HUBERT REEVESUn parcours à reboursPar Manon Guilbert 21-04-2008 | 15h41
Comme il ne l’avait jamais fait encore, il se livre, raconte son enfance au Québec, les nombreux voyages imposés par sa carrière scientifique, ses engagements écologiques, sa philosophie de la vie sur Terre. Hubert Reeves n’écarte aucune question et, poussé par une curiosité qui lui assure encore une grande vitalité, il regarde notre planète et les humains qui l’habitent.
Le scientifique a fait de sa vie une quête intellectuelle et il a eu envie de partager ses réflexions. «Ça pourrait peut-être servir quelque part», dit-il. Emmitouflé dans une doudoune, une casquette vissée sur la tête, Hubert Reeves, avec toute la simplicité du monde, se dit assez fier de ce travail accompli au hasard de son immense emploi du temps. Il a mis douze années à faire à rebours le parcours de sa vie et à redonner leur place à tous ceux qui lui en ont donné le sens.
Pince-sans-rire, il affirme que son plus grand regret lorsqu’il quittera la vie terrestre sera de ne plus être au courant des dernières découvertes documentées dans les magazines scientifiques. «Je ne dis pas ça par nostalgie, précise-t-il, ni par frustration. La science progresse chaque jour. Il n’en faut pas beaucoup pour ne plus être au courant. Je me demande si Galilée, Aristote et Pascal s’en préoccupent toujours…»
À la recherche du temps perduSoulagé, Hubert Reeves a remis à son éditeur le manuscrit de ses mémoires. Pendant 12 ans, comme il en avait fait la promesse, il a rassemblé les souvenirs dans l’espoir d’intéresser les jeunes à la vie scientifique. «C’est du moins ce qu’on m’a demandé au départ.» Entre ses mains, il tient ce qu’il voit aussi comme des archives, un témoignage sur les avancées scientifiques des dernières décennies. «Ça pourra servir ici ou là. Ce sont mes réflexions sur telle ou telle autre chose jusqu’à ce jour. J’y parle de tout, de pensée magique, de l’étrange étrangeté, d’enseignement, de poésie, de nature, de philosophie, d’environnement. Je n’ai jamais eu l’attitude du moine dans un monastère. Le seul endroit où je deviens contemplatif, c’est lorsque j’écoute de la musique. J’ai toujours eu envie d’être actif.» Septuagénaire, Hubert Reeves s’implique passionnément dans les causes écologiques. Séjournant au Québec depuis quelques jours après avoir lancé son livre en France, il s’est joint au mouvement universitaire du Pacte des générations, qui rassemble les étudiants des grandes villes québécoises.
«J’ai senti une animation rare chez les universitaires. Ça m’a interpellé. De plus en plus, on y met des efforts dans le sens de l’environnement. Je suis content de m’y impliquer avec d’autres scientifiques connus.»
Hubert Reeves, dont le parcours est jalonné par les voyages, les rencontres extraordinaires, a fait appel à sa mémoire pour retrouver les moments significatifs de sa vie. «Il s’agit – essayez – de se remettre dans l’atmosphère. Ça revient comme des bouts de films et ça monte par vagues et on retrouve exactement l’état où on se trouvait. C’est cet exercice que j’ai fait tout au long de la rédaction du livre. «Pour moi, ça a été un plaisir que de revivre ma vie. À la façon de Proust, je suis allé à la recherche du temps perdu. La mémoire se rattache à des images. Elle est affective et se fixe sur des objets ou des paysages. «J’ai retrouvé ces émotions, mes rêves d’enfant. Je trouve que les injonctions des parents sont capitales. Pour mes parents, l’instruction était importante, mais ils avaient aussi une vénération pour la nature. C’est grâce à eux que j’ai découvert le ciel et ses constellations. Tout ça marque un enfant. Le reste, pour eux, était futile. Plus tard, j’ai découvert les laboratoires, je m’y sentais très bien. J’aime la vie et les gens et je ne pense pas qu’au confort matériel.»
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