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CONGRÈS MONDIAL DES BIBLIOTHÈQUES

Les premières cibles de ceux qui veulent empêcher la liberté d’expression

Olivier Artis
08-08-2008 | 18h12
Lise Bissonnette, pdg de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, défend bec et ongles ces lieux de savoir qui sont de plus en plus tournés vers l’avenir. Elle s’en donnera à cœur joie au 74e Congrès mondial des bibliothèques et de l’information, dès dimanche, dans la capitale.

«Les bibliothèques ont été les premières cibles de ceux qui veulent empêcher la liberté d’expression. On les brûle en Irak ou on interdit encore l’accès aux livres. Elles sont les lieux où on se bat contre les outrages qui sont faits à l’accès à l’information. C’est un aspect moins connu, les gens pensent simplement à sa fonction traditionnelle», s’exclame en entrevue Lise Bissonnette.

Popularité

D’ailleurs, c’est la première fois que les communications de ce congrès mondial s’effectuent en anglais et en français, comme elle l’exigeait en le mettant sur pied. Elle défend férocement notre langue, sinon celle de Shakespeare aurait été privilégiée comme d’habitude. Ce gain est une fierté pour cette ex-directrice et éditrice du quotidien Le Devoir. Elle protège avec la même passion les bibliothèques québécoises qui occupent une place toujours plus centrale dans la vie des citoyens.

«Elles se portent de mieux en mieux, c’est le moins qu’on puisse dire! Par rapport aux normes nord-américaines, le Québec est en retard, toutefois avec l’ajout de la Grande bibliothèque de Montréal, en 2005, nous renforçons notre réseau en collections, technologies de l’information et personnel spécialisé. Ça a également créé une vague de construction de bibliothèques», ajoute-t-elle.

Le taux de fréquentation de la Grande bibliothèque est un des plus élevés du continent, avec 55 000 personnes qui franchissent ses portes chaque semaine. Il n’est pas étonnant que la chaîne gagne régulièrement des maillons. Le gouvernement provincial et quelques municipalités réinvestissent actuellement dans ces infrastructures. Ainsi, en offrant leurs services, les bibliothèques répondent aux besoins bien présents de la population.

«On peut dire qu’elles ne sont pas achalandées, c’est sûr, si les services sont insuffisants! Mais quand il y en a, le succès suit, regardez la Grande bibliothèque. Dans certaines régions, les gens votent contre un projet de bibliothèque car ils sont persuadés que ça coûte trop cher, même avec d’importantes subventions. Ils pensent aussi retrouver tout le contenu d’une bibliothèque sur Internet », constate Lise Bissonnette.

Espace citoyens par excellence

Elle croit dur comme fer à « cet espace citoyens par excellence ». Lieu de débats, d’expositions, café, l’incontournable Internet, etc., l’ère numérique est loin d’être délaissée. La pdg souhaite en faire davantage, elle se donne pour mission de numériser notre patrimoine. «Ce n’est pas Google ou Yahoo qui va pouvoir le faire. Ça se réalise à la base, dans les bibliothèques. Toujours dans les technologies, nous proposons des bases de données à nos lecteurs, par exemple, pour lire des journaux en ligne. Nous vivons avec le numérique depuis le début, nous n’avons pas seulement des livres poussiéreux», souligne-t-elle avec humour.

Lecture

Les bibliothèques sont populaires, cela veut-il dire que les jeunes Québécois lisent beaucoup? Mme Bissonnette aimerait qu’ils s’y adonnent davantage. Elle les encourage à se plonger aisément dans un des 500 romans jeunesse publiés, annuellement, dans la province.

«Les écoliers lisent, mais pas plus que leurs camarades français. Le problème est à l’adolescence, alors que le décrochage de la lecture est évident. Que faire? Il n’y a pas de solution réelle, les débats sont infinis. Moi, quand j’avais 14 ans, à Rouyn-Noranda, les religieuses ne nous faisaient lire que des niaiseries! J’aimais lire, alors je les lisais dix fois, ce qui ne m’a finalement pas empêché de passer à autre chose quand j’ai étudié à Ottawa. L’important est de développer l’habitude de lecture», raconte-t-elle, en précisant que les générations précédentes ne lisaient pas énormément.

Enfin, elle n’y va pas par quatre chemins, lire apporte une meilleure plume. Alors, il ne reste plus qu’à fréquenter une des mille bibliothèques du Québec pour dévorer les ouvrages ou titiller la souris.

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