BERTRAND GAUTHIERLiberté d’expressionPar Manon Guilbert 23-01-2008 | 15h40
Bertrand Gauthier, père de la série Louna destinée aux tout-petits, a eu envie de relever le défi de s’adresser aux adolescents que la littérature gave à grands coups de sagas chevaleresques. «J’ai voulu aller ailleurs, dit-il, et leur donner un héros contemporain, intelligent, vivant auprès d’un père publicitaire et pris comme les jeunes dans les exigences et les paniques de la vie quotidienne.
«En ce moment, on idéalise le Moyen-âge, les princesses, les mariages arrangés alors qu’elles ont à peine 12 ans. J’ai eu envie de leur montrer qu’on est vraiment mieux maintenant, qu’on a le libre choix. On a de la difficulté à comprendre que la vie des chevaliers n’était pas si drôle, que la violence y était très présente. Ce genre littéraire devrait être un genre parmi les autres. Ceux-là manquent désespérément.»
Il le campe dans un environnement familial où le père est un illustre publicitaire et sa mère psychothérapeute. Il a 15 ans et regarde la vie et ce qu’elle lui offre. Il est charmé par l’exquise Florence avec qui il entretient une correspondance virtuelle des plus imaginaires. Il écrit des formules publicitaires à son père sous forme de raps, écrit des haïkus dans son journal personnel. Il est fasciné par les mots et la poésie et vit à la fois dans le monde extérieur et son univers intérieur. L’auteur a inclus le jeu, des illustrations, une vision vulgarisée de la culture et injecté dans les pages de son petit livre une grande dose d’humour. Pendant trois ans, il a peaufiné neuf différentes versions avant d’arriver à la version finale. «Je voulais que ça coule à la lecture. J’adore travailler la langue française. Quand mon matériau est là, je simplifie, je fignole. Je suis un artisan et j’obéis à ce besoin de créer quelque chose d’original et différent de ce qui existe déjà.»
Impliqué depuis toujours dans le domaine de l’édition, Bertrand Gauthier réalise que les choses vont bien vite depuis les dix dernières années.
Bertrand Gauthier souhaite attirer les garçons vers la lecture. Dans ses tournées dans les écoles primaires et secondaires, il a remarqué que les filles sont un public acquis à la fiction. Les garçons, pour leur part, préfèrent les statistiques sportives, les nouveautés automobiles, les inventions scientifiques. Dans le contexte de La culture à l’école, il analyse les différents comportements. «Je remarque que les âges n’ont plus rien de leurs spécificités. On n’a plus neuf ou douze ans comme on l’avait encore il y a dix ans. Les problématiques, les contextes ont changé. Les valeurs de base nous restent, mais notre regard s’est transformé. Ce petit roman m’a dépoussiéré par rapport au genre. Je suis excité comme auteur. Je prétends brasser la cage en publiant ce livre. J’ai retrouvé en quelque sorte ma liberté d’expression.»
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