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Anne-Marie Sicotte - «Parler d’accouchement reconnecte aux émotions»
© Photo d’archives – Albert Vincent

ANNE-MARIE SICOTTE

«Parler d’accouchement reconnecte aux émotions»

Par Manon Guilbert
21-09-2008 | 04h00
Anne-Marie Sicotte a provoqué un véritable raz-de-marée dans l’édition québécoise. Les premiers tomes de sa trilogie Les Accoucheuses, chacun comportant plus de 800 pages, se sont hissés au rang de best-sellers avec 30 000 exemplaires vendus respectivement.

Anne-Marie Sicotte met le point final à cette épopée qui a ravi tant de lectrices pendant les trois dernières années. La Déroute est attendue. Elle a mis la dernière année à l’écrire et le dernier mot a été posé avant de partir pour tout l’été en France. «Une pause, se réjouit-elle, bien méritée.»

«C’est ça mon rythme. Je n’ai pas d’angoisse, ni de blocage. J’écris beaucoup et je tiens à faire le lien entre les personnages et les mœurs de la société de ce temps. Supportée par les recherches que j’ai faites auparavant, je m’ancre dans la réalité de l’époque.»

La trilogie Les Accoucheuses, selon Anne-Marie Sicotte, méritait d’être écrite. «J’ai eu envie d’expliquer tout ce qui se passait à ce moment de notre histoire. En écrivant sur les femmes, j’ai eu l’impression d’être une rêveuse, mais heureusement, cet aspect féministe du récit a accroché les lectrices. Je peux comprendre car il touche les valeurs de la filiation. Parler d’accouchement reconnecte aux émotions. Toutes les femmes ou presque savent ce que ça veut dire.»

PERSONNAGES AUSSI VRAIS QUE NATURE

Anne-Marie Sicotte reconnaît aussi que ses personnages Flavie et Léonie correspondent à l’imaginaire des femmes. Flavie avec son côté fougueux, sa témérité, sa jeunesse et son audace séduit.

Léonie, de son côté, est plus douce, plus réfléchie. Toutes deux se battent pour redonner ses lettres de noblesse à un métier en voie de perdition. Face à l’opinion publique, elles ont leurs réparties et leur parcours s’inscrit au moment même où les femmes commencent à faire valoir leur volonté d’égalité.

«Je voulais que tout ça ait un aspect très réaliste. C’est pour cette raison que j’entre vraiment dans la peau de mes personnages et que j’explique longuement l’une ou l’autre des situations dans lesquelles ils se retrouvent. Jusqu’ici, on n’avait jamais écrit sur ce sujet. J’y vois là la raison de l’engouement des lecteurs.»

Anne-Marie Sicotte avait cette histoire en tête depuis 1980. Historienne, elle réalisait que le métier de sage-femme devait être revalorisé.

«C’est mon métier qui m’a menée jusque-là, dit-elle. L’histoire, on s’en rend compte, est très peu bavarde sur ce sujet. J’ai voulu être le plus juste possible pour raconter l’histoire des femmes de ce temps-là. Je n’ai pas peur des mots. Je ne tourne pas autour et je sais aussi, on me l’a dit, que le langage était accrocheur. Je suis honnête dans mon écriture.»


La fin d’une belle histoire

Cinq ans, répartis en deux ans de recherches et trois ans d’écriture, ont suffi pour tirer le maximum de la vie de ces deux femmes. «Je savais que je devais maintenant les laisser aller à elles-mêmes. J’avais épuisé les possibilités des personnages.»

Les recherches effectuées sur la deuxième moitié du XIXe siècle pour écrire Les Accoucheuses la fascinent toujours. En mettant le point final à son troisième tome, Anne-Marie Sicotte sait qu’elle fouillera encore les façons de vivre de cette époque. Sans en dévoiler le sujet, elle prévoit deux années de travail avant de se plonger dans l’écriture d’une nouvelle saga.

Après 35 ans d’écriture et 20 ans de publication, Anne-Marie Sicotte a atteint une aisance qui la pousse à tenir une chronologie rigoureuse des vénements politiques, économiques et sociaux de cette période du XIXe siècle.

«Écrire 250 pages et en faire un livre, commente-t-elle, ce n’est pas mon genre. On s’étonne que Les Accoucheuses aient si bien fonctionné malgré le volume des différents tomes. Le succès est dû, je crois, au phénomène du bouche à oreille. J’en suis contente parce que ce n’est pas mon nom alors inconnu qui a attiré dans un premier temps. L’épaisseur fait peut-être peur, mais l’intérêt est là.

Les lecteurs embarquent et sont heureux. Je les fais évoluer là-dedans. Ils sont témoins du rêve de s’épanouir que pouvaient avoir les femmes. C’était impossible et elles devaient très vite abandonner cette idée.»


SOCIÉTÉ VIVANTE

Anne-Marie Sicotte s’est attardée à une époque et à une société plus vivantes qu’on a tendance à le croire. Tout ce qui faisait la vie sociale, politique et économique des années 1853 à 1858 a été fouillé avec la minutie de l’historienne.

Les sectes s’ajoutaient aux religions, les grands courants de la pensée européenne influençaient profondément la vie quotidienne.

«Tous les auteurs de romans historiques n’ont pas la même rigueur. Pour ma part, je tiens à la solidité de ma documentation. Ce genre a son importance dans le travail de mémoire. Les auteurs devraient y être attentifs.»

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