NANA MOUSKOURILe tour de sa vie17-11-2007 | 05h00
À 73 ans, la chanteuse grecque a choisi de tirer sa révérence «avant qu’il ne soit trop tard». La sortie de son livre l’amène de rencontre en rencontre dans une promotion qui ressemble beaucoup à celles qui l’ont poussée tout au long de sa carrière et à chaque sortie de disque dans l’œil des médias. Nana Mouskouri se prête au jeu avec aisance. Cet aspect du métier qui l’a longtemps rebutée parce qu’elle devait s’y dévoiler provoque, cette fois, une nouvelle attitude. Mouskouri vient de faire le tour de sa vie. «Le passé, affirme-t-elle, est aussi important que le présent. J’ai été une fille très timide. Je me cachais, je taisais mes angoisses, alors en réaction, j’ai toujours essayé de me placer du côté positif des choses. Je suis pleine de gratitude pour la vie, pour les gens qui ont été sur mon chemin.» Enfant de la guerre, Nana Mouskouri n’a pourtant pas eu la vie facile. Son livre porte le titre du surnom dont on l’avait affublée toute petite en l’identifiant à son père, joueur de cartes invétéré et noctambule qui rendait la vie familiale impossible. Elle en a développé un grave complexe contre lequel elle a dû se battre toute sa vie en tentant de s’attarder à la beauté de la vie. Aussi, elle a voulu plus que tout se faire un nom et sortir de la tourmente et du maléfice. LE DON «Très jeune, je voulais devenir chanteuse. Ma volonté n’était pas de devenir une star. On ne devient star que si on le mérite. Et ça, je l’ai toujours su. Les gens aimaient m’écouter et moi, j’aimais communiquer en me servant de cette voix qui m’a été donnée. Le besoin était plus fort que tout. Ma sœur, étrangement, possédait aussi une très belle voix. Elle n’a pas poursuivi. La Callas m’a dit un jour: Peu importe pourvu que tu saches pourquoi tu chantes et que tu le fasses bien.» Nana Mouskouri n’a jamais arrêté. Elle n’était qu’une jeune fille lorsqu’elle a débuté et à 73 ans, elle enfile encore les kilomètres pour saluer tout le monde avant de se retirer. «Mais à travers tout ça, j’ai lutté sans cesse pour vaincre mes complexes, contrôler mon poids, faire passer cette image de chanteuse aux lunettes noires. C’est grâce à l’amour de la vie et des gens que j’ai toujours réussi à sentir le sol sous mes pieds.» Nana Mouskouri a gardé le cap en voulant que sa vie soit rose. Jamais elle n’a tenté de s’enfermer dans l’égoïsme, mais au contraire elle a tenté de propager des valeurs d’amour, de fidélité, de paix, de liberté en respectant profondément chaque être humain. «J’ai aussi, dit-elle, voulu plus que tout être utile.» À travers toutes ces décennies sur les scènes du monde, Nana Mouskouri s’est nourrie des autres cultures. Elle a rencontré les grands et a partagé les bonheurs et les malheurs politiques de plusieurs pays. CHAPITRES Lionel Duroy l’a aidée mettre les chapitres de sa vie en mots. Nana Mouskouri avait conservé, au cours de ses périples et de ses soirées passées seule dans les chambres d’hôtel du monde entier, plusieurs de ses écrits qui la divertissaient de sa solitude. Elle a soigneusement gardé aussi des boîtes de documents qu’il a fallu trier avant d’entre prendre le récit de toute sa vie. « Je suis contente, dit-elle. Il se dégage du livre une simplicité qui me ressemble. J’ai pu exprimer les tristesses, les rejets que j’ai ressentis. Je crois que je m’en sors dignement. » UNE MAISON « Je finis bientôt ma tournée. Il y a 60 ans que je chante. La musique m’a permis d’aller toujours de l’avant. Il est maintenant temps que je laisse la place aux jeunes. Je ne peux pas me soustraire à cette fin. Je dois apprendre à vivre sans la scène. Il faut savoir partir. Je ferai l’apprentissage de vivre dans une maison, de faire la cuisine, de recevoir des amis, de jardiner, toutes choses que je n’ai jamais pu faire. J’ai vécu dans les bagages. Je suis prête à faire mes Master Class comme femme à la maison. » Première femme grecque s’émanciper, à divorcer plus tard avec de jeunes enfants de 4 et 6 ans, Nana Mouskouri vécu dans un monde d’hommes. Bien avant l’heure, elle a prôné l’égalité, défendu les valeurs d’un monde sans racisme et sans guerre, elle qui en a tant souffert. Elle n’a rien concédé à ce qui lui paraissait injuste. « J’ai toujours jugé qu’il était important de rester moi-même dans chaque situation. Les rejets de mon enfance m’ont plutôt donné des bases solides. Malgré ce qu’ils ont été, j’en remercie aussi mes parents qui ont grandi dans les horreurs de la guerre. Ça écorche. » Depuis six semaines, Nana Mouskouri est une nouvelle grand-mère. Sa première petite- fille, Lili, est née à Montréal, là où son papa Nicolas avait célébré, au cours d’une tournée de sa mère au Québec, son tout premier anniversaire. « La roue tourne», dit-elle en confiant avec quelques étincelles dans les yeux sa hâte de prendre dans ses bras ce poupon qu’elle n’a vu que sur son écran d’ordinateur. Nana Mouskouri séjournera à Montréal très bientôt. |