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Suzanne Aubry - Le bonheur de la liberté
© Photo Pablo Durant

SUZANNE AUBRY

Le bonheur de la liberté

Par Manon Guilbert
03-03-2008 | 13h39
Pendant plusieurs années, Suzanne Aubry a plutôt mis sa plume au service du théâtre et de la télévision. Cette époque l’a fascinée. Elle n’a pas eu néanmoins l’impression de tourner le dos à ce mode de création lorsqu’elle s’est faite romancière.

En nomination pour le prix Archambault 2008 du premier roman avec Le Fort intérieur, elle a trouvé dans cette appréciation publique les motivations pour se plonger dans une grande saga dont le premier tome vient tout juste de paraître.

Fanette – À la conquête de la haute ville nous plonge dans le Québec du XIXe siècle. Suzanne Aubry a trouvé au cours de sa recherche et de l’écriture une liberté dont, il lui semble bien, elle n’avait joui avant. Le théâtre et la télévision, apprivoisés pendant plusieurs années, imposent leurs cadres et leurs restrictions budgétaires.

Si elle a su respecter les contraintes et gagner, dans sa collaboration avec Louise Pelletier, le cœur des téléspectateurs avec À nous deux, Sauve qui peut! et plus récemment avec Mon meilleur ennemi, elle avoue avoir ressenti un certain trouble devant la page blanche, ce terrain de jeu si vaste pour l’imaginaire.

«L’écrivain se donne un cadre lui-même. À partir de ce constat, j’ai eu l’impression de me retrouver les deux pieds dans le vide, paralysée par cette nouvelle liberté et autant d’oxygène,» avoue-t-elle.

«En créant des personnages, en structurant les partitions, j’ai accédé à la direction d’un grand orchestre. Très rapidement, j’ai eu le bonheur de constater que je pouvais imaginer des scènes majestueuses, continue-t-elle, sans me confiner aux aléas budgétaires.»

Forte de son travail d’écriture au théâtre et à la télévision, elle s’est engagée dans une autre voie. Avec Le Fort intérieur, où elle a fouillé l’enfance en faisant ses premiers pas de romancière, Suzanne Aubry a mis à nu la fibre de l’écrivain. Fanette, grande épopée historique, la tiendra en haleine pendant quelques années encore parce qu’on prévoit, chez son éditeur, cinq autres tomes.

SUZANNE AUBRY

Raconter le passé différemment

«Je suis une enfant de la plume, lance Suzanne Aubry, comme d’autres sont de la balle. J’ai vécu auprès de parents écrivains. Les livres ont meublé mon enfance.» Diplômée en écriture dramatique, auteure de la pièce La Nuit des p’tits couteaux et coscénariste de trois téléséries des plus populaires à la télévision, Suzanne Aubry aborde avec Fanette – À la conquête de la haute ville une autre facette de sa vie d’auteure.

Portée par son expérience de communicatrice, elle a accepté d’emblée de se joindre au créneau populaire du roman historique.

«Je n’aime pas être haïe du public, avoue-t-elle. Je me suis toujours vue comme une communicatrice. Ça m’a touchée qu’on pense à moi pour créer une histoire. Depuis toujours, c’est ce qui me plaît par-dessus tout.»

Fanette, admet-elle, est le début d’une belle aventure. Pour lui donner vie, elle a consulté les archives et donné à sa jeune protagoniste la nationalité irlandaise, comme plusieurs immigrants arrivés au Québec au milieu du XIXe siècle.


UNE APPROCHE ORIGINALE
Bien que connaissant la cote de popularité des romans historiques au Québec et leur nombre imposant sur les rayons des libraires, elle a accepté de courir le risque de ramener des pages importantes du passé et plus précisément sur la famine de la pomme de terre, qui a poussé une partie du peuple irlandais à s’exiler vers le Nouveau Monde.

«Pour beaucoup, précise-t-elle, cette période est peu ou pas connue. C’est inspirant et comme j’aime beaucoup la ville de Québec, j’ai installé mes personnages dans ce décor.»

Consciente que ses coscénarisations à la télévision sont allées plutôt vers la modernité, cherchant à sortir les intrigues des cuisines, elle s’étonne elle-même de son enthousiasme à faire revivre le passé.

«Il y a dix ans, je n’aurais jamais pensé que ce genre viendrait me rattraper. Mais j’ai envie de brasser la cage en mettant la lumière sur le présent à travers le prisme du passé.»

Ses intentions sont de réhabiliter certaines réalités, de faire tomber quelques préjugés en démontrant que les Canadiens français n’étaient pas, comme on l’a souvent affirmé, des grenouilles de bénitier, que les religieuses faisaient preuve d’une grande humanité en aidant les prostitués, les orphelins et les filles-mères.

«C’est la vie de ces gens-là qui m’intéresse. Il y avait chez les religieuses un grand pragmatisme. Elles étaient attentives à la douleur humaine. Elles ont été d’une aide précieuse pour ces femmes démunies. J’ai fait sur le sujet une exploration en profondeur. Je suis allée consulter le recensement de l’an 1861, qui m’a donné un authentique portrait de la vie quotidienne des gens. J’ai fait mon repérage de ce côté-là plutôt que dans les pages politiques, que je connaissais déjà. J’ai voulu savoir de quoi était faite la routine. J’ai été maniaque pour trouver la justesse des mots et des expressions. Je me doutais que ce travail de fond m’aiderait à mieux écrire. Plus on sait et mieux on écrit.»


CYCLE NOUVEAU
Suzanne Aubry considère qu’elle amorce un nouveau cycle de sa vie. En dressant le profil de Fanette, elle a tiré un fil qui se déroule sans résistance, à un point tel qu’elle revit l’excitation où, jeune femme, elle découvrait la prose des géants Honoré de Balzac et Victor Hugo.

«J’ai la piqûre du roman. J’en fais un engagement personnel. Je veux créer des images fortes sans pour autant miser exclusivement sur la sensibilité des lecteurs. La vie est ma meilleure source d’inspiration.»

Suzanne Aubry touchée par la grave maladie de sa sœur jumelle, Danielle, professeure de littérature à l’UQAM et spécialisée dans le feuilleton du XIXe siècle, reconnaît que rien ne peut être attribué uniquement au hasard.

De longues discussions entre elles sur ce genre littéraire lui ont sans doute fourni l’inspiration pour plusieurs romans à venir.

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