DIANE LACOMBERéhabiliter la femmeManon Guilbert 22-12-2008 | 04h00
Le roman Gunni le gauche, paru en 2006, a initié une nouvelle saga. Diane Lacombe ne l’avait pas planifiée. Moïrane rompt avec le ton de l’aventurier, du héros, et adopte celui, plus féminin juge-t-elle, de l’intimisme. «Je n’ai jamais de plan lorsque je commence un roman, explique Diane Lacombe. Je ne savais pas en finissant et en publiant Gunni le gauche qu’il y avait autre chose qui germait déjà.» Diane Lacombe, dont la trilogie des Mallaig a démontré sa passion pour l’époque des Vikings et pour le Moyen-Âge, avait proposé un nouveau projet dans le but de profiter d’une bourse du Conseil des Arts. Dans un condensé, elle avait brossé en quelques lignes le plan de Moïrane. La réponse tardant, elle a eu le temps de se pencher sur un autre projet et de voir Gunni le gauche publié et déjà apprécié des lecteurs lorsqu’on lui accorda une aide pour écrire Moïrane. UNE COMMANDE«J’avais donc peu d’espoir de recevoir une bourse. J’avais envoyé en quelques lignes succinctes une forme de plan. Ça ne m’était jamais arrivé de donner un plan avant de me mettre à l’écriture. Je me suis donc retrouvée face à une commande que je devais respecter. J’ai adoré ça.» Elle est donc restée attentive à la relation de Gunni et de Moïrane, qui s’étaient rencontrés au cours de la première histoire. «Je me suis mise cette fois dans la peau d’une femme. Même si j’avais aimé me glisser dans celle d’un homme en empruntant sa façon de penser, le défi a été celui d’imaginer le destin d’une femme en l’an 1000. «On connaît peu ces sociétés, soulignet- elle. Nous avons peu d’archives. Ce que nous possédons ne repose pas sur des faits historiques. C’est par le biais d’artefacts recueillis au cours de fouilles archéologiques que nous pouvons entrevoir leur façon de vivre.» Diane Lacombe admet que ça stimule l’imagination et que les éléments sont là pour nourrir la fiction. «La tradition orale était très importante à cette époque. Il y a eu des interprétations faites par les moines. On peut présumer que ceux qui ont rapporté leur façon de vivre ont aussi interprété des choses.» Diane Lacombe s’est inspirée beaucoup de la documentation de l’essayiste Farley Mowat. Fascinée par ses écrits, elle s’est documentée sur la chasse menée par les Vikings pour pousser les peuplades installées en Islande, au Groënland et à Terre- Neuve, appelée à l’époque l’île d’Alba. «J’ai fait du millage là-dessus, convientelle. Je me suis intéressée à l’aspect spirituel et commercial de cette aventure.» LE REGARD D’UNE FEMMEGunni le gauche et Moïrane, deux histoires autonomes, dépeignent bien une époque fascinante sur laquelle Diane Lacombe se penche depuis qu’elle a lu Jeanne Bourin et La Chambre des dames. Des voyages en Écosse ont ravivé encore sa passion pour cette page de l’histoire de la Terre. «Je voulais aussi réhabiliter la femme. Jeanne Bourin, par ses recherches, a démontré que les femmes ne manquaient pas, comme on le dit facilement, de pouvoir. J’ai choisi de prendre une perspective féminine pour regarder les femmes dans leur quotidien.» Diane Lacombe a écrit cinq romans en six ans. Le temps est venu, semble-t-il, pour elle de s’accorder une pause. Mais elle reconnaît que l’intérêt des lecteurs a beaucoup de pouvoir pour réactiver ses ardeurs de romancière. «Les lecteurs vont-ils me pousser encore!?», dit-elle en rigolant.
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