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Litige - Salinger copié ou pas?
AP Photo/ Little, Brown & Co., ho
Salinger est aujourd'hui âgé de 90 ans

LITIGE

Salinger copié ou pas?

19-06-2009 | 16h49
NEW YORK – Un nouveau livre d’un auteur suédois rappelle tellement le roman classique de J.D Salinger, The Catcher In The Rye, que le juge a déclaré mercredi qu’il étudierait avec attention la loi concernant le droit d’auteur pour déterminer s’il peut publié aux États-Unis.

La juge de district Deborah Batts a temporairement interdit la publication du livre 60 Years Later: Coming Through the Rye, jusqu’à ce qu’elle détermine si le livre transforme suffisamment la création originale de Salinger pour être publié, et si l’on a affaire à une «utilisation justifiée» d’une œuvre protégée par le droit d’auteur.

Une décision est attendue dans les 10 jours. Le livre devait sortir aux États-Unis le 15 septembre mais le litige actuel devrait occasionner un retard.

Le personnage le plus célèbre de Salinger a fait soulever les passions à l’audience, à savoir si Holden Caulfield est lui-même admissible à la protection du droit d’auteur et si l’interruption de la publication d’un livre considéré par certains comme une suite allait carrément mener à une interdiction.

Batts a attaqué Edward Henry Rosenthal, un avocat de l’auteur de 60 Years Later, Fredrick Colting, pendant plus d’une heure sur une poursuite engagée par Salinger, âgé de 90 ans, qui habite en reclus à The Cornish, New Hampshire et qui a confirmé sa réputation en ne se présentant pas au tribunal.

Batts a affirmé avoir lu les deux romans et a abondé dans le sens de Salinger, qui soutenait que le nouveau livre était très semblable au sien, publié en 1951. Il n’y a jamais eu de jurisprudence à l’effet qu’un personnage d’un livre, sans dessins ou photos pour l’identifier, pouvait être protégé par la loi du droit d’auteur. Batts croit que Caulfield pourrait cependant l’être.

«C’est un portrait, mais fait avec des mots», a-t-elle expliqué. «C’est difficile d’imaginer Holden Caulfield ailleurs que dans le livre.»

Elle a aussi exprimé son désaccord par rapport à l’argument de Rosenthal, selon lequel le nouveau livre apportait une critique efficace de Salinger.

Batts a dit que la question n’était pas d’évaluer la qualité de la critique dans le livre.

«Pour dire vrai», a-t-elle poursuivi, «j’ai de la difficulté à déceler une quelconque critique.»

The Catcher In The Rye, qui s’est écoulé à plus de 35 millions d’exemplaires, suit Caulfield, un jeune homme âgé de 16 ans, pendant les quelques jours suivant son renvoi d’une école privée juste avant le temps des Fêtes, et où il en profite pour découvrir New York avant de rentrer chez lui, dans sa famille.

Colting, qui habite près de Gothenburg, en Suède, a allégué dans un court documentaire que son intention n’était pas de «copier fidèlement» Salingner lorsqu’il a écrit 60 Years Later, son premier roman, sous le pseudonyme de J.D. California.

«Je ne suis pas un pirate», a-t-il affirmé. Il soutient qu’il a écrit ce livre à titre d’exercice d’exploration critique de la relation entre Salinger et le personnage qui l’a rendu célèbre.

Il dit avoir utilisé son livre pour transformer «le Holden précoce et véritable en un homme de 76 ans aux prises avec un sentiment d’indécision et d’insécurité.» Le personnage, appelé M. C., «s’enfuit d’une maison de retraite et vit une expérience semblable à celle qu’a traversée Caulfield il y a des décennies.»

Selon lui, le fait qu’il ait consacré son livre à Salinger était ironique.

«Même si je suis un fervent admirateur de Salinger, il n’est pas le Dieu que le public est venu à vénérer», a écrit Coltin. Il a aussi précisé que les premiers exemplaires sortis en Grande-Bretagne n’auraient pas dû être commercialisés comme une suite du livre de Salinger.

Pendant les discussions mercredi, l’avocate de Salinger Marcia Beth Paul a qualifié le livre de Colting de «pur produit commercial». Elle a affirmé que 94 % du livre était raconté par la voix de Caulfield et seulement 6 % par la voix de Salinger.

«C’est un livre qui parle de Holden Caulfield», a affirmé Paul. «C’est une suite, tout simplement.»

Selon lui, les accusés avaient tort d’affirmer que le fait de suspendre la publication du livre en raison des droits d’auteur équivalait à interdire le livre. Le livre de Salinger est souvent apparu dans les listes des livres non autorisés.

«Il ne faut pas se leurrer», a rétorqué Rosenthal. «On parle bien d’interdire livre.»

Il a ajouté: «Le fait d’interdire un livre avant de l’avoir parcouru au complet soulève de très sérieuses questions quant au Premier amendement.»

Le dernier livre de Salinger date de plusieurs années et les apparitions publiques de l’auteur sont rares. Il ne se présente que lorsqu’il est question de protéger ses œuvres, dans le cadre de procédures judiciaires.

Dans un document de la cour datant du 1er juin, Phyllis Westbury, son agent littéraire, a surnommé le livre de Coltin «un piratage en gros».

Elle a affirmé que Salinger, qui est maintenant complètement perdu l’ouïe, se remettait d’une chirurgie à la hanche dans un centre de réadaptation.

Westbury a estimé qu’une suite du livre de Salinger lui rapporterait 5 millions de dollars anticipés et que ses droits d’auteur était importants, mais qu’«il ne souhaitait pas les exploiter davantage.»

Elle a inclus dans sa soumission un rare commentaire qu’il avait fait en 1980 à The Boston Sunday Globe: «Holden Caulfied n’est plus. Relisez le livre. Tout est là. Holden Caulfield est figé dans le temps.»

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