Accueil Divertissement
 
JDM
Jos Montferrand  - Le héros des Canadiens français
© Photo Le journal – Donald Courchesne

JOS MONTFERRAND

Le héros des Canadiens français

Par Manon Guilbert
27-09-2008 | 04h00
Ancien militaire, passionné de sport, romancier, biographe, Paul Ohl n’a jamais mis la bride à ses passions. Quelque trois ans après avoir, dans une volumineuse biographie, réhabilité Louis Cyr, l’homme fort du Québec, l’écrivain trouve chez le mythique Jos Montferrand les traits du héros d’un nouveau roman, Jos Montferrand, le prix de l’honneur.

Depuis 35 ans, Paul Ohl a fait le tour de la planète pour alimenter sa ferveur romanesque: le Japon avec Katana, le Pérou avec Soleil noir, l’Afrique avec Black. Cette fois, il fait sa rentrée littéraire «québécoise». Jusqu’ici, il n’avait pas osé.

Alsacien d’origine, il a, pendant toutes ces années, laissé leur territoire aux Michel Tremblay, Yves Beauchemin, Marie Laberge et autres écrivains québécois du même acabit. Après 35 ans d’écriture (qu’il a toujours faite à la main), il s’octroie le droit de se pencher sur la figure mythique de Jos Montferrand, «le champion des Canadiens français».


DES ANNIVERSAIRES
Il se réjouit de voir les coïncidences s’accumuler. La célèbre chanson de Gilles Vigneault a été écrite en 1958. Elle aura 50 ans le 12 décembre. Gilles Vigneault compte cette année 80 printemps et Paul Ohl 35 ans d’écriture. Selon lui, les planètes se sont alignées. Il voit dans ces événements une convergence qui le réjouit. «Jos Montferrand a été mon phare, dit-il. Il est d’une stature rare. Il est né en 1802, sur la rue des Allemands devenue depuis la rue de l’Hôtel-de-Ville, et est mort en 1894 sur la rue Sanguinet.»

«Il a eu 100 vies à une époque où les Canadiens se remettaient de la prise de pouvoir des Anglais, arrivés 50 ans plus tôt. Ils étaient en pleine recherche identitaire, sans avenir. Ils étaient perçus comme des porteurs d’eau. Ils étaient avalés tout rond et avaient besoin d’un géant. Avec ses six pieds quatre pouces, Jos Montferrand vivait ce que tout le monde voulait vivre. Il était libre. Il n’était pas qu’un homme fort, il était le héros des Canadiens français.»


Un symbole de liberté

Dans le premier tome d’un roman épique qui devrait faire près de 1 000 pages lorsqu’il en aura fait le tour, Paul Ohl réhabilite Jos Montferrand, ce géant libre, un héros de la culture canadienne-française, avant qu’il ne bascule définitivement dans l’oubli.

Paul Ohl glisse sa main sur la couverture glacée du livre qu’on vient tout juste de lui apporter. En montrant du doigt le cheval blanc qui l’illustre, il compare son héros à sire Lancelot du Lac, un autre preux chevalier. Poussé sur cette piste par la chanson de Gilles Vigneault qui a voulu tout au long de sa carrière chanter les gens du pays, Paul Ohl s’est penché sur un caractère d’exception.


«Les Canadiens, on les appelait comme ça à l’époque, avaient besoin d’un géant, d’un symbole de liberté. Il a vécu ce que tous voulaient vivre. Il avait une liberté que tous enviaient. Il était le plus grand draveur, le plus grand cageux qui transportait le bois sur la rivière La Lièvre jusqu’à la rivière Outaouais. Il était un bûcheron célèbre dans tout le pays, un bagarreur imbattable. On dit même qu’à cause de sa souplesse, ajoute-t-il en montrant une caricature d’Henri Julien, il était capable d’imprimer sa semelle sur les hauts plafonds.»

Toute cette légende est venue aux oreilles de Paul Ohl. Jos Montferrand a laissé son empreinte et sa trace dans l’histoire triste du pays conquis. On en a gardé la mémoire bien après sa mort. Wilfrid Laurier aurait écrit sa biographie dont, malgré qu’il l’ait terminée, il ne reste plus que les huit premières pages. La disparition du manuscrit demeure un mystère des plus complets.


UN HÉROS D’UNE AUTRE ÉPOQUE
En 1992, le Canada a produit un timbre à l’effigie du personnage. Le peintre Claude Le Sauteur lui a dédié une de ses célèbres toiles. Vigneault a chanté sa grandeur. Le seul livre qu’on lui ait consacré est signé Benjamin Sulte, écrit en 1883 et réédité en 1899. Ce document fait partie des archives que Paul Ohl a consultées et dont il s’est inspiré pour en connaître plus sur le héros.

«Je me suis mis à fantasmer sur ce personnage, précise Paul Ohl. Je me suis dit que j’allais être la mémoire de Laurier, que j’allais poursuivre son travail. Je cherchais un sujet pour faire une rentrée dans le cercle de la littérature québécoise, où jusqu’ici je ne sentais pas que j’avais une place. D’autres sont plus légitimés que moi dans ce sens, même si je suis profondément québécois. J’avais gardé une petite gêne.»

Jos Montferrand, défenseur de la liberté, porte-parole des Canadiens français rabroués devant les Anglais et les Irlandais qui les empêchaient de voter, patriote dans l’âme et dans l’action, a donné à Paul Ohl l’envie de le restituer à l’histoire.

«Je me suis dit : plonge et rends-nous Jos Montferrand. J’ai reconstitué la toile de fond de Montréal de ce temps-là, un bourg d’à peine 10 000 âmes où régnaient en maître les Sulpiciens qui étaient eux-mêmes à la solde des Anglais. La statue du général Nelson en fait la preuve, car ce sont eux qui l’ont payée. Ils étaient les propriétaires de la ville. C’est ce que j’ai mis en scène.»


UN HÉROS
Tout en tenant compte des règles qui régissent l’art romanesque, Paul Ohl s’est attaché à l’idée pure qu’on se fait du héros. «Il avait la foi et la noblesse. Il ne reculait devant aucun défi. Il s’est jumelé à Antoine Voyer, aubergiste et patriote. Il est devenu anti-Anglais.»


Il dérangeait l’Église et les Anglais

Dans son premier tome, l’écrivain s’attarde à l’enfance et l’adolescence du gigantesque personnage à qui personne n’osait plus s’opposer lorsqu’il prodiguait son sens de la justice, nourrissait les affamés et affrontait les Irlandais.

«Jos Montferrand était synonyme d’honneur. Il a laissé un héritage dans ce sens. Il dérangeait le pouvoir de l’Église et des Anglais. Il ne s’inclinait pas et on le considérait comme dangereux. À cette époque, nous étions des porteurs d’eau. Lui, il était un champion.»

Paul Ohl avoue avoir un faible pour l’acte héroïque. En découvrant l’histoire de Jos Montferrand, il a aussi ressenti le souffle épique, plus beau encore qu’il ne l’aurait cru. Ce personnage d’une grande sensibilité, dont il offre dans un premier temps les premières pages de sa vie, le hantera encore jusqu’en 2009.

L’automne prochain, il livrera un deuxième tome et tout aura été dit sur un homme plus grand que nature, figure mythique qui ne doit pas s’évanouir dans les brumes du temps. Paul Ohl se sent investi de cette mission.

haut