ESTHER PERELUne énergie nommée désirPar Manon Guilbert 12-03-2008 | 10h55
Étrangère dans un milieu où généralement les solutions sont aussi nombreuses et implacables que les problèmes, Esther Perel a choisi d’analyser la chose d’un autre œil. Pas question pour elle de réduire la chose à une suite de diktats tous plus étiolés les uns que les autres. «Étrange, dit-elle, que le sexe soit souvent vu comme sale et qu’il faille en même temps le garder pour celui ou celle qu’on aime! Il y a là un paradoxe énorme.»
Consultée à son cabinet par des couples éprouvant des problèmes, Esther Perel, qui insiste aussi pour dire qu’elle n’est pas sexologue, remarquait à répétition que des hommes et des femmes toujours amoureux se plaignaient de pannes de désir. «Je ne veux pas d’une femme qui me rend service», disait l’un. «Pourquoi le désir flanche si on s’aime?» s’interrogeait l’autre.
«Dans un monde où on vit deux fois plus longtemps qu’avant, qu’on est coincé souvent dans des notions de procréation et de devoir conjugal et qu’on conserve sa vitalité pendant plusieurs années de plus que nos parents et nos grands-parents, il faut améliorer la condition du couple. «Il faut, je crois, mettre la sexualité dans une case à part, en dehors de la cuisine et des tâches quotidiennes. On vit dans une époque où on a besoin de stabilité, de confort. On change de voiture, on rénove nos maisons, mais ce besoin de nouveau ou d’aventures ne s’applique plus quand on parle de sexualité. On n’a jamais réussi à réconcilier tout ça. Il faut ressusciter l’étincelle.» Esther Perel a constaté que ce problème du désir est arrivé dans nos rapports avec le mode romantique. «On demande maintenant à une unique personne ce qu’on demandait avant à un village tout entier. Avant, la communauté était là pour pallier plusieurs besoins. Maintenant, on reporte nos insécurités sur les épaules de son conjoint. Il est évident que, souvent, on peut se plaindre d’ennui.»
Esther Perel voit dans une sexualité épanouie un antidote à la mort et la preuve de la vitalité. Elle encourage à entretenir des complicités, des polarisations qui vont dans le sens inverse du régime «des baisers des petits oiseaux».
Esther Perel encourage dans le regard des amoureux cette distance érotique. Dans le mystère, en regardant l’autre comme une personne à part entière, la mesure érotique s’établit facilement. L’auteure voit la réponse de la panne du désir dans l’altérité. Esther Perel, depuis la publication d’un article dans un journal américain, et part la suite en écrivant ce livre où son regard d’étrangère a servi à remettre en question plusieurs idées établies qui confondent amour et désir, vit un conte de fées à la façon américaine. En proposant des pistes pour que la vie sexuelle des couples puisse s’inscrire dans la durée, elle a bousculé des idées établies. En deux semaines, depuis sa sortie, le livre est sorti dans dix pays, preuve qu’il manquait à la littérature cette réflexion qui ne rabâche pas une nouvelle fois les mêmes idées sur le sexe de performance, tout à fait dissocié de l’amour et du désir.
|