LOUISE LACOURSIÈREOdeur de saintetéPar Manon Guilbert 22-01-2008 | 13h02
Roland Leclerc, par-delà l’image, de Louise Lacoursière, vient à peine de paraître. Plus qu’une biographie, le livre rapporte sans jugement l’histoire d’un homme engagé dans sa foi chrétienne à la rencontre des autres. Décédé tragiquement en novembre2003, Roland Leclerc, pasteur et animateur de plusieurs émissions de télévision, a suscité chez les gens une vague rare d’émoi et de sympathie. Louise Lacoursière est allée, pendant trois ans, à sa rencontre.
«J’ai regardé tout ça tout d’abord du coin de l’œil, explique-t-elle. J’avais la nette impression que la vie d’un prêtre à notre époque ne pouvait qu’être linéaire et, disons, sans trop d’intérêt. Si ce n’était des témoignages que j’ai recueillis, je ne me serais jamais posé de questions sur sa vie et sur ses motivations. Il a été aimé profondément des gens qui l’ont approché. J’avais pourtant à prime abord toutes les bonnes raisons de refuser ce livre qu’on me commandait. J’ai essayé en vain de me trouver de bonnes raisons.»
Louise Lacoursière a tenu à être transparente et espérait secrètement que son contrat la liant à cette deuxième maison l’empêcherait de poursuivre sa recherche sur Roland Leclerc. «C’est simple, dit-elle, ça me terrifiait! Mais j’ai fini parme laisser aller à ma curiosité. À une époque où les prêtres se laïcisaient, Roland Leclerc, un homme que je jugeais intelligent, faisait l’exception et pratiquait l’accueil inconditionnel des autres. Il osait. Beaucoup de ses contemporains désertaient la pratique religieuse et lui persistait. J’ai voulu comprendre les motivations profondes du bonhomme.»
Louise Lacoursière a été plongée très jeune dans la recherche historique. Sœur de l’historien Jacques Lacoursière qui a aussi pris la place d’un père disparu prématurément, elle a aussi demandé son avis. Jacques a eu comme étudiant le jeune Roland Leclerc en qui il avait vu une rare intelligence.
D’abord et avant tout, Louise Lacoursière a voulu raconter la vie du communicateur, de l’humaniste qui a marqué tant de gens. Elle a réalisé 180 interviews de gens qui ont côtoyé cet homme de l’Église si fasciné par les médias.
«Il voulait plus que tout alimenter l’espoir et la joie de vivre. En rencontrant à l’antenne de En toute amitié à TVA des personnages connus, il faisait ressortir leurs paysages intérieurs et faisait passer un message par différents témoins. Il était apprécié autant par les athées que par ceux qui avaient la foi. Il a animé cette émission pendant 14 saisons. Il écrivait aussi dans les journaux populaires et faisait partie des actualités religieuses à RDI. Il avait une façon de commenter sans faire la morale et faisait preuve d’une grande ouverture sans jamais renier ses valeurs.»
«Sa liberté de conscience primait sur tous les diktats de la religion, ajoute aussi Louise Lacoursière. Il ne se sentait à nul endroit prisonnier. J’ai eu accès à des tas de documents, à des écrits très personnels. J’ai découvert un être extrêmement sensible. Je me suis vraiment attachée à cet homme-là.»
Odeur de sainteté? Louise Lacoursière ne va pas jusqu’à l’affirmer. Mais elle est convaincue d’avoir été aidée subtilement dans son travail des trois dernières années. Elle souhaite que croyants et athées se penchent sur l’histoire de cette vie hors du commun.
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