MARC LEVYQuand les idées se bousculentPar Manon Guilbert 24-05-2008 | 15h25
Au bout du fil, dans sa chambre d’hôtel à
Paris, où il donne une ronde d’interviews
pour souligner cette nouvelle parution,
Marc Levy avoue son regret d’être si loin de
Montréal, une ville qu’il adore, au moment
de cette sortie attendue.
Toutefois, il prévoit y être en septembre,
quand Mes amis, mes amours, film adapté
d’un de ses romans, prendra l’affiche.
L’auteur français, qui a choisi tardivement,
après avoir tourné le dos à l’architecture, de
se consacrer à l’écriture romanesque, continue
de jouir d’une popularité inégalée.
Les Enfants de la liberté, le plus autobiographique de tous ses livres, ont prouvé qu’il ne se cantonne pas dans un genre. Le féerique a néanmoins sur lui un attrait qu’il ne dément pas. Dans ce domaine, les idées se bousculent dans sa tête. Toutes ces choses qu’on ne s’est pas dites y était depuis au moins deux ans, n’attendant que le moment où l’auteur le mettrait en forme dans son ordinateur.
«Je travaille beaucoup, affirme-t-il pour
expliquer l’étonnante rapidité avec laquelle
se succèdent les publications. Les idées
arrivent au moins deux ans avant, continuet-
il, ensuite j’entreprends la construction de
l’histoire et je mets tout ça sur l’établi pendant
quatre ou cinq mois», dit-il en reprenant
subtilement le jargon de l’architecte.
MARC LEVYL’urgence de direL’amour demeure le thème chéri de Marc Levy. Les aléas du quotidien comptent pour peu dans le dénouement de ses histoires, puisées directement dans son imaginaire. Cette fois, le titre de son nouveau roman le laisse deviner, Marc Levy s’attaque à tous les non-dits. Une jeune femme apprend la mort de son père, qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années, quelques jours avant son mariage. Ses funérailles auront lieu le même jour que cette cérémonie tant attendue. Marc Levy se sert de cette trame pour souligner d’habile façon le manque criant de communication de nos contemporains dans une ère qui prétend s’y vouer. «En fait, dit-il à l’autre bout du fil, on a tout, Internet, le téléphone au bout des doigts, les avions de plus en plus accessibles, mais on continue à ne plus se dire grand-chose. Dans nos familles, on ne discute plus avec ceux qui habitent la chambre d’à côté, qui partagent notre quotidien.
«Dans la quarantaine, continue-
t-il sur sa lancée, on voit
beaucoup de nos amis, de nos
parents mourir. Souvent, on
regrette de ne pas avoir dit ce
qu’on avait à leur dire. C’est cette
idée d’urgence qui m’a poussé
à écrire ce roman. Il y a là
une souffrance de ne pas avoir
réglé, de ne pas avoir tout dit, et
la mort sonne la fin de toutes
ces communications.»
Toutes ces choses
qu’on ne s’est pas dites
est paru il y a à peine
quatre jours en France.
Déjà, Marc Levy reçoit
des courriels de ses fidèles lecteurs.
L’un d’eux l’a réconforté
dans ce choix d’explorer cette
piste souvent négligée.
Il faut franchir un cap, admettre du même coup que la relation entre parents et enfants se transforme et quitter le quant-à-soi et les reproches. «Je l’ai vécu avec mes parents. J’en suis très content, admet-il. Je les ai toujours et nous avons une très belle relation. À travers tout ça, poursuit-il, je ne suis pas un psychologue. Je n’ai pas cette prétention. Tout ce roman est le fruit d’observations.» L’enfance est vue par beaucoup comme le boulet du passé. En amour comme en amitié, on oublie souvent de s’attarder à l’autre. Marc Levy s’était juré, avec des copains d’adolescence avec qui il avait vu le film de Claude Sautet Vincent, François, Paul et les autres, de ne jamais avoir la cruauté de fermer les yeux devant le désarroi d’un ami. Cette promesse, il la tient toujours, se rappelant cette scène pathétique jouée par le personnage incarné par Yves Montand. Victime d’un infarctus, il avait pourtant informé ses amis de son malaise… Personne ne l’avait écouté.
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