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Jean-François Beauchemin - Le message de Jésus
©Photo Claude Rivest

JEAN-FRANÇOIS BEAUCHEMIN

Le message de Jésus

Par Manon Guilbert
29-01-2008 | 12h33
Pendant deux ans, avec un grand bonheur, l’écrivain Jean-François Beauchemin a ciselé chacun des mots et des pages de Ceci est mon corps, un roman dense qui fait suite à La Fabrication de l’aube qui lui a valu, à sa grande surprise, le Prix des libraires en 2007.

Une grave maladie dont il a failli ne pas ressortir vivant lui avait inspiré les pages qu’il a crues d’abord celles d’un journal personnel avant qu’il les présente à son éditeur. La Fabrication de l’aube, hymne à la vie, l’a mené à un nouveau roman mettant en scène Jésus qui, dans la fiction, aurait survécu à sa crucifixion.

«Le personnage était là. Il est une personne réelle qui m’a toujours captivé et ce, en dehors de l’Évangile. Je me suis toujours dit qu’un jour j’écrirais sur cet homme hors du commun. À l’époque où il a vécu, il y a eu des tas de faux prophètes. Jésus, lui, était un être à part. Je lui ai inventé une vie, et ce, sans vouloir passer un message, sans émettre une opinion sur Dieu et la foi.»


LA SPIRITUALITÉ
Jean-François Beauchemin s’est attardé à la question de la souffrance du corps et à ses conséquences sur l’esprit.

«Jésus a souffert dans son corps et dans sa chair. Dieu l’a abandonné et cela l’a transformé. C’est ce que j’ai imaginé. La vie peut basculer, poursuit-il. Je suis conscient que c’est ce qui m’est arrivé. À la suite de ma maladie, je suis devenu quelqu’un. Ceci est mon corps est le 2e livre d’une trilogie. Comme écrivain, j’ai les mêmes préoccupations, les mêmes questions qui reviennent sans cesse. Je crois que tous les auteurs reprennent les mêmes thèmes dans leurs livres.»

Avec un recul qui lui était nécessaire, l’écrivain a abordé ce roman après une période de recherches, en replaçant Jésus dans son époque comme un homme et non un demi-Dieu et en imaginant ce qu’aurait été sa vie après ses 33 ans. Animé par un esprit exceptionnel, cet homme s’est attardé sur les questions essentielles du doute, du hasard, de l’amour, de l’amitié.

«La bible a été ma base. Bien sûr, j’ai trafiqué des choses. Mais j’ai tout de même respecté des références et j’ai consulté plusieurs livres d’histoire sur l’Antiquité.»

Jean-François Beauchemin appréhende un peu les critiques. Peut-être l’accusera-t-on de sacrilège. Mais en même temps, il sait qu’il n’a pas trop trafiqué l’esprit de Jésus.

«J’ai respecté son message. Il vit un grand amour terrestre et non divin. On me reprochera peut-être d’avoir écarté Dieu qui demeure toujours, malgré qu’on l’écarte sans cesse, intouchable. Ça m’intrigue. Je crois qu’on a besoin malgré tout d’y croire. Moi, j’arrive avec mes gros sabots, mais je n’impose rien. Je suggère. Je regarde notre capacité d’aimer, notre attention aux autres, la beauté du monde, la bonté. C’est ma façon de voir Jésus.»


NE RIEN ATTENDRE DE DIEU
«Je suis plutôt athée et j’ai avec Dieu une drôle de relation. Un jour, j’ai compris qu’il ne fallait rien attendre de lui. Je lui parlais et il ne me répondait jamais. Je suis fâché contre lui et depuis, la beauté du monde me suffit. Je ne ressens pas le besoin de sa présence et toutes les formes d’évangélisation m’énervent au plus haut point. La foi, selon moi, relève de l’intime.»

Attiré par la profondeur spirituelle de Jésus, au-delà des dogmes, Jean-François Beauchemin s’est attardé à la parole du Christ, l’homme généreux, près des autres. Pour lui, il n’y a pas de miracles. Ils n’existent que par ce besoin irrationnel de croire qu’il y a une force plus grande que nous.

«Jésus, il n’y a aucun doute puisqu’on en parle encore maintenant, a eu une vie spirituelle très intense. Je sais pour ma part que Dieu ne m’attend pas dans son royaume. Je réponds d’abord et avant tout à un besoin de spiritualité. J’espère qu’on me comprendra.»

Au rythme de une page par jour pendant deux ans, Jean-François Beauchemin a peaufiné chaque mot et chaque phrase.

«Ça en valait la peine, conclut-il à la veille de la sortie du livre. J’ai été très heureux tout au long de l’écriture. Je ressens une satisfaction comme au moment de la publication de mon premier livre. Je n’aurais pu écrire ce roman à 35 ans. Ça demandait une maturité. J’ai l’impression que le temps a joué en ma faveur. Je m’améliore même si je possède une gravité que j’ai de moins en moins envie de cacher.»

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