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Le Rocket de Roch Carrier - L’univers derrière le symbole
© PHOTO LE JOURNAL – PIERRE VIDRICAIRE
Roch Carrier

LE ROCKET DE ROCH CARRIER

L’univers derrière le symbole

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
10-01-2009 | 04h00
Roch Carrier venait de mettre le point final à son nouveau livre sur la vie de Maurice Richard, Le Rocket, quand son sujet a quitté la terre. Jamais ce dernier n’aura pu lire cette oeuvre encensée par la critique et les lecteurs, qu’ils soient fans ou pas de hockey. Comme pour honorer son légendaire numéro, neuf ans plus tard, on réédite cette oeuvre québécoise majeure en format poche. Neuf ans plus tard, l’auteur se souvient.

«Ce qu’il y a de bien avec ce livre, c’est que même ceux qui n’aiment pas le hockey, qui n’ont peut-être même pas connu le Rocket, peuvent trouver plaisir à le lire», me lance dès les premières minutes de notre entretien le romancier, dramaturge et auteur de contes Roch Carrier. Il a vu juste. Je hais le hockey – mais aime tout de même ceux qui le suivent avidement – et je me suis délectée de cette biographie rééditée cette année aux éditions 10/10.

LE QUÉBEC DU ROCKET

Certes, on découvre les pans majeurs de la vie du hockeyeur membre du Tricolore de 1942 à 1960, on le suit dans son enfance, à travers son ascension sur la glace, dans ses failles et côtés glorieux, dans sa vie affective avec sa belle Lucille et avec sa famille qui lui tenait à coeur, mais au-delà de tout, il y a l’univers qui englobe le portrait de la star.

Roch Carrier dépeint le Québec des années vingt, trente, quarante et compagnie, jette un éclairage très singulier sur la grande Dépression de 1929, les soulèvements populaires, les changements politiques et sociaux, les courants idéologiques en pleine ébullition, en somme, tout ce qui a contribué à forger la province telle qu’on la connaît dans le présent millénaire. Rien d’aride à la lecture, rien d’ampoulé ou de trop sérieux. Juste des couleurs personnelles offertes aux lecteurs comme des tableaux de Riopel.

BIEN PLUS QUE DU HOCKEY

En filigrane, l’intensité du phénomène de société qu’il représentait, l’image du francophone dominant dans un monde anglophone apparaît avec émotion. Pour beaucoup, le Rocket était un symbole de réussite et de revanche. On retrouve ce sentiment à la lecture aussi parsemée de touches personnelles issues de la vie de Roch Carrier, de sa découverte de Maurice Richard alors qu’il tenait pour la première fois son bâton de hockey à 69 cents dans son patelin natal de Sainte-Justine. Déjà, à son insu, les premiers mots de son grand livre naissaient.

Souvenirs, souvenirs...

Ça pourrait très bien être lui sur la couverture de la réédition de son livre Le Rocket. Sur la photo en noir et blanc, cinq gamins d’à peine dix ans prennent la pause avec leur attirail de hockeyeur. Roch Carrier découvre cette image en même temps que son livre remanié, qu’il avait presque oublié dans sa bibliothèque.

Il trouve que c’est le meilleur de tous ses livres. Quand il l’a relu la veille de notre entretien dans un café fort couru situé tout près de chez lui à Westmount, c’est une ribambelle de souvenirs qui lui sont revenus en mémoire. Des souvenirs de jeunesse comme ces soirées passées l’oreille collée à la radio pour entendre les matchs de hockey du Canadien de l’époque de Maurice Richard, comme ceux de ces parties qu’il engageait avec ses copains de village qui patinaient de son propre aveu pas mal mieux que lui.

L’AUTRE BON DIEU

Dans son enfance, Maurice Richard était partout, plus présent que le bon Dieu. «Nous avons huit, neuf, dix ans. Le prêtre, les religieuses nous assurent que chacun de nous est accompagné d’un ange gardien invisible qui nous protège. Avons-nous besoin d’anges protecteurs?

Maurice Richard est avec nous.» Dans cet extrait comme dans bien d’autres, la passion que le Rocket anime chez les jeunes est grande, la figure héroïque de l’homme est aussi fortement ancrée dans un Québec qui tentait de faire sa place dans un monde souvent dominé par les anglophones.

Ses souvenirs sont aussi ceux de ces deux années passées à écrire Le Rocket, d’abord à la main, puis au clavier. Roch Carrier s’impliquait corps et âme, devenait presque son héros d’enfance… «Je me souviens m’être volontairement cogné l’épaule contre mon mur de brique pour tenter de reproduire un mouvement violent, sentir un peu ce que ça pouvait faire », explique l’auteur, qui avait rencontré personnellement Maurice Richard quelques années auparavant.

C’était lors du lancement du court métrage d’animation Le Chandail réalisé à partir de son conte du même nom et qui raconte l’histoire d’un jeune garçon qui commande dans le catalogue Eaton le chandail du Canadien, mais qui reçoit par erreur celui des Maple Leafs de Toronto…

À 72 ans, Roch Carrier voue toujours une admiration sans bornes à son héros d’enfance. Entre deux périodes d’écriture, de voyage ou de travail à des conseils d’administration auxquels il siège, il trouve encore le temps de lire et de suivre quelques matchs de hockey à la télé.

PETIT BOUT DE BONHEUR

Il vient aussi de publier Mon grand-papa a dit aux éditions du Lilas, son troisième conte pour enfants, dans lequel un grand-père raconte à son petitfils le conte fantastique dont il a lui-même écouté le récit de la bouche de son grand-papa.

C’est dédié à son Arlo de trois ans. Sa nouvelle star. Il en a luimême fait les illustrations. Un bonheur n’attend pas l’autre en somme. Et puis, il caresse un projet dont il ne peut parler.

L’auteur de Jolis deuils: petites tragédies pour adultes ou encore de La Guerre, yes sir! estime avoir raccroché ses patins depuis très longtemps maintenant. Quant à son clavier, il n’est pas sur le point de le ranger. Il a encore tant à raconter. La réédition de la biographie du Rocket l’anime d’autant plus.

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