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Carmel Dumas - Témoin d'un foisonnement extraordinaire
© Le Journal - Claude Rivest
Carmel Dumas

CARMEL DUMAS

Témoin d'un foisonnement extraordinaire

Manon Guilbert
22-11-2008 | 04h00

«Ce qui rend unique ce qui s’est passé au Québec, c’est la coïncidence des deux grands outils de communication que sont le cinéma et la chanson…»

Carmel Dumas, journaliste, scénariste et réalisatrice, emprunte ce constat au cinéaste Jean-Pierre Lefebvre et traque tous les signes de l’émergence d’une culture montréalaise et québécoise au rythme des chapitres de Montréal show chaud.

Si Carmel Dumas a été témoin de ce foisonnement extraordinaire qui sonnait assurément le moment de la retraite de la Révolution tranquille, elle n’en a pas moins exploré tous les balbutiements.

«Ça prend l’amour de l’expérience artistique, explique-t-elle. L’art est venu à Montréal avec le mouvement contestataire. La grève des réalisateurs de Radio-Canada en 1959 a été un grand déclencheur. À cette époque, la moitié du monde n’avait pas 30 ans et tout était à faire.»

UNE BOMBE

Dans un premier temps, ce projet d’écriture devenu plus tard Montréal show chaud visait à réaliser une biographie de Mouffe, Claudine Monfette, muse de Robert Charlebois et protagoniste de l’Osstid’show, qui fit l’effet d’une bombe explosant à la face du monde.

Ce happening réunissant Robert Charlebois, Louise Forestier, Yvon Deschamps et Mouffe allait changer définitivement le visage du show-business.

Carmel Dumas s’est engouffrée dans ce sentier et y a retrouvé les traces d’une histoire plus grande, englobante et essentielle.

La chrysalide devenait papillon, elle n’allait pas faire mine de ne pas l’avoir remarqué. «Ce que j’ai voulu raconter était plus grand», dit-elle.

Au milieu des années 1960, à l’époque où les Montréalais se préparent à recevoir des invités venus de tous les pays du monde pour l’Expo universelle de 1967, Carmel Dumas vient de s’installer dans la métropole. Journaliste, elle rencontre les intellectuels, les cinéastes, les acteurs, les chansonniers et des confrères journalistes.

NOUVELLES BASES

C’est l’heure de la contestation, de la rébellion, et partout dans le monde, on parle de contre-culture.

Le Québec n’est pas en reste et de tous les côtés, francophones et anglophones de Montréal démolissent les bases craquelées d’une culture venue d’ailleurs pour en fabriquer de nouvelles.

Par devoir de mémoire, dans le but de raconter aux plus jeunes des générations X et Y quelques particularités de leur génétique, Carmel Dumas remet quelques pendules à l’heure.

Elle n’allait pas laisser à l’oubli l’ingratitude de banaliser la fébrilité de toute une génération. Ses pages s’élèvent bien au-delà de l’anecdote.

La biographie d'une génération

© Le Journal - Claude Rivest
Modestement, Carmel Dumas évalue à cinq ans le temps mis à la réalisation de ce document d’auteur sur la révolution culturelle.

Mais elle y a mis plus que les années. Si elle a ouvert le livre des souvenirs de toute une génération en restituant l’odeur d’une époque, elle spécifie qu’elle ne voulait pas d’un livre rétro.

Forte de ses expériences et de ces constats glanés au cours des années passées dans un rôle d’observatrice qui lui sied bien, elle a suivi la trame humaine de cette explosion culturelle montréalaise.

«Je voulais nommer cette dynamique, connaître la façon dont les liens et les alliances se faisaient. Il y avait le show, le business, la politique et le front de boeuf des jeunes qui arrivaient sur la scène.»

TOUS AZIMUTS

« Je voulais faire des liens entre tout ça, explique-t-elle. Il se passait des choses à Percé, on vivait la bohème à la façon de Saint-Germain-des-Prés à Montréal, politiquement on contestait.

«L’idée ne m’est jamais venue de rencontrer tous ceux qui avaient vécu ce moment, souligne- t-elle. Je me suis plutôt attardée aux alliances, aux amitiés de synchronicité. J’ai attaché les fils.»

Visionnements de films, d’émissions de télévision, des heures passées à retrouver des documents sur microfiches à la Grande Bibliothèque ont fait les beaux jours de Carmel Dumas.

«Je voulais rendre tout ça vivant. Je me suis attardée à différents filons.»

Il y a quelques années, la journaliste et documentaliste avait rassemblé suffisamment d’archives pour réaliser Montréal maternelle, long métrage sur le même sujet.

Les délais qui sont toujours inhérents au cinéma l’ont convaincue de partir vers une autre quête.

«J’ai fait d’autres entrevues, dit-elle. Ma recherche s’est un peu transformée et les rencontres avec Louise Latraverse, la pionnière de tout le show-business montréalais, ont dévoilé plusieurs des influences et des cultes qui ont marqué cette période.»

DES TÊTES D’AFFICHE

On a oublié depuis l’importance de cette émergence avec Les Bozos, Les Girls, Robert Charlebois, énorme star imprégnée d’influences californiennes, Marcel Sabourin et des cinéastes comme Michel Brault, Robin Spry (avec qui elle a partagé des années de vie et eu deux enfants), Denys Arcand, Claude Jutra, Jean-Pierre Lefebvre, Jacques Godbout, pour ne nommer que ceux-là.

Toutes les disciplines artistiques se voisinaient. «C’était une forme de résistance au colonialisme», dit-elle.

«Ces recherches-là m’ont confirmé que tout ce travail valait la peine. Je découvre encore plein de choses. Je voulais voir ce Montréal d’une autre époque. C’est maintenant terminé, mais il reste une vie qui est née de tout ça. Ils ont semé la graine. Ce livre est la biographie d’une génération.»

Montréal show chaud se lit comme un roman. Carmel Dumas se réjouit qu’on lui ait fait confiance et qu’on ait donné à son livre une si belle allure.

Chronique du temps, biographie d’une génération, album de famille, peu importe le nom qu’on peut lui donner, elle en est fière.

Elle y a mis, en plus de sa rigueur, son amour pour cette création artistique qui a provoqué le saut dans la modernité.

  • Montréal show chaud, Carmel Dumas, Fides.

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