QUE SERAIS-JE SANS TOI?
Musso en avant-première
03-05-2009 | 04h00
Depuis la parution de son premier roman,
Et après..., en 2004, Guillaume Musso est devenu
un véritable phénomène de l’édition française.
En cinq ans, il a vendu plus de 5 millions
et demi d’exemplaires de ses livres (
Sauve-
moi,
Seras-tu là,
Parce que je t’aime,
Je reviens te chercher). Il a aussi été traduit
dans 25 langues. Grâce à tous ces succès,
Guillaume Musso est devenu le deuxième
romancier français le plus vendeur.
Preuve de sa popularité,
Et après...
a même été adapté au cinéma, avec
Romain Duris et Evangeline Lilly dans les
rôles principaux. Deux autres de ses
romans sont en cours d’adaptation cinématographique.
Guillaume Musso a développé la particularité
de placer l’intrigue de ses
romans aux États-Unis, particulièrement
à New York. Son dernier en date,
Que
serais-je sans toi? n’échappe pas à la
règle...
Le Journal de Montréal vous offre en
primeur un extrait de ce nouveau roman,
disponible en librairie dès le 7 mai.
San Francisco, Californie. Été 1995
Gabrielle a 20 ans
Elle est américaine, étudiante en troisième
année à l’université de Berkeley.
Cet été-là, elle porte souvent un jean
clair, un chemisier blanc et un blouson
de cuir cintré. Ses longs cheveux lisses
et ses yeux verts pailletés d’or la font
ressembler aux photos de Françoise
Hardy prises par Jean-Marie Périer
dans les années 1960.
Cet été-là, elle partage ses journées
entre la bibliothèque du campus et son
activité de pompier volontaire à la
caserne de California Street.
Cet été-là, elle va vivre son premier
grand amour.
Martin a 21 ans
Il est français, vient de réussir sa
licence de droit à la Sorbonne.
Cet été-là, il est parti aux États-Unis
en solitaire pour perfectionner son
anglais et découvrir le pays de l’intérieur.
Comme il n’a pas un sou en
poche, il enchaîne les petits boulots,
travaillant plus de soixante-dix heures
par semaine: serveur, vendeur de
crèmes glacées, jardinier…
Cet été-là, ses cheveux noirs mi-longs
lui donnent des airs d’Al Pacino à ses
débuts.
Cet été-là, il va vivre son dernier
grand amour.
Cafétéria de l’université
de Berkley
— Hé, Gabrielle, une lettre pour toi!
Assise à une table, la jeune femme
lève les yeux de son livre.
— Comment?
— Une lettre pour toi, ma belle! répète
Carlito, le gérant de l’établissement, en
posant une enveloppe couleur crème à
côté de sa tasse de thé.
Gabrielle fronce les sourcils.
— Une lettre de qui?
— De Martin, le petit Français. Son
travail est terminé, mais il est passé
déposer ça ce matin.
Gabrielle regarde l’enveloppe avec
perplexité et la glisse dans sa poche
avant de sortir du café.
Dominé par son campanile, l’immense
campus verdoyant baigne dans une
atmosphère estivale. Gabrielle longe
les allées et les contre-allées du parc
jusqu’à trouver un banc libre, à l’ombre
des arbres centenaires.
Là, toute à sa solitude, elle décachette
la lettre avec un mélange d’appréhension
et de curiosité.
Le 26 août 1995
Chère Gabrielle,
Je voulais simplement te dire que je
repars demain en France.
Simplement te dire que rien n’aura
plus compté pour moi pendant mon séjour californien que les quelques
moments passés ensemble à la cafétéria
du campus, à parler de livres, de cinéma,
de musique, et à refaire le monde.
Simplement te dire que, plusieurs fois,
j’aurais aimé être un personnage de fiction.
Parce que dans un roman ou dans
un film, le héros aurait été moins maladroit
pour faire comprendre à l’héroïne
qu’elle lui plaisait vraiment, qu’il
aimait parler avec elle et qu’il éprouvait
quelque chose de spécial lorsqu’il
la regardait. Un mélange de douceur, de
douleur et d’intensité.
Une complicité troublante, une intimité
bouleversante. Quelque chose de rare,
qu’il n’avait jamais ressenti avant.
Quelque chose dont il ne soupçonnait
même pas l’existence.
Simplement te dire qu’un après-midi,
alors que la pluie nous avait surpris
dans le parc et que nous avions trouvé
refuge sous le porche de la bibliothèque,
j’ai senti, comme toi je crois, ce moment
de trouble et d’attraction qui, un instant,
nous a déstabilisés. Ce jour-là, je
sais que nous avons failli nous embrasser.
Je n’ai pas franchi le pas parce que
tu m’avais parlé de ce petit ami, en
vacances en Europe, à qui tu ne pouvais
pas être infidèle, et parce que je ne
voulais pas être à tes yeux un type
«comme les autres», qui te draguent
sans vergogne et souvent sans respect.
Je sais pourtant que si on s’était
embrassés, je serais reparti le coeur
content, me foutant de la pluie ou du
beau temps, puisque je comptais un peu
pour toi. Je sais que ce baiser m’aurait
accompagné partout et pendant longtemps,
comme un souvenir radieux
auquel me raccrocher dans les
moments de solitude. Mais après tout,
certains disent que les plus belles histoires
d’amour sont celles qu’on n’a pas
eu le temps de vivre. Peut-être alors que
les baisers qu’on ne reçoit pas sont aussi
les plus intenses...
Simplement te dire que lorsque je te
regarde, je pense aux 24 images seconde
d’un film. Chez toi, les 23 premières
images sont lumineuses et radieuses,
mais de la 24e émane une vraie tristesse
qui contraste avec la lumière que tu
portes en toi. Comme une image subliminale,
une fêlure sous l’éclat: une
faille qui te définit avec plus de vérité
que l’étalage de tes qualités ou de tes
succès. Plusieurs fois, je me suis
demandé ce qui te rendait si triste, plusieurs
fois, j’ai espéré que tu m’en
parles, mais tu ne l’as jamais fait.
Simplement te dire de prendre bien
soin de toi, de ne pas être contaminée
par la mélancolie. Simplement te dire
de ne pas laisser triompher la 24e image.
De ne pas laisser trop souvent le
démon prendre le pas sur l’ange.
Simplement te dire que, moi aussi,
je t’ai trouvée magnifique et solaire.
Mais, ça, on te le répète cinquante fois
par jour, ce qui fait finalement de moi
un type comme les autres…
Simplement te dire, enfin, que je ne
t’oublierai jamais.
Martin
|

