L’ARBRE GÉNÉALOGIQUE DE LA BÉDÉ D’ICIHistoire de la bande dessinée au QuébecPar Manon Guilbert 11-02-2008 | 10h53
Son livre – Histoire de la bande dessinée au Québec –, joliment illustré, paraît en même temps que la Grande Bibliothèque ouvre ses portes à l’exposition Les Histoires en images: ancêtres de la bande dessinée.
Pour les besoins de cette exposition peu ordinaire, Mira Falardeau a reproduit des microfilms, choisi des illustrations significatives et a écrit tous les textes racontant les balbutiements de la caricature et de la bande dessinée, art populaire où les Québécois ont aimé se reconnaître à travers leurs journaux quotidiens.
Son petit livre, fort de mois, voire d’années de recherches, vise la sensibilisation des gouvernements, des bibliothèques et des librairies pour donner à la bande dessinée québécoise la place qui lui revient. Noyée dans le flot de la production franco-belge et américaine, la BD québécoise, selon Mira Falardeau, n’a jamais été prise au sérieux et a donc été peu respectée. Dédiée à sa cause depuis de nombreuses années, de ses études jusqu’à l’enseignement et maintenant, depuis sa retraite, toujours à sa défense, Mira Falardeau croit que tout comme le cinéma, la chanson et autres déclinaisons de l’expression artistique, la BD a droit à sa place au soleil.
Elle en connaît tous ses ancêtres. Elle a dressé son arbre généalogique comme personne n’avait osé le faire avant elle. Depuis le début du XXe siècle, la caricature et la bande dessinée au Québec ont démontré une grande vigueur. Et de ça, selon Mira Falardeau, les Québécois devraient être très fiers!
MIRA FALARDEAUTombée dans la BD quand elle était petite«Les Québécois ont fait de la caricature et de la bande dessinée leur premier art populaire», affirme Mira Falardeau. Sous la plume d’Albéric Bourgeois, la première bande dessinée est parue à Montréal dans La Patrie du 30 janvier 1904. Mira Falardeau, au cours de ses recherches dans les archives, a revu des centaines de microfilms qui démontraient bien que les Québécois, les Canadiens français de l’époque, n’étaient pas tous des illettrés et des «habitants». Ces premières images dans les journaux illustraient bien la bourgeoisie de la fin du XIXe siècle, qui aussi, autour de cet art rassembleur, savait se retrouver. La caricature et la bande dessinée ont été ensemble les premières formes d’humour populaire. Depuis, les artistes du 9e art n’ont pas failli et se déclinent maintenant sur plusieurs supports: les journaux quotidiens, les hebdos, les magazines, les fanzines, les albums et le Web.
«Depuis toujours, remarque Mira Falardeau, on aime rire de nous-mêmes et on aime aussi rire ensemble. Dans un contexte parallèle, les conteurs ont fait un peu le même travail.»
«Moi, dit-elle, je suis comme Obélix, je suis tombée dedans quand j’étais petite. Tintin au Congo a été une véritable révélation. J’avais alors trois ans. J’ai voulu, très jeune, devenir dessinatrice. Je l’ai fait pendant un moment. Par la suite, j’ai fait des études sur la BD. J’ai fait ma maîtrise et mon doctorat sur ce sujet peu fréquenté. «Je suis certaine qu’on a besoin de héros auxquels on s’identifie. Baptiste et Catherine Ladébauche, personnages de Bourgeois, étaient de ceux-là. Avec l’arrivée des syndicates américains, on a perdu cette place réservée à nos héros. Dans les journaux, dans les librairies, dans les bibliothèques et dans les écoles, c’est toujours la même situation.» En effet, les statistiques de vente ne sont pas très favorables à la BD québécoise. «Les libraires et tous les diffuseurs ne sont pas obligés de faire la promotion de la BD d’ici, explique Mira Falardeau. Dans les librairies, comme ce devrait l’être à l’égal des autres formes de littérature, on n’est pas tenu d’avoir un fonds québécois. Je n’ai rien contre le fait qu’on place la BD d’ici sur les rayons aux côtés des bandes dessinées étrangères, mais il faudrait l’identifier. On a imposé des quotas pour la chanson, pourquoi ne le ferait-on pas pour la bande dessinée?
«Les jeunes, continue-t-elle, sont très attirés. Les ressources et les dessinateurs sont là de plus en plus présents. La qualité est là aussi. On a une grande expertise, on n’a qu’à aller voir du côté des jeux vidéo, on est au premier rang à l’international. Il ne faudrait pas que tous ces talents partent du côté virtuel! Mais, en même temps, il faut pouvoir se nourrir de cet art-là. C’est là que je vois l’importance d’une structure.»
«On devrait faire la même chose qu’avec le fromage. Achetons québécois! La BD québécoise est mal connue parce qu’on ne l’offre pas. Pourtant, les jeunes en mangeraient. On laisse les livres québécois dans les boîtes. Il faut pourtant qu’ils se retrouvent partout et qu’on ose dire tassez-vous! à tous les distributeurs étrangers. Je vais tout faire pour que ça devienne une réalité», conclut-elle.
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