Accueil Divertissement
 
JDM
Marc Levy - Quand les idées se bousculent
© Photo d’archives — Martin Bouffard

MARC LEVY

Quand les idées se bousculent

Par Manon Guilbert
24-05-2008 | 15h25
Avec son 8e roman, Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites, Marc Levy effectue un retour vers la comédie fantastique, un genre qui lui a valu de vendre plus de dix millions de livres.

Au bout du fil, dans sa chambre d’hôtel à Paris, où il donne une ronde d’interviews pour souligner cette nouvelle parution, Marc Levy avoue son regret d’être si loin de Montréal, une ville qu’il adore, au moment de cette sortie attendue. Toutefois, il prévoit y être en septembre, quand Mes amis, mes amours, film adapté d’un de ses romans, prendra l’affiche. L’auteur français, qui a choisi tardivement, après avoir tourné le dos à l’architecture, de se consacrer à l’écriture romanesque, continue de jouir d’une popularité inégalée.


LA FÉERIE
Avec Les Enfants de la liberté, en 2007, Marc Levy avait fait une entorse à la forme d’écriture amorcée avec Et si c’était vrai…, adressé dans le premier temps à son petit garçon, alors âgé d’une dizaine d’années. Son plaisir de raconter des histoires lui vaut quelques années plus tard d’être un romancier parmi les plus lus dans le monde.

Les Enfants de la liberté, le plus autobiographique de tous ses livres, ont prouvé qu’il ne se cantonne pas dans un genre. Le féerique a néanmoins sur lui un attrait qu’il ne dément pas. Dans ce domaine, les idées se bousculent dans sa tête. Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites y était depuis au moins deux ans, n’attendant que le moment où l’auteur le mettrait en forme dans son ordinateur.

«Je travaille beaucoup, affirme-t-il pour expliquer l’étonnante rapidité avec laquelle se succèdent les publications. Les idées arrivent au moins deux ans avant, continuet- il, ensuite j’entreprends la construction de l’histoire et je mets tout ça sur l’établi pendant quatre ou cinq mois», dit-il en reprenant subtilement le jargon de l’architecte.


LE TRAVAIL CONTRE L’ANGOISSE
Depuis quelques jours, l’auteur n’a plus de prise sur ce qu’il a écrit. Les gens en feront ce qu’ils voudront bien. Déjà, il sait le sujet de son prochain roman. «Comme toute personne qui travaille, j’ai l’angoisse de perdre mon job et tout ça ne dépend pas de la meilleure volonté. L’inspiration pourrait me faire défaut. J’en sais rien. Le travail me stimule. Pour moi, ça reste un acte quotidien et, de cette façon, je ne risque pas de m’engourdir.»


MARC LEVY

L’urgence de dire

L’amour demeure le thème chéri de Marc Levy. Les aléas du quotidien comptent pour peu dans le dénouement de ses histoires, puisées directement dans son imaginaire. Cette fois, le titre de son nouveau roman le laisse deviner, Marc Levy s’attaque à tous les non-dits.

Une jeune femme apprend la mort de son père, qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années, quelques jours avant son mariage. Ses funérailles auront lieu le même jour que cette cérémonie tant attendue. Marc Levy se sert de cette trame pour souligner d’habile façon le manque criant de communication de nos contemporains dans une ère qui prétend s’y vouer.

«En fait, dit-il à l’autre bout du fil, on a tout, Internet, le téléphone au bout des doigts, les avions de plus en plus accessibles, mais on continue à ne plus se dire grand-chose. Dans nos familles, on ne discute plus avec ceux qui habitent la chambre d’à côté, qui partagent notre quotidien.

«Dans la quarantaine, continue- t-il sur sa lancée, on voit beaucoup de nos amis, de nos parents mourir. Souvent, on regrette de ne pas avoir dit ce qu’on avait à leur dire. C’est cette idée d’urgence qui m’a poussé à écrire ce roman. Il y a là une souffrance de ne pas avoir réglé, de ne pas avoir tout dit, et la mort sonne la fin de toutes ces communications.»


PARENTS-ENFANTS
Marc Levy sait aussi que les enfants demeurent trop longtemps des enfants pour leurs parents. De leur côté, les parents restent aussi figés dans leur image de parents pour les enfants. Personne, bien souvent, ne fait l’effort d’aller plus loin pour transformer les rôles. «Je pense, souligne-t-il, qu’il faut à un certain moment se redécouvrir, provoquer une nouvelle rencontre entre adultes.»

Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites est paru il y a à peine quatre jours en France. Déjà, Marc Levy reçoit des courriels de ses fidèles lecteurs. L’un d’eux l’a réconforté dans ce choix d’explorer cette piste souvent négligée.


LE CAP
«Ça m’a fait un plaisir immense de lire cette dame qui m’avouait qu’après la lecture de mon roman, elle allait communiquer avec son père, avec qui elle ne parle pas depuis dix ans. Je suis très touché par ce témoignage.»

Il faut franchir un cap, admettre du même coup que la relation entre parents et enfants se transforme et quitter le quant-à-soi et les reproches. «Je l’ai vécu avec mes parents. J’en suis très content, admet-il. Je les ai toujours et nous avons une très belle relation. À travers tout ça, poursuit-il, je ne suis pas un psychologue. Je n’ai pas cette prétention. Tout ce roman est le fruit d’observations.»

L’enfance est vue par beaucoup comme le boulet du passé. En amour comme en amitié, on oublie souvent de s’attarder à l’autre. Marc Levy s’était juré, avec des copains d’adolescence avec qui il avait vu le film de Claude Sautet Vincent, François, Paul et les autres, de ne jamais avoir la cruauté de fermer les yeux devant le désarroi d’un ami. Cette promesse, il la tient toujours, se rappelant cette scène pathétique jouée par le personnage incarné par Yves Montand. Victime d’un infarctus, il avait pourtant informé ses amis de son malaise… Personne ne l’avait écouté.

haut