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Serge Bilé - Au-delà des idées reçues
© Photo Pierre-Paul Poulin

SERGE BILÉ

Au-delà des idées reçues

12-02-2008 | 09h41
Serge Bilé s’emploie à redonner à l’Afrique la place qui lui revient dans l’histoire de l’humanité. Originaire de Côte d’Ivoire et présentateur de nouvelles à la télévision de Fort-de-France, en Martinique, depuis plusieurs années, il se fait aussi essayiste.

Serge Bilé est l’auteur du best-seller Noirs dans les camps nazis et de La Légende du sexe surdimensionné des Noirs. Avec Quand les Noirs avaient des esclaves blancs, il fouille des archives datant du Moyen-Âge et développe une thèse voulant que l’Afrique ait été le berceau de grandes inventions sociales et politiques.

Plusieurs fois, il s’est rendu à Tombouctou pour consulter les livres d’histoire. Cette ville a été au XIIIe siècle la grande capitale de l’intelligentsia. On y trouve beaucoup de documents et plusieurs d’entre eux ont été conservés par des familles qui ont imaginé les procédés de conservation les plus ingénieux pour qu’ils restent intacts jusqu’à notre siècle.

On songe maintenant, selon Serge Bilé, à créer des centres au Soudan et en Afrique du Sud pour que soient répertoriés tous ces papiers.


DE GRANDS PHARAONS
«Pendant toute son histoire, explique l’auteur, l’Afrique a été le théâtre de guerres, de désastres. Son peuple a développé un caractère de victime et la parole qui nous est restée depuis est celle des vainqueurs et des colonisateurs. L’histoire de l’Afrique n’intéresse personne. On ne va jamais au-delà du concept de l’esclavage.»

Serge Bilé est depuis toujours intéressé et curieux de fouiller plus loin et cherche au-delà des idées reçues.

«L’histoire n’est pas figée, dit-il. Enfin, elle ne doit pas l’être. Je la remets en question. Lorsque j’ai écrit Noirs dans les camps nazis, on a été très surpris, la croyance officielle étant réservée au traitement fait d’abord aux Juifs. Mais il y a eu des Noirs dans les camps. Ils étaient effectivement moins nombreux, mais je crois que je peux en parler sans minimiser le génocide juif. De la même façon, on ne peut parler de la traite négrière. Mais il y a eu aussi un esclavage blanc, même s’il a été marginal et a bel et bien existé.»

Serge Bilé dégage aussi de l’histoire de l’Afrique, du Soudan particulièrement, que les Noirs avaient une grande place dans la société du Moyen-Âge.

«Nos ancêtres n’ont pas été que des esclaves courbant le dos. Il y a eu de grands hommes. Socialement et politiquement, ils étaient d’un grand raffinement. À cette époque, on a inventé les mathématiques, les droits de l’Homme, l’égalité du pouvoir entre les hommes et les femmes.»


LA FIERTÉ
Si Serge Bilé s’attaque à des idées qui tiennent tête au temps, c’est d’abord et avant tout pour faire renaître la fierté chez les jeunes générations d’Africains. «Nous avons eu une histoire, insiste-t-il. Il y a eu de grands pharaons noirs. Il faut maintenant se projeter différemment dans le futur. Évidemment, ma recherche a été orientée dans ce sens. Il faut arrêter de se voir comme des vaincus alors que l’histoire affirme que les Noirs ont eu une place importante dans la civilisation.»

Il a donc choisi de remettre les pendules à l’heure et de renforcer ce sentiment de fierté pour sortir de cette «anesthésie générale» qui veut que les Noirs soient des esclaves depuis les origines du monde.

«Il faut dire autre chose, sortir de nos têtes cette idée de l’homme noir dominé et victime de la colonisation. On doit se mettre debout. Il y a là un travail de fond à reprendre.»

Quand les Noirs avaient des esclaves blancs a déjà un grand succès dans les Antilles. La demande est là. «Ça bouscule, commente l’auteur, ça gêne. Mais il y a un grand besoin d’aller au-delà des commentaires de notre président, Nicolas Sarkozy, qui a affirmé que l’homme africain ne serait pas assez rentré dans l’histoire.

«Je suis agacé par le travail des historiens, dit-il encore. Je tente d’ouvrir des pistes pour aller plus loin. Ce livre peut peut-être servir à ça. Pour cette raison, j’ai envie qu’il rejoigne un grand public et que tous puissent le lire et qu’on élimine les préjugés. Il est important d’écrire l’Histoire pour nous-mêmes. Les Africains ont vu trop souvent leur Histoire écrite par des étrangers».

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