PHILIPPE BENSIMONEntre le réel et le fantastiquePar Jean-Louis Fortin 09-08-2008 | 04h00
Né à Paris et arrivé au Canada dans son enfance, Philippe Bensimon se considère, de son propre aveu, comme un «citoyen du monde». «Mais j’ai une dette envers le Canada, car c’est ici que j’ai fait mon baccalauréat, ma maîtrise, mon doctorat, publié mes premiers articles…» Au bout du fil, Philippe Bensimon captive l’attention. Son propos, songé, est celui d’un chercheur qui se consacre à la science (la criminologie) depuis 30 ans, mais il est également doté, dans sa formulation, des qualités certaines d’un homme de lettres.
Sa première incursion en littérature se nomme Tableaux maudits. Un récit à la frontière entre le réel et le fantastique, l’histoire d’un spécialiste d’œuvre d’arts qui doit remonter le temps en analysant les peintures d’un faussaire, hanté par les personnages des toiles.
«C’est un livre que j’ai mis cinq ans à écrire. J’ai toujours vécu en rêvant de publier un roman, alors évidemment, ce qui arrive va au-delà de mes espérances. Je suis très fier et honoré d’avoir été choisi pour représenter le Canada à ce concours », commente Philippe Bensimon.
« J’y parle de solitude, d’expertise, d’imaginaire, de la folie, de la mort aussi. C’est un roman plutôt noir, résolument littéraire, très loin du livre policier qu’on lit sur le quai d’une gare», explique l’auteur de Tableaux maudits.
«Évidemment, j’espère que le roman sera traduit en d’autres langues. Mais mon véritable souhait serait qu’il soit adapté au cinéma. Je vous garantis qu’il y a là-dedans le scénario complet d’un film, qui pourrait être réalisé par Polanski, Spielberg ou les frères Cohen », assure l’auteur.
Philippe Bensimon publiera un autre roman à l’automne, intitulé La Citadelle. «Il parle de l’homme-enfant», dit-il, sans vouloir s’étendre davantage sur cette œuvre, qu’il promet très autobiographique.
Démasquer le fauxAvant d’écrire Tableaux maudits, un roman sur le thème des faux en peinture, Philippe Bensimon a effectué des recherches préparatoires peu communes: la rédaction d’une thèse de doctorat complète sur le sujet, la première au Canada. C’est donc avec un bagage substantiel de connaissances que Philippe Bensimon parle de la peinture, l’un de ses sujets de prédilection. «Je suis passionné par la peinture, par l’art de créer une toile. La peinture ne se résume pas au résultat final. Le vrai génie se situe dans la démarche, dans l’art de concevoir et de peindre une toile», raconte, passionné, l’auteur de Tableaux maudits. «Les faux, en peinture, sont un crime contre la mémoire de l’homme. C’est un mensonge, car ils montrent un résultat final souvent convainquant, mais renient tout le génie de création qui se cache derrière la véritable œuvre de l’artiste», explique le chercheur.
«Le faux, par surcroît, est le seul crime invisible. Vous pouvez donner de faux billets de banque à un analphabète, et il va se rendre compte du subterfuge. Pour la peinture, ça demande une expertise considérable et, pour cette raison, plusieurs faux ne seront jamais démasqués», poursuit-il.
Le nom de l’auteur, inconnu en littérature, est beaucoup mieux connu dans les milieux de la recherche sociologique, plus particulièrement en criminologie, domaine dans lequel il fait des recherches et enseigne.
Sa thèse de doctorat, Les Faux en peinture, a été la première étude de cette ampleur sur le sujet au Canada. Son second ouvrage, Pénis sans visage, a été inspiré de son travail dans les prisons, souvent avec les cas les plus lourds. Il est venu bousculer les conventions en dressant un portrait choquant des agresseurs sexuels.
«C’est plutôt la littérature qui influence mes recherches», de répondre l’auteur, à notre surprise. «Mes publications scientifiques ont toujours été très littéraires, pour qu’elles soient intéressantes à lire. Malheureusement, la plupart des rapports de recherche sont tout simplement illisibles, et réservés à une élite. Quand j’écris, j’essaie de penser au lecteur, pour que mon style soit le plus simple, le plus accessible possible», explique Philippe Bensimon. «Cependant, bien que j’aie été inspiré de la science, Tableaux maudits n’est pas un essai, c’est véritablement un roman», précise-t-il. «Heureusement que le faux en peinture est un sujet universel. Car si les gens pouvaient distinguer le vrai du faux, ce serait la fin du monde demain matin, parce que l’ignorance mène au progrès», conclut Philippe Bensimon. Tableaux maudits, de Philippe Bensimon, aux éditions Tryptique, 184 pages.
|