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Louise Lacoursière - Odeur de sainteté
© Photo Pascal Ratthé

LOUISE LACOURSIÈRE

Odeur de sainteté

Par Manon Guilbert
22-01-2008 | 13h02
«Jamais je n’aurais cru écrire la biographie d’un prêtre, lance d’emblée la romancière Louise Lacoursière. J’ai réfléchi, pris des avis, rencontré des gens qui avaient en haute estime l’abbé Roland Leclerc et j’ai plongé.»

Roland Leclerc, par-delà l’image, de Louise Lacoursière, vient à peine de paraître. Plus qu’une biographie, le livre rapporte sans jugement l’histoire d’un homme engagé dans sa foi chrétienne à la rencontre des autres.

Décédé tragiquement en novembre2003, Roland Leclerc, pasteur et animateur de plusieurs émissions de télévision, a suscité chez les gens une vague rare d’émoi et de sympathie. Louise Lacoursière est allée, pendant trois ans, à sa rencontre.

«J’ai regardé tout ça tout d’abord du coin de l’œil, explique-t-elle. J’avais la nette impression que la vie d’un prêtre à notre époque ne pouvait qu’être linéaire et, disons, sans trop d’intérêt. Si ce n’était des témoignages que j’ai recueillis, je ne me serais jamais posé de questions sur sa vie et sur ses motivations. Il a été aimé profondément des gens qui l’ont approché. J’avais pourtant à prime abord toutes les bonnes raisons de refuser ce livre qu’on me commandait. J’ai essayé en vain de me trouver de bonnes raisons.»


UN CHOIX DIFFICILE
Plutôt portée vers l’histoire et à fouiller le passé d’héroïnes au comportement socialement marginal, Louise Lacoursière a signé Les Carnets de Cora et La Saga d’Anne Stillman Cormick, qui lui ont valu tous deux différents prix littéraires et prix du public. Cette requête d’une maison d’édition spécialisée dans la recherche de spiritualité a temporairement mis en veilleuse l’écriture d’un nouveau roman à paraître dans une autre maison d’édition.

Louise Lacoursière a tenu à être transparente et espérait secrètement que son contrat la liant à cette deuxième maison l’empêcherait de poursuivre sa recherche sur Roland Leclerc.

«C’est simple, dit-elle, ça me terrifiait! Mais j’ai fini parme laisser aller à ma curiosité. À une époque où les prêtres se laïcisaient, Roland Leclerc, un homme que je jugeais intelligent, faisait l’exception et pratiquait l’accueil inconditionnel des autres. Il osait. Beaucoup de ses contemporains désertaient la pratique religieuse et lui persistait. J’ai voulu comprendre les motivations profondes du bonhomme.»

Louise Lacoursière a été plongée très jeune dans la recherche historique. Sœur de l’historien Jacques Lacoursière qui a aussi pris la place d’un père disparu prématurément, elle a aussi demandé son avis. Jacques a eu comme étudiant le jeune Roland Leclerc en qui il avait vu une rare intelligence.


RECHERCHES
«Dans un premier temps, explique-t-elle, j’avais tenté de ramasser en 15 pages les raisons de son choix pour la prêtrise en 1967.Du côté de la religion, c’est la révolution. Il était dans l’esprit du renouveau de Vatican II et de Jean XXIII. On mettait dans l’actualité le mariage des prêtres. Roland Leclerc qui était un très bel homme, a été ordonné en 1973. Pendant qu’il était séminariste, qu’il s’impliquait dans le domaine du sport et dans différentes activités mixtes, il avait eu une femme. Il a tout de même choisi le célibat. Pour moi, ça demeure un grand mystère.»

D’abord et avant tout, Louise Lacoursière a voulu raconter la vie du communicateur, de l’humaniste qui a marqué tant de gens. Elle a réalisé 180 interviews de gens qui ont côtoyé cet homme de l’Église si fasciné par les médias.

«Il voulait plus que tout alimenter l’espoir et la joie de vivre. En rencontrant à l’antenne de En toute amitié à TVA des personnages connus, il faisait ressortir leurs paysages intérieurs et faisait passer un message par différents témoins. Il était apprécié autant par les athées que par ceux qui avaient la foi. Il a animé cette émission pendant 14 saisons. Il écrivait aussi dans les journaux populaires et faisait partie des actualités religieuses à RDI. Il avait une façon de commenter sans faire la morale et faisait preuve d’une grande ouverture sans jamais renier ses valeurs.»


MÉDIATIQUE
Sur les traces de Roland Leclerc, Louise Lacoursière a retrouvé un homme impliqué socialement, dévoué 7 jours sur 7 à la communauté chrétienne.

«Sa liberté de conscience primait sur tous les diktats de la religion, ajoute aussi Louise Lacoursière. Il ne se sentait à nul endroit prisonnier. J’ai eu accès à des tas de documents, à des écrits très personnels. J’ai découvert un être extrêmement sensible. Je me suis vraiment attachée à cet homme-là.»

Odeur de sainteté? Louise Lacoursière ne va pas jusqu’à l’affirmer. Mais elle est convaincue d’avoir été aidée subtilement dans son travail des trois dernières années. Elle souhaite que croyants et athées se penchent sur l’histoire de cette vie hors du commun.


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