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Daniel Pennac - Je reviendrai à Montréal
© Photo Journal de Montréal
Daniel Pennac.

DANIEL PENNAC

Je reviendrai à Montréal

Manon Guilbert
Journal de Montréal
06-04-2008 | 04h03
PARIS — Veste en tweed élimée, pantalon de velours côtelé raboudiné, petites lunettes rondes, Daniel Pennac, même s’il a quitté l’enseignement depuis des années, a conservé l’habit de ses années de professorat. Et il répond aux questions avec l’empressement de celui qui est là pour aider à la compréhension de l’univers.

À l’occasion du 10e Festival littéraire Metropolis bleu, l’écrivain Daniel Pennac recevra le Grand Prix littéraire du festival, visant à souligner chez un auteur la qualité de son oeuvre.

Pennac, rencontré dans les bureaux somptueux de sa maison d’édition, Gallimard, dans le VIe arrondissement de Paris, n’a pas trop d’idées sur ce qui l’y attend, mais se dit ravi de revenir à Montréal, une ville qu’il aime beaucoup et où il a beaucoup d’amis.

«Il y aura encore de la neige?» questionne- t-il. Du coup, il est rassuré lorsqu’on lui affirme qu’il y en aura sans doute… jusqu’en août.

LA SURPRISE

Depuis 13 ans, Daniel Pennac a choisi de ne vivre que de sa plume. Auteur d’Au bonheur des ogres, de La Petite Marchande de prose, de la série Les Malaussène, du Dictateur et le Hamac, de Merci et de plusieurs autres romans, pièces de théâtre, essais et livres jeunesse, Pennac, malgré sa réserve, est l’un des auteurs français les plus lus, les plus traduits et les plus appréciés du milieu littéraire.

Son dernier livre, Chagrin d’école, lui a d’ailleurs valu la grande récompense Renaudot, événement que personne, encore moins lui-même, n’avait pu prévoir. Absent de la liste du prix, son nom est apparu à la dernière minute, entre la poire et le dessert, au déjeuner traditionnel des académiciens.

Ce revirement a fait grand bruit et Daniel Pennac, surpris, a accepté d’emblée les belles retombées qu’a provoquées cette reconnaissance ultime.

Plusieurs mois plus tard, Chagrin d’école trône toujours, bon gagnant, dans la vitrine des libraires et lui vaut, entre autres, d’être un invité prestigieux du Festival Metropolis bleu.

La cerise sur le gâteau

PARIS — Lauréat du prix Renaudot 2007 pour Chagrin d’école, Daniel Pennac, plusieurs mois plus tard, revit avec autant d’excitation cette annonce incroyable. Lui, l’écrivain populaire dont les romans réconcilient des générations de lecteurs, était loin de s’attendre à cette volte-face académicienne.

«Ce jour-là, se souvient-il, j’avais rendez- vous pour le déjeuner avec une amie que je n’avais pas vue depuis longtemps. Pour avoir la tranquillité, nous avions choisi tous les deux de laisser les téléphones portables à la maison et de garder secret l’endroit où nous allions pouvoir discuter longtemps sans être dérangés.»

De retour à la maison, à Belleville, il a vite compris que la panique s’y était installée. Tous les téléphones de la maison sonnaient sans arrêt.

«C’est ma femme qui m’a annoncé que j’avais remporté le prix, alors que je ne concourais même pas au concours!» La surprise est absolue d’autant plus que pendant la précédente année et demie, Pennac avait vu à l’affiche au théâtre sa pièce Merci recevoir un très bon accueil. «Dans cette pièce, je me moque des prix, tous autant qu’ils sont.»

IRONIE DU SORT

Auteur et acteur de la pièce Merci, qui tint l’affiche plus de 18 mois au Théâtre du Rond-Point, aux Champs-Élysées, Pennac tournait ironiquement autour du thème de la gratitude ressentie par un auteur récompensé pour l’ensemble de son oeuvre. Son prix Renaudot, si inattendu, lui a fait l’effet de la «cerise sur le gâteau».

Chagrin d’école a été écrit après avoir été mûri longuement. Vingt-cinq années d’enseignement l’ont mis quotidiennement en présence d’étudiants en difficulté. « J’avais l’intention d’écrire sur ce sujet, dit-il, depuis un très long moment. Je crois qu’il y a là une réelle nécessité pédagogique de se pencher sur la douleur de l’enfant qui ne comprend pas, qui ne suit pas le rythme scolaire. Je me suis pris, pour en parler, comme objet d’analyse.

«Ce livre n’est pas autobiographique, précise-t-il. Mais je me souviens très bien comment je me sentais quand je ne comprenais pas les explications de mes professeurs. Ça n’a rien à voir avec les programmes d’une ou de l’autre époque, c’est la même chose depuis Henri IV. C’est avariant de ne pas se sentir à la hauteur.»

MARGINAL

Alors qu’on lui réclame à cor et à cri de nouveaux épisodes de la famille Malaussène, Daniel Pennac fait ce que bon lui semble.

«Je n’écris pas pour le lecteur hypothétique, je ne l’ai jamais fait, affirme-t-il. Chagrin d’école a été difficile à écrire, même désagréable. Il a fallu ordonner, structurer différemment.

« J’écris comme ça me passe par la tête. Ainsi, j’ai imaginé la saga des Malaussène, je me suis adressé aux enfants, j’ai écrit des essais, un roman sur le roman, un livre sur le service militaire. Les projets mûrissent comme les pommes dans le pommier. Mais je ne suis pas quelqu’un de très inspiré. Je dois creuser pour que la machine s’emballe. Il y a des jours où je ne rencontre que des obstacles en écrivant. Pendant deux ou trois jours, ça y est, c’est reparti et ensuite je peux râler quelques semaines. Découragé ? Ah ! oui, mais je sais que je vais m’y remettre de toute façon. C’est une raison de santé. »

Écrivain à temps plein, Daniel Pennac n’en a pas pour autant abandonné les étudiants, qui l’accueillent dans leurs classes. Visiteur, il garde ce contact bien vivant et poursuit librement sa mission d’enseignant.

Toutes les formes d’écriture l’attirent et il vient de terminer le scénario d’un dessin animé pour enfants, une commande qui, dit-il, l’a sorti de Chagrin d’école. Dans sa tête, les projets se bousculent, se battent entre eux. Il ne reste qu’à les incarner.

LE TRAVAIL

«Un roman, c’est essentiellement du travail, souligne-t-il. Chaque jour, de 8 heures à 14 heures, je m’y mets après avoir fait le petit déjeuner, ce qui est ma contribution domestique. Je refuse tous les cocktails. Je ne mène pas de vie constitutionnelle.»

Daniel Pennac savoure la chance qu’il a de vivre de l’écriture. Jamais il n’aurait osé même en rêver. Si, au départ, il s’est installé dans un créneau peu apprécié des critiques et sans faire la cour à quiconque avec Au bonheur des ogres et La Fée carabine, qui ont fait carrière d’abord dans l’underground, Pennac est devenu très vite le phénomène littéraire qu’il a fallu surveiller.

«Je ne vis pas l’angoisse du milieu. En fait, je m’en fous éperdument. Je ne recherche rien et ça demeure de la surprise. Je ne détermine pas mon écriture à l’avance, mais je vous avoue: j’ai rêvé d’un nouvel épisode des Malaussène. Qui sait ce que ça deviendra?» conclut-il.

  • Metropolis bleu, du 30 avril au 4 mai à Montréal.
  • Chagrin d’école, Daniel Pennac, Gallimard.
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