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ENVOI DE LIVRES À STEPHEN HARPER

Yann Martel persiste

Sarah Pepin
Le Journal de Montréal
22-12-2008 | 10h26
Yann Martel continue sa croisade auprès du premier ministre canadien. Aujourd'hui, Stephen Harper recevra son 45e livre de la part de l'écrivain, qui ne lâchera pas prise.

Avril 2007. L'auteur d'Histoire de Pi envoie le premier d'une série de bouquins à Stephen Harper, soit La Mort d'Ivan Illitch, de Léon Tolstoï.

L'écrivain est chanceux. Il reçoit une réponse de l'adjointe du premier ministre un mois plus tard, soit en mai, le remerciant de sa suggestion littéraire. Depuis, c'est le silence total malgré le fait que Yann Martel, tous les quinze jours, continue d'envoyer un ouvrage au 80, rue Wellington.

«Le but n'était pas de faire la leçon au premier ministre, mais plutôt de l'amener à cultiver un jardin qu'il semble avoir négligé.»

Émile Martel, père de l'artiste, se charge depuis les tout débuts de la traduction de la lettre accompagnant fidèlement chacun des livres envoyés, d'abord rédigée en anglais par son fils.

«Au départ, sa motivation était légitimée et l'est d'autant plus aujourd'hui, car les arts ne sont pas prioritaires aux yeux de notre dirigeant. C'est très navrant et il faut en parler.»

Yann Martel a donc décidé de poursuivre ce rituel rigoureux, mais qui est maintenant plutôt pesant, selon son paternel.

«Je constate que c'était une boutade plutôt sympathique au début, mais maintenant, cela représente un poids assez élevé.»

En effet, avant l'envoi final, l'écrivain doit choisir le livre en question, puis le lire et le relire pour s'imbiber des plus menus détails pour en bout de ligne le préparer à l'égard du premier ministre, rédigeant une lettre explicative résumant l'ouvrage.

«Ça a l'air tout simple, mais il faut en trouver le temps.»

Pour son 45e envoi, Yann Martel a posté son précieux colis d'une boîte aux lettres anglaise, l'auteur se trouvant actuellement en Grande-Bretagne.

Stephen Harper lit-il?

Aujourd'hui, Stephen Harper recevra donc Fictions, de Jorge Luis Borges, bouquin introduisant une nouvelle notion à notre premier ministre.

«C'est assez particulier cette fois-ci, car Yann n'aime pas le livre! Dans sa lettre, il explique à quel point il est important de sortir de ce que l'on aime lire habituellement.»

Un ouvrage court encore une fois pour un homme chez qui chaque minute est comptée. Mais Stephen Harper se prête-t-il vraiment à l'exercice?

«Je ne crois pas qu'il prenne le temps de les lire. Ce que l'on sait, par le biais d'un ami d'un ami à l'intérieur du bureau du premier ministre, c'est que quelqu'un est chargé de faire un sommaire de la lettre et du livre.»

Mesure préventive pour le chef conservateur, au cas où quelqu'un lui parlerait de sa plus récente lecture...

«Au moins, nous savons que cela est pris au sérieux. Nous n'avons pas gagné notre cause, mais cela n'a pas été rejeté d'office.»

En 2007, son fils avait promis de porter le collier jusqu'à ce que ça arrête de faire mal dans le milieu culturel, ce qui ne semble pas être le cas vu les récentes coupes budgétaires.

«On s'acharne, on maintient la pression. Idéalement, on voulait que cela dure le moins longtemps possible. Ce n'est pas ce qui est arrivé.»

Selon Émile Martel, son fils a donc l'intention de poursuivre ses envois le temps qu'il faudra.

«L'envoi du premier livre est une déclaration. Le deuxième, de l'insistance. Au 45e, cela devient une cause.»

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