MINETTE WALTERSLa culture de la peur dans les gènesPar Manon Guilbert 08-04-2008 | 11h25
La traduction française vient de paraître et Minette Walters replonge, dans la langue de Molière cette fois, dans l’intrigue de ce 7e roman, paru il y a plusieurs mois déjà dans son pays et tous les pays anglophones. Minette Walters a fait ses études en français, est devenue par la suite journaliste et rédactrice en chef de magazine. «Quand j’ai choisi de rentrer à la maison pour m’occuper de mes enfants, j’ai eu soudainement envie de me mettre à l’écriture», dit-elle dans un français hésitant, mais non moins charmant. «Depuis toujours, c’est le genre littéraire que je préfère. Depuis que j’ai neuf ou dix ans, je lis Agatha Christie, Conan Doyle et j’ai eu envie d’essayer ce genre. J’aime les histoires de crimes.
«J’ai visité des prisons et j’ai fait des recherches sur les meurtriers et les crimes qu’ils avaient commis. Ma grande surprise est qu’ils n’ont, aucun d’entre eux, rien d’écrit dans le front. Pour moi, ça demeure très mystérieux. Ils sont comme vous et moi, me dit-elle en ricanant, charmants et agréables.» «J’ai découvert, précise-t-elle, que 90% des meurtres surviennent à la maison. Les colères, souvent amplifiées par l’alcool, aboutissent à un crime. C’est souvent quelqu’un qui aime, qui vit dans l’environnement de la victime qui va jusque-là. La criminalité, c’est souvent domestique.»
«Ça s’explique assez facilement, fait remarquer Minette Walters. Chez nous, les policiers ne portent pas d’arme. La nuance est subtile, mais contrairement aux États-Unis, les histoires ne se terminent pas aussi rapidement. Les comportements psychologiques sont analysés, les causes fouillées. Et tout ça, je crois, laisse beaucoup de place à l’imagination.» Dès 1993, dans la pure tradition d’Edgar Allan Poe, Minette Walters s’est taillé une place enviable dans cette forme littéraire en faisant reposer ses énigmes sur les enchevêtrements complexes des relations humaines. L’Ombre du caméléon se base sur la complexité des traumatismes crâniens, des symptômes post-traumatiques des militaires et sur la violence des femmes. Ces trois fils se tissent de façon improbable dans un roman qui, en anglais, a atteint des chiffres de vente fabuleux. Il est maintenant traduit en 26 langues. «Je n’ai pas trop envie du roman rose, dit-elle avec cet humour british caractéristique. Ce n’est pas intéressant. Je préfère regarder dans la tête des gens.»
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