DIFFAMATION RACIALEUn auteur français jugé par le tribunal de Paris24-09-2008 | 11h55
Dernière modification : 12h14
Cet ouvrage, publié chez Fayard dans la collection Mille et une nuits et consacré au génocide rwandais, a suscité une certaine controverse en France, une plainte étant déposée en octobre 2006 par SOS Racisme. Celle-ci reproche à Pierre Péan d'avoir écrit que les Tutsis avaient recours au mensonge et à la dissimulation dans le seul but de tromper la communauté internationale de la justesse de leur cause. «J'ai été traîné dans la boue _ au mieux, je suis traité de raciste, au pire, de négationniste», a-t-il dit à la barre, estimant que SOS Racisme, dont il fut l'un des parrains à la création du mouvement, a été manipulé par «le régime actuel dictatorial de Kigali». L'écrivain a rappelé son passé de militant tiers-mondiste, sa connaissance de l'Afrique, ses engagements anticoloniaux. «A 67 ans, j'aurais pété les plombs pour nourrir une haine inexpugnable à l'égard des Tutsis? Ca n'a pas de sens», a-t-il exposé au tribunal. Interrogé sur son enquête, l'écrivain a expliqué avoir, «compte tenu de la nature du régime», interrogé de nombreux exilés, qu'ils soient tutsis ou hutus. À l'un des avocats de la partie civile qui lui reprochait de ne pas s'être déplacé au Rwanda, Pierre Péan a rétorqué: «le régime rwandais est une dictature sanguinaire. Pourquoi interroger des témoins qui ont peur de leur parole?». Pierre Péan a expliqué avoir voulu faire une relecture de la «version officielle», celle d'un «génocide commis par des Hutus contre des Tutsis» face à l'entreprise de désinformation menée selon lui par le régime actuel de Kigali dirigé par Paul Kagame. Claude Durand, le pdg des éditions Fayard, a fait part de son «indignation» et de sa «consternation» après la plainte de SOS Racisme, qu'il a vécue comme les «soldats qui reçoivent des balles dans le dos tirées de leur propre camp». L'historien belge Filip Reyntjens, cité comme témoin, a évoqué cette culture du mensonge au Rwanda comme un «phénomène historique». Le procès doit durer jusqu'à jeudi. Le tribunal doit entendre notamment comme témoin jeudi Hubert Védrine, ancien secrétaire général de l'Elysée en 1994, et Bernard Debré, ministre de la Coopération à partir de septembre 1994.
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