les eaux du canal Lachine.

UN TALENT

Mais Geneviève Lefebvre a ce talent (de scénariste, justement) de mettre toutes sortes de gens en présence et de nous montrer la situation comme chacun la voit. Une productrice de films sur un power trip, un scénariste paumé, une ex-junkie qui gère un comptoir à muffins, sa fille pré-ado, les amies de sa fille, un médecin philanthrope, un flic retraité, le videur d’un bar de danseuses, la blonde de l’assassin, les victimes du fou; chacun avec sa petite vie, son for intérieur, son petit bout de l’histoire....

Des jeunes filles d’un quartier défavorisé sont repêchées du canal Lachine. La police conclut que ce sont des incidents isolés. Yeah, right! Le lecteur sait depuis le début que l’assassin rentre chez lui à Outremont dans la Mercedes de sa blonde... C’est cela, justement, qui fait de Je compte les morts un roman noir.

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