HELL.COML'horreur est humaineBenoît Aubin 29-08-2009 | 04h00
Patrick Senécal a trouvé le salut et la fortune au fond d’un bourbier. Ses romans de suspense et d’horreur explorent les recoins les plus sombres de l’âme humaine. Les lecteurs en redemandent, les cinéastes se l’arrachent. Son nouveau roman, Hell.com, raconte la descente aux enfers d’un milliardaire montréalais qui découvre un site internet (extrême, secret et illégal) où tous les plaisirs, tous les crimes, même les plus barbares, les plus déviants deviennent possibles, et restent impunis, parce qu’ils sont traités comme de simples divertissements pour millionnaires blasés. Cette prémisse étonnante (que se passe-til quand tout est permis?) ouvre la porte à de longues descriptions de partouzes, de scènes de sado-masochisme, qui ellesmêmes escaladent (ou dégénèrent) en torture, en combats mortels entre gladiateurs, en chasse à l’homme à la carabine, et finissent dans l’apothéose du morbide, le fin du fin de la pornographie sanglante, le snuff movie, un film durant lequel une victime est torturée et mise à mort en temps réel, par un bourreau qui s’y complait, pour des spectateurs aussi riches que désaxés.
Dans cet univers effarant où tout est permis, dit un des personnages, «la question n’est plus de savoir ce que tu veux avoir, mais ce que tu peux faire. Jusqu’où tu es prêt à te rendre».
PLAISIRBon. C’est un genre. Littéraire. Mais qui lit ça? «Toutes sortes de gens, dit Patrick Sénécal. Dans les salons du livre, ils vont des goths vraiment dark, avec des épingles partout, jusqu’aux petites mesdames qui disent: c’est-y pas effrayant», dit l’auteur, un père de famille de 41 ans, qui ressemble plus à un livreur chez Fedex qu’à un grand guignol du sado-masochisme. «J’imagine que quelque part, je prends un certain plaisir à décrire toutes ces horreurs, dit-il. C’est sûr que j’exorcise des démons, en écrivant ces scènes-là. Au début, je m’en sentais coupable. Mais je me suis dit: si je le fais, c’est que j’ai besoin de le faire. Si des gens me lisent, c’est que ça leur fait le même effet qu’à moi.» Cela dit, précise-t-il, «je suis capable de justifier tout ce que j’écris». Comment? «Je ne suis pas moralisateur, mais je suis un moraliste, dit-il. Chaque épisode de mon roman offre au personnage le choix entre être dieu ou le diable.» Patrick Sénécal assure que, même dans un monde sans dieu, chacun a la responsabilité de sauver son âme, dut-il, pour la trouver, patauger dans la fange jusqu’aux genoux. |