ICÔNE DE LA COMMUNAUTÉ GAIEIl défie son pays29-05-2009 | 09h00
En rédigeant cinq romans autobiographiques sur ce que c’est que d’être homosexuel et pauvre à Salé, ville côtière au nord du Maroc, Taïa a défié l’attitude du «ne demande rien et tu n’en sauras rien» des Marocains par rapport à l’homosexualité (qui peut mener à une peine d’emprisonnement encore aujourd’hui dans le royaume nord-africain). Les romans, teintés de passages sexuels explicites, l’ont rendu célèbre dans son pays et en ont fait l’icône du mouvement de défense des droits des homosexuels. Son œuvre lui a aussi valu des critiques sévères. Taïa affirme que certains critiques enragés l’ont sommé de renoncer à son statut de citoyen marocain afin de ne pas entacher la réputation du pays. Il a aussi été éloigné de ses parents et de ses huit frères et sœurs qui sont grandement représentés dans les livres et qui affirment que Taïa les a humiliés publiquement. Mais l’auteur de 35 ans confie qu’il n’a jamais eu peur des conséquences de son œuvre. «Lorsque j’écris, je suis saisi d’un sentiment d’urgence, comme si ma vie en dépendait», explique-t-il en entrevue à Paris, où il vit depuis presque dix ans. «Lorsque j’ai commencé à écrire, l’idée d’inventer des personnages et de parler de choses fictives ne m’a jamais même traversé l’esprit.» Son dernier roman, L'armée du salut, se penche sur son choix de s’installer en Europe. Bien que Taïa ait immigré légalement – il a reçu une bourse afin d’étudier en Suisse –, ce qu’il a vécu à Genève ressemble au parcours de centaines de Marocains qui vivent en Europe illégalement. Lorsque son amoureux suisse plus âgé ne se présente pas à l’aéroport de Genève, Taïa, qui est sans le sou, se réfugie à l’armée du salut où il vit parmi des immigrants clandestins provenant de différents pays en développement. Dans le livre, il parle aussi de sa sexualité, décrivant ses rencontres adolescentes au fond d’une salle de cinéma et ses histoires d’un soir avec des touristes européens à la recherche d’un peu de piquant au cours de leur séjour au Maroc. Comme dans la plupart des pays arabes, le Maroc considère les relations homosexuelles comme un acte criminel, condamnable par des amendes et des peines d’emprisonnement allant de six mois à trois ans. Ce genre de peine est rarement appliqué, puisqu’en réalité, le Maroc a la réputation d’être indulgent par rapport à l’homosexualité et aux autres pratiques interdites par l’Islam. Lorsqu’on lui a demandé s’il se trouvait courageux, Taïa a répondu: «Le plus difficile, ce fut de trouver le courage de prendre le crayon et d’écrire pour la première fois.» Il a grandi dans une famille de 11 personnes dans une maison de deux chambres. Son père, un fonctionnaire de second rang, et sa mère, une maîtresse de maison illettrée, ont toujours encouragé l’éducation des enfants, envoyant cinq d’entre eux au collège. C’est là que Taïa a commencé à écrire. Entouré d’enfants de l’élite marocaine française à l’université de Rabat, il s’est mis à tenir un journal afin d’améliorer son français écrit. Son journal lui sert d’inspiration pour ses romans qui sont écrits en français et qui ont été traduits dans sept langues, dont l’arabe et l’anglais. |