FRED DOMPIERREL’envie de tout balancerPar Manon Guilbert 19-10-2008 | 16h00
L’effet est étrange: Fred Dompierre est la copie conforme du narrateur de son roman. Effectivement, son roman n’a rien d’une fiction. «Seuls les prénoms ont été changés!» dit-il. «Je suis obligé d’assumer, continue-t-il. C’est moi tout craché, mais ce n’est pas une autobiographie.»
Fred Dompierre a de la «misère» avec la vie et Presque 39 ans, bientôt 100 en est le récit jalonné de différentes chroniques sur un passage existentiel plutôt difficile. «De 2001 à 2006, ma vie a été dramatique. Cette histoire n’est pas inventée. Je vois ma vie sans filtre sans y ajouter d’effets trash. Je sais que ce sont des trucs qui frappent l’imaginaire. Mais je n’ai rien exagéré.»
Certains y verront le portrait de la génération X. Le jeune auteur s’en défend. Jamais, laisse-t-il entendre, il n’aurait eu cette prétention. «Il n’y a aucune distance entre moi et le personnage, souligne-t-il. Je suis pogné comme ça dans la vie. La dépression, l’alcoolisme, un mal de vivre constant, c’est ce que je vis. Ce livre n’est pas une thérapie ou une confession, ni une manière d’illustrer quelque chose pour faire l’intéressant, ni le gratte-bobo, c’est simplement le récit de la vie d’un gars aux prises avec une dépression clinique dont je cherche encore la cause. J’ai décidé d’écrire ça, d’en faire la chronique.»
Parsemé d’humour et de cynisme, («ça rend la lecture plus facile»), le livre de Fred Dompierre s’est écrit comme ça, sans intentions particulières, mais écorchant parfois au passage les gars et les filles de sa génération.
«Nous sommes une somme d’individus. Mais en même temps des entités bien distinctes. Bien sûr, on a tous regardé Bobino, mais je ne peux pas en tirer des conclusions. Je me fie d’abord et avant tout à mes expériences à moi. Je ne vois pas la vie avec beaucoup de romantisme. Je pense plutôt qu’on prend les vessies pour des lanternes.» Fred Dompierre n’est pas particulièrement bien dans sa peau, c’est une question de chimie dans le cerveau, explique-t-il. Il a eu du mal avec ses amours, qu’il a vues guidées par l’instinct animal, une ivresse provoquée par la nature. «Ce n’est pas ça, l’amour!» Il néglige de terminer ce qu’il entreprend et si ce n’était de Marie, avec qui il vit depuis quelques années, il aurait tout jeté à la poubelle. «Écrire! Ce n’est pas pour moi un plaisir. Quand c’est fini, je fais le test de lire ce que je viens de faire, je me mets dans la peau du lecteur. C’est là que je peux avoir du fun. Sinon, c’est un peu plat. Ça prend forme par étapes et j’ai dû résister très fort à l’envie de tout balancer pardessus bord. J’ai de l’admiration pour ceux qui font ça tout seuls.» François Dompierre est convaincu qu’il n’écrira jamais d’histoires de mafia et que ce qu’il a pu faire de mieux, c’est écrire sur ce qu’il a vécu. Il voit dans cette réalisation une parenthèse dans sa vie et n’entrevoit pas du tout le moment de recommencer à se casser la tête, envahi par la crainte de réécrire le même livre. Convaincu de rien, il est fier tout de même d’avoir rapidement trouvé un éditeur, que son récit ait plu à son père, le musicien François Dompierre, de qui il dit franchement qu’il l’a vu plus souvent sur une affiche dans le métro qu’à la maison. Fred Dompierre n’a aucune retenue ni le sentiment d’avoir réussi à vaincre ses démons. Pourtant, depuis un moment, la vie lui semble plus douce.
Presque 39 ans, bientôt 100
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