DÉBAT SUR LA SOUVERAINETÉFace-à-face muscléValérie Dufour Journal de Montréal 02-03-2008 | 09h14
Cette bataille de mots entre deux débatteurs donne l'occasion aux fédéralistes comme aux souverainistes de dépoussiérer leurs argumentaires et de les mettre à l'heure des années 2000. "Quand on dit que c'est un vieux débat, spontanément, je me dis: débat? Où ça? Pensez-y. La plupart du temps, les souverainistes se parlent entre eux, à eux; et les fédéralistes se parlent entre eux, à eux", souligne Joseph Facal, qui a eu l'idée de cet essai. "À chaque fois que j'écris une chronique franchement souverainiste, je reçois plein de réactions très émotives. [...] Il suffit de gratter à peine et on redécouvre toute l'émotivité de la question", ajoute-t-il. Coups de fleuret C'est donc sous forme d'une série de lettres échangées sur une période de six mois en 2007 que les deux hommes se donnent des coups de fleuret. L'un vante les vertus de la fédération canadienne, l'autre tente de convaincre son correspondant du bienfondé de l'indépendance du Québec. En bout de ligne, on a droit à un match nul. "Une des choses sur lesquelles Joseph et moi, on s'entend, c'est la permanence de ce débat-là. [...] Je suis convaincu que ça fait partie de la nature, de qui nous sommes, de se questionner sur l'avenir du Québec", signale André Pratte. Dans cet essai, le journaliste fait notamment remarquer que "l'indépendance n'a jamais rallié un semblant de majorité, sauf lorsque les Québécois étaient en colère (échec de Meech, scandale des commandites) et lorsqu'ils entrevoyaient la possibilité de négocier une nouvelle entente avec Ottawa". Fenêtre fermée À ce sujet, l'éditorialiste est catégorique: la fenêtre d'opportunité pour tout changement constitutionnel est fermée, du moins pour le moment. Du reste, M. Pratte calcule que le Québec a fait de nombreux gains sur la scène fédérale depuis les années 1960, dont le contrôle de plus de 60 % de son immigration. Ce à quoi Joseph Facal répond que Rome ne s'est pas bâtie en un jour. "Le nationalisme, si on regarde les choses de plus haut que les variations de trois points dans les sondages entre le mardi et le jeudi ou entre février et septembre, est l'idéologie politique la plus durable, la plus persistante, la plus increvable depuis trois siècles en Occident", signale celui qui enseigne aux Hautes Études commerciales. Qui a raison? paraît demain en librairies.
Extraits du livre "Je ne me fais aucune illusion sur la profondeur de l'affection des Québécois francophones pour le Canada. Il s'agira toujours d'une loyauté conditionnelle au respect de leur culture et de leur autonomie. Je crois que les fédéralistes se trompent lorsqu'ils s'imaginent les Québécois séduits par la noblesse du projet canadien ou la beauté des Rocheuses." "Quand un Québécois devient souverainiste, c'est souvent à la suite d'un autre échec du système politique canadien à reconnaître la différence québécoise. Devenir souverainiste, c'est donc nos seulement s'obliger à faire le constat d'un échec [...] mais c'est aussi [...] faire son deuil de cette identité canadienne."
"Au Canada, l'objet de la réelle chicane, ce ne sont pas les prétendus caprices de cet enfant gâté que serait le Québec, mais deux lectures rigoureusement opposées de la nature du pays et, donc, du partage des pouvoirs qui en découle logiquement. Comme il faut bien que quelqu'un tranche, c'est la majorité qui impose sa lecture." "La grande majorité des souverainistes que je connais n'auraient pas été satisfaits si Meech avait passé. Ils auraient continué de dire qu'il y a une impasse entre le Québec et le reste du pays. Ce que vous voulez dire, quand vous dites que la question n'est pas réglée, c'est qu'elle n'a pas été réglée À VOTRE SATISFACTION, c'est-à-dire par l'indépendance. Je suis toujours étonné de constater comment le camp souverainiste parvient à l'ériger en arbitre de l'évolution du fédéralisme alors que sa crédibilité en la matière est nulle : il ne croit pas en ce système-là, peu lui importe comment il sera réformé."
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