Accueil Divertissement
 
JDM
Guy Laliberté - Une biographie qui cloche
Guy Laliberté

GUY LALIBERTÉ

Une biographie qui cloche

Par Benoît Aubin
06-06-2009 | 04h00
Le gros problème du livre de Ian Halperin, c’est qu’il ne débouche pas sur un vrai scandale. Il voulait faire la peau à Guy Laliberté, on le sent, mais il n’y est pas parvenu. Au contraire, il avoue candidement avoir changé d’avis sur l’homme en chemin. C’est ça qui cloche dans son livre.

Il y a deux façons d’écrire la biographie d’une personne encore vivante. On peut le faire avec son consentement, ou malgré elle.

C’est la différence entre une biographie autorisée, et une autre, non autorisée.

Les deux genres ont des avantages et des limites. Une biographie autorisée sera souvent plus juste et plus complète, mais on soupçonnera le sujet d’une certaine complaisance, d’avoir voulu cacher des choses ou régler des comptes.

Une biographie non autorisée promet d’être plus juteuse, ou peut-être même plus vraie. Ce qui pose problème, c’est qu’elle repose souvent sur des témoignages anonymes, venant de gens qui ont des raisons (pas toujours claires) de révéler certaines informations sensibles sur le sujet.

Le livre de Halperin est, clairement, une biographie non autorisée. On comprend: il s’était lié d’amitié (intime, mais platonique, insiste-t-il) avec une femme qui a vécu plusieurs années avec Laliberté, a porté ses enfants, et lui en veut très sérieusement de s’être séparé d’elle.

Doléances


Pour un biographe, une ex en colère est un coffre au trésor, une source d’informations de première main; le genre de témoignage qu’il est très difficile d’obtenir d’autres sources, qui n’ont, elles, aucun intérêt à s’ouvrir la trappe.

On comprend que les doléances de l’ex de Guy Laliberté aient pu inciter un spécialiste comme Halperin à vouloir aller plus loin, à y voir un livre, sensationnel, qui révélerait «tout».

Ce qui s’est passé par la suite n’est pas clair, mais, à un certain moment, Halperin s’est mis à douter de sa source. À trouver qu’elle charriait, qu’elle allait trop loin. Il a remis sa prémisse en question. Il a fini par trouver que Laliberté avait peut-être plus de coeur, d’âme, et de classe que ce que disait son ex; qu’il est plus beau que ce qu’il s’apprêtait à écrire.

À ce moment-là, Halperin aurait dû se rendre compte (ou plutôt admettre) qu’il ne tenait pas son livre. Mais il l’a écrit quand même.

Aventures amoureuses


Si le point focal du livre avait été de démontrer que Laliberté est un méchant, tous ces témoignages anonymes sur ses appétits, son goût de la fête, ses aventures amoureuses auraient été des preuves à l’appui.

Mais en chemin, Halperin est devenu convaincu (peut-être par ces mêmes sources) que Laliberté est un gars plutôt cool, vrai, généreux; un homme de principes, qui a, dit-il, «eu la force de ne jamais dévier de la ligne de conduite qu’il s’était tracée».

Vous voyez le problème: cela en fait, aux yeux de Halperin, un héros qu’il admire, plutôt que le coquin qu’il croyait pouvoir débusquer.

Il en a résulté cette biographie somme toute positive, d’un homme somme toute admirable, basée principalement sur des témoignages anonymes.

Et c’est ça qui cloche dans ce livre.
haut