PATRICK ROTMANL’impact de mai 68Par Manon Guilbert 16-04-2008 | 15h18
À la Place de l’Odéon, théâtre même de cette grande contestation étudiante, Patrick Rotman raconte qu’il a repassé et repassé ces images dans sa tête. Il en a même fait, il y a dix ans, un documentaire, Génération, sur l’itinéraire des jeunes gens politiquement engagés dans les mouvements de gauche. Jamais il n’a cessé de tourner autour de sujets comme la collaboration, la Résistance, le nazisme. Les Années 68, un beau livre sur cette époque charnière d’une planète en totale transformation, écrit en collaboration avec sa fille journaliste et le petit manuel Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu, paru récemment, ajoutent dans la même foulée à l’affirmation d’un engagement.
Ces deux livres arrivent au même moment de la diffusion de Mai 68, un documentaire de deux heures à l’antenne de FR2. Pour l’ensemble de ces réalisations, Patrick Rotman a mis un an et demi à fouiller les archives pour retrouver des images sur Prague, le Vietnam, la France, les É.-U., et autres pôles des grands changements sociaux.
«Je me suis rendu compte que les lycéens aujourd’hui ne connaissent rien sur Mai 68. Pour eux, c’est un mythe. Le petit livre possède une approche très pédagogique où je situe les origines de cette crise et casse les idées toutes faites auxquelles le président de la France lui-même, Nicolas Sarkozy, a renchéri avec des propos réducteurs. En même temps, paradoxalement, il a redonné une certaine actualité à l’idéologie de Mai 68.» Quarante plus tard, Mai 68 reste une date historique. Cette époque a fait basculer la planète dans un autre mode de vie et de pensée. On ne peut maintenant raisonner l’histoire du XXe siècle sans penser à ce printemps de la contestation. «Tout ça s’est terminé à la fin des années 70, rappelle-t-il. Nous avions vécu, avant la guerre, une longue période d’instabilité politique. En 68, c’était le faste économique, une période de grandes mutations et de libéralisations des mœurs et l’arrivée de la communication. Tout était possible et l’humeur était à l’optimisme: nous allions vers un monde meilleur.» Tout s’est effondré par la suite. Trente années «piteuses» allaient suivre, dans une rupture évidente au point de vue économique et un retour à l’individualisme. La croyance à un monde nouveau n’existe plus.
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