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SURVIVRE À L'INNOMMABLE

Un nouvel allié

Par Pierre-Hugues Boisvenu
14-04-2008 | 13h05
Sa fille Julie a été enlevée, violée et assassinée, en 2002. Son autre fille, Isabelle, a péri dans un terrible accident de voiture trois ans plus tard. Poussé par un souci de justice et un désir de procurer de l'aide aux familles ayant vécu des drames similaires aux siens, Pierre-Hugues Boisvenu a fondé l'Association pour les familles de personnes assassinées ou enlevées. Il vient de lancer un livre relatant les drames vécus, puis les étapes ayant mené à la mise sur pied de l'organisation. Survivre à l'innommable et reprendre le pouvoir sur sa vie paraît aujourd'hui, aux Éditions de l'Homme. Le Journal en présente en exclusivité un extrait relatant le jour où Québec a reconnu la légitimité de l'association.

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Dès le lundi matin, un éditorial [...] annonce le début d'une nouvelle étape. Après avoir rappelé les faits, il commente avec conviction le passage dans lequel j'exhorte le ministre de la Justice, celui-là même qui avait refusé de me recevoir quelques mois plus tôt en prétextant qu'il ne pouvait intervenir dans une cause qui était encore pendante en cour, de prêter l'oreille à nos revendications. [...]

L'effet de cet éditorial ne tarde pas à se faire sentir. À 14 h, [...] je reçois un appel du bureau du ministre Dupuis me mentionnant qu'il désire me rencontrer dès que nous pourrons convenir d'une date. Ainsi, après des mois à déployer d'innombrables efforts pour le rencontrer, le tout sans succès jusque-là, voilà qu'un éditorial dans un quotidien régional le pousse à prendre lui-même contact avec moi en moins de quelques heures. Une fois de plus, c'est par l'entremise des médias que les portes s'ouvrent. [...] Nous nous entendons pour nous rencontrer à son bureau de Montréal dès le lundi suivant. J'informe son adjointe que je me présenterai en compagnie de messieurs Bolduc et Surprenant et que nous nous exprimerons au nom des familles avec qui nous partageons le même vécu. [...]

Nous demandons au ministre de reconnaître l'association que nous nous apprêtons à fonder comme la porte-parole officielle des familles de victimes d'homicide ou de disparition. Nous réclamons également que son ministère soutienne financièrement la mise en place et les activités de ce regroupement, et ce, sur une période de deux ans, le temps de mettre sur pied une structure efficace d'autofinancement. [...]

Nous quittons Jacques Dupuis en lui rappelant que nous ne sommes pas engagés dans une démarche de rébellion ou de résistance, mais que nous désirons tout simplement changer ce qui est devenu inacceptable, et ce, dans un esprit de totale collaboration avec les pouvoirs en place.

Les échanges s'engagent et se poursuivent dans un climat de cordialité et de confiance. Prévue pour une durée d'une heure, la rencontre s'étend sur presque deux. [...] La conviction qui anime nos propos vient rapidement à bout des dernières résistances du ministre. Il se montre en effet favorable à reconnaître notre association naissante comme la représentante officielle des familles de victimes d'actes criminels. De plus, lui et son collègue du ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Claude Béchard, s'engagent à nous donner chacun 5 000 $ provenant de leur budget discrétionnaire. C'est encore loin des souhaits que nous avions exprimés, mais nous considérons que c'est un premier geste qui ne manque pas de signification. Force est de constater que notre demande a été entendue.

Nous sortons de cette rencontre animés d'un enthousiasme manifeste mais calculé, conscients que la lutte politique se gagne à long terme, une bataille à la fois. Nous avons cependant tout lieu d'être fiers de cette première victoire. En quittant le ministre Dupuis, nous l'invitons à venir nous rejoindre dans un restaurant de Laval où nous avons convoqué la presse pour lui faire part des résultats de notre démarche. Et quelle n'est pas notre surprise de le voir se présenter au moment où les journalistes nous mitraillent de leurs questions pour savoir ce qui s'est passé. Nous considérons que ce geste public d'appui de la part du ministre équivaut à un sceau de reconnaissance officielle pour notre organisme embryonnaire. Et nous sommes également conscients de l'importance de prendre rapidement avantage de cette heureuse tournure des événements.

Au cours des jours qui suivent, je reçois une vingtaine d'appels téléphoniques et près de 25 courriels de parents de victimes d'actes criminels. La plupart des événements qui ont affecté ces familles se sont déroulés entre 1990 et 2000. Certains de ces drames remontent même aussi loin que 1986. [...] Plusieurs bénévoles manifestent aussi leur désir de s'impliquer dans notre association naissante: des avocats, des psychologues, des travailleurs sociaux, des criminologues et des spécialistes en communication.

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