À VENIRBush écrit des mémoires19-03-2009 | 09h45
«J’aimerais que les gens se rendent compte de l’environnement dans lequel je me trouvais lorsque je prenais des décisions. Je veux que les gens voient la façon dont les décisions étaient prises en fonction des options dont je disposais», a affirmé Bush pendant une brève entrevue téléphonique mercredi avec The Associated Press, à partir de son bureau à Dallas. Le livre de Bush, dont le titre provisoire est Decision Points doit paraître en 2010 chez Crown, une marque de l’éditeur Crown Publishing Group. L’ouvrage comporte plusieurs aspects inhabituels. Au lieu de raconter sa vie, Bush se concentrera sur une douzaine de choix personnels et présidentiels, allant de sa décision de renoncer à l’alcool à pourquoi il a choisi Dick Cheney comme vice-président pour envoyer les troupes en Irak. Il parlera aussi de sa relation avec sa famille, dont son père, le premier président Bush, de sa foi religieuse et de sa réaction à la suite de l’ouragan Katrina, qui avait été vertement critiquée. Au lieu de regarder les maisons d’édition se battre pour publier le manuscrit, Bush et son représentant, l’avocat basé à Washington Robert Barnett, ont négocié pour obtenir les droits mondiaux exclusifs avec la maison d’édition Crown Publishers, qui a publié le président Obama et la secrétaire d’État de Bush, Condoleezza Rice. Barnett a déjà utilisé une stratégie semblable avec l’éditeur Alfred A. Knopf pour un autre client, l’ancien président Clinton. «En procédant de cette façon, le projet évolue plus rapidement, on évite les démarches interminables et d’innombrables réunions et négociations, tout en assurant la confidentialité de tous les partis concernés», a soutenu Barnett. Les détails financiers du contrat n’ont pas été révélés, même si les éditeurs ont émis publiquement leurs doutes selon lesquels Bush recevrait 15 millions pour ses mémoires, comme ce fut le cas pour Clinton, pour My Life. Crown Publishing est une division de Random House Inc. et l’entente a été conclue par le vice-président exécutif et éditeur de Random House, Stephen Rubin. Alors qu’il était directeur du Double Day Publishing Group, une division récemment abolie dans le cadre d’une réorganisation, Rubin a publié le titre à succès de Dan Brown, The Da Vinci Code, et The Family, de Kitty Kelley, un ouvrage non autorisé portant un regard peu flatteur sur la dynastie Bush. Barnett a affirmé que Rubin et la maison Crown avaient fait montre d’un «grand enthousiasme» devant le projet et qu’il leur avait fallu peu de temps pour signer l’entente après qu’ils eurent rencontré Bush à Dallas. La structure du livre de Bush n’est pas sans rappeler son A Charge to Keep, publié par William Morrow en 1999 alors qu’il était gouverneur du Texas et qu’il s’apprêtait à se présenter à la présidence. Dans la préface de Charge, Bush a indiqué qu’il ne voyait pas l’intérêt de rédiger des mémoires chronologiques et exhaustives. «Ce serait beaucoup trop ennuyant, a-t-il écrit. Le livre raconte quelques-uns des événements qui ont fait de moi l’être que je suis, et certaines de mes décisions et actions les plus importantes que j’ai prises comme gouverneur du Texas.» Bush a confié à l’AP mercredi qu’il ne se sentait pas «à l’aise avec le résultat du premier livre, parce qu’il avait l’air d’avoir été écrit rapidement», et que ses mémoires à venir seraient «beaucoup plus profonds», grâce à ses années passées à la Maison-Blanche. Même s’il n’avait pas tenu de journal pendant son mandat, il «jetait» parfois des idées sur papier, et a allégué avoir commencé l’écriture de Decision Points deux jours seulement après avoir quitté la Maison Blanche. Il «pense» avoir écrit environ 30 000 mots jusqu’à maintenant. Bush travaille avec l’aide de son assistant de recherche et rédacteur de ses discours, Chris Michael. Reconnu pour sa réticence à reconnaître ses erreurs, Bush a soutenu qu’il se fait tout de même quelques reproches, dans son livre. «Oui, absolument», mais il a pris soin d’indiquer qu’il n’«avait pas eu de mal à prendre du recul» et qu’il s’assurerait que les lecteurs voient les événements comme il les a vus de son côté. «Je veux que les lecteurs se replongent dans l’atmosphère du 11 septembre, a-t-il soutenu, et qu’ils comprennent les émotions que j’ai pu ressentir et celles de mon entourage.» Lorsqu’on lui a demandé s’il évoquerait le congédiement de son Secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, ou sa décision de ne pas pardonner à l’ancien assistant de Cheney, I. Lewis «Scooter» Libby, des choix ouvertement contestés par Cheney, Bush a répondu qu’il ne le savait pas. «J’ai pris de nombreuses décisions», a-t-il déclaré. Libby a été condamné pour faux témoignage et pour avoir fait obstruction à l’enquête sur la fuite de l’identité d’un membre de la CIA, Valerie Plame, en 2003. Bush a modifié la sentence de Libby et lui a épargné la prison, mais Libby reste un criminel. Bush dit avoir déjà lu d’autres mémoires présidentiels, comme l’autobiographie acclamée de Ulysses S. Grant, un livre qu’il a aimé lire entre autres parce que c’était rempli d’ «anecdotes.» Il dit avoir «parcouru» les mémoires de Clinton et qu’il veut lire un des livres d’Obama, Dreams From My Father et The Audacity of Hope. Tout comme Clinton, il a apparemment beaucoup aimé Personal History, les mémoires de l’éditrice du Washington Post, Katharine Graham, qui lui ont valu le prix Pulitzer. Habituellement, les mémoires présidentiels plaisent rarement aux critiques ou au grand public, à deux exceptions près: My Life, de Clinton, qui s’est écoulé à un million d’exemplaires malgré les avis mitigés, et les mémoires de Grant, qui ne couvraient même pas sa période passée dans le bureau ovale. Le père de Bush n’a pas opté non plus pour des mémoires traditionnels: il a plutôt collaboré sur un livre de politique étrangère avec son conseiller à la sécurité nationale, Brent Scowcroft. George W. Bush manifestait depuis plusieurs mois son intention d’écrire ses mémoires, même lorsqu’il était toujours président. Il avait envie de faire voir aux gens le monde à travers les yeux d’un président. Les éditeurs, voyant la cote de popularité du président décliner et devant son incapacité à admettre ses erreurs, démontrent une baisse d’intérêt et lui auraient demandé de prendre son temps pour achever son manuscrit. Toutefois, Barnett affirme avoir reçu des appels de nombreux éditeurs intéressés à publier éventuellement un livre de Bush. Presque toutes les hauts dirigeants de l’administration Bush, de Rice au stratégiste politique Karl Rove, ont soit publié un livre ou sont en voie de le faire. Cheney a affirmé qu’il avait comme projet d’écrire ses mémoires et l’ancienne première dame Laura Bush a signé une entente avec Scribner, une division de Simon & Schuster. Son livre, comme celui de son mari, est attendu en librairie en 2010. Barnett, qui représente les deux membres de la famille Bush, a déclaré que le livre de Laura Bush serait le premier à atterrir sur les tablettes. |