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JEUX INTERDITS

La délinquance sexuelle des ados démystifiée

Par Manon Guilbert
31-08-2008 | 08h09
Plutôt que de tourner la page ou de fermer carrément les yeux sur un sujet des plus tabous, Bruno Sioui a choisi de se consacrer à une vaste enquête sur les adolescents agresseurs sexuels. Jeux interdits est aussi une adaptation livresque de sa thèse de doctorat.

Bernard Sioui a été longtemps éducateur dans les centres jeunesse du Québec et est maintenant professeur en développement humain et social à l’Université du Québec en Abitibi. À travers des années à travailler sur le terrain, il s’est questionné sur l’immense discrétion entourant l’immense tabou, celui de la délinquance sexuelle des adolescents.

Au moment où il a été immobilisé pendant plusieurs mois à cause d’une blessure sportive, Bruno Sioui a réfléchi sur le sujet des jeunes hommes agresseurs, leurs victimes étant le plus souvent des jeunes garçons.

Mais dans la littérature spécialisée, il n’existe que quelques rares documents. Le confrère Michel Dorais, auteur de Ça arrive aussi aux garçons, l’a encouragé à suivre cette piste jusqu’alors tout à fait inexplorée.

«Avant 1980, dit-il, il n’y avait aucun écrit sur ce sujet. Personne n’avait fait l’effort de rencontrer ces jeunes dans les centres de jeunesse et de se poser la question de la récidive à l’âge adulte.»


ENQUÊTE EXHAUSTIVE
De façon scientifique, Bruno Sioui a établi son échantillonnage, interrogé 15 jeunes, dont deux avaient atteint l’âge de la majorité, pour documenter sa recherche. Il a tenté de cerner les motivations, les mobiles de leur délinquance.

«Jusque-là, dit-il, personne n’avait vraiment interrogé ces jeunes. Pendant des années, on a cru à une maladie grave, incurable ou génétique. Personne, dans le milieu éducatif et de la pédopsychiatrie, n’a reçu de formation.»

Les données sont difficiles à rassembler. Les jeunes, en groupe, préfèrent se taire. Individuellement, ils ne reçoivent pas d’emblée l’autorisation des parents pour discuter de la question et ceux-ci, pour leur part, préfèrent souvent se taire et évacuer l’épineux sujet. Que leurs garçons aient fait des gestes de cette nature leur enlève souvent l’envie d’être bavards.

«Chez les jeunes, souligne Bruno Sioui, ces actes d’agression sexuelle relèvent du défi. Ils leur donnent l’impression du pouvoir et de standing. Ils agressent des jeunes garçons pour reprendre le pas et le pouvoir. Traumatisés par ce qu’ils ont vécu souvent, ils traumatisent à leur tour.»

Bruno Sioui souhaiterait donner suite à ce livre qui rejoindra, il le croit, les éducateurs, des intervenants du milieu, les psychologues et les psychiatres, les parents qui se questionnent et, idéalement, le grand public.


LA PRÉVENTION EST SOUHAITÉE
Dans un deuxième temps, remarquant l’absence de personnel spécialisé pour venir en aide aux parents, il croit qu’un livre pourrait être fort utile pour combler le besoin de comprendre les comportements de leur enfant. Il souhaite que cet ouvrage vienne justifier un apport accru de la prévention.

«Là-dedans, fait-il remarquer, on n’est pas très fort. Dans le virage à droite voulu par notre gouvernement, il semble même que nous reculons au lieu d’évoluer. Pour prévenir la récidive, conclut-il, il faudrait bien identifier nos besoins d’aide.»

Jeux interdits – Ces adolescents accusés d’agression sexuelle
Bruno Sioui
VLB éditeur

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