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Agent double - «Ils m’ont volé ma jeunesse»
© Marc Pigeon
Michael Lechasseur, 37 ans, estime que des policiers lui ont gâché la vie, dans sa biographie lancée ces jours-ci.

AGENT DOUBLE

«Ils m’ont volé ma jeunesse»

Marc Pigeon
20-03-2009 | 09h39
La publication d’une biographie sur la vie d’un agent double affirmant avoir été recruté par la police à l’âge de 14 ans, révèle des façons de faire troublantes des autorités policières.

Résident à l’époque à Beloeil, le jeune Michael Lechasseur était ami avec le fils d’un Hell’s Angels. C’est pour lui soutirer des informations sur le groupe de motards que la police l’a sollicité, dans une arcade.

À coups de 100 $, parfois même 300 $ par information, Michael a permis l’arrestation d’un tas de trafiquants de drogue locaux et de nombreuses saisies de drogue.

Dans sa biographie, publiée ces jours-ci, aux éditions Publistar, l’homme de 37 ans dénonce aujourd’hui ces policiers qui lui ont «volé sa jeunesse». La biographie s’intitule Confidences d’un agent double. En mission à 14 ans.

Épouvantable


«C’est épouvantable, dit-il en entrevue au Journal. C’est sûrement unique. Et je ne suis pas certain si c’est légal.»

Dans son bouquin, écrit par le journaliste Bernard Tétrault, Lechasseur explique comment il a infiltré la mafia italienne, les motards (tant les Hell’s Angels que les Rock Machine), la mafia asiatique et la mafia torontoise.

Malgré les dangers associés à ce job, Michael est devenu un véritable drogué de l’adrénaline qu’il lui procurait.

Voilà pourquoi il enfilait les missions les unes après les autres.

À travers les années, le truc infaillible de Michael: séduire les barmaids qui lui ont fait connaître les acteurs importants du monde interlope. Et il dit être devenu le roi des barmaids».

Agent civil, il n’était pas sur la liste de paie des corps policiers, avec qui il affirme avoir travaillé: police de Beloeil, police de Montréal, Sûreté du Québec, police de Toronto.

Pour qu’il puisse gagner sa vie, selon lui, la police fermait les yeux sur ses activités de trafiquant de drogue. De plus, lors d’une infiltration dans la mafia asiatique, la police de Montréal et lui auraient conclu une entente pour que lui soient versés 10 000 $ par kilo d’héroïne saisi.

Photo d'archives
Michael Lechasseur a été recruté alors qu’il n’avait que 14 ans.

La grosse vie


Aussi, pendant quelques semaines, la police aurait payé une grande partie de ses dépenses: on lui a fourni 1000 $ par jour pour ses dépenses, une Cadillac Escalade, un yacht, un condo, des vêtements, des bijoux. La grosse vie, aux frais de la police.

«La seule façon d’avoir la confiance de ces criminels, c’est d’avoir l’air de rouler, d’avoir l’air big», dit-il. Les poches remplies de billets, il payait la traite.

Un petit baume pour apaiser ce grand vide et cette solitude qui l’habitait, particulièrement à Noël.

Vivant aujourd’hui dans un autre pays, Michael Lechasseur réclame une nouvelle identité.





La régie de police Richelieu- Saint-Laurent, qui inclut la défunte police de Beloeil, condamne aujourd’hui l’utilisation d’agent source mineur. «Ça va carrément à l’encontre des directives dans tous les corps de police et de tout ce qu’on enseigne», dit le commandant Louis Bruneau, qui ignorait tout de cette affaire. La Sûreté du Québec et la police de Montréal ont refusé de commenter la situation.





Robert Poëti le policier du Journal commente l’actualité

Pratiques policières encadrées


Je suis très étonné d’entendre des choses comme ça. Pour moi, utiliser un agent source codé d’âge mineur, ça n’a pas d’allure. C’est une pratique non traditionnelle.

Je suis convaincu qu’aujourd’hui, il n’y a pas un corps de police au Québec qui emploie des mineurs comme agent source codé. C’est très peu probable, voire impossible.

Ça me causerait un sérieux problème éthique.

Même il y a vingt ans, ce n’était pas dans les règles de l’art d’opérer comme ça, selon moi.

Crime et Rémunération


Quant à permettre aux agents sources de commettre des crimes pendant qu’ils refilent des informations à la police, ces pratiques sont maintenant sérieusement encadrées par la loi C-24, depuis les années 2000.

En gros, la loi permet à des agents sources de commettre certains crimes non violents et qui ne touchent pas la personne, par exemple le trafic de drogue ou le blanchiment d’argent. Mais ce sont des crimes supervisés et contrôlés.

Enfin, des corps de police peuvent payer les services des agents sources codés et défrayer certains coûts, mais tout ça ne leur appartiendra pas.

Propos recueillis par Marc Pigeon

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