LE JOURNAL DE JULES RENARDLe quatuor fait revivre «Poil de carotte»Claudia Larochelle Le Journal de Montréal 13-09-2007 | 11h27
En phrases courtes, liées par le fil doux de sa voix, ce sont les réflexions tirées du Journal de celui qu'on surnomma «Poil de carotte», l'auteur Jules Renard, que l'acteur mondialement connu fait renaître sur la scène de la Cinquième Salle de la Place des arts, toujours aussi pertinent, fascinant. À ses côtés pour échanger ce collage de phrases puisées dans les 1032 pages écrites entre 1897 et 1910, Jean-Louis Bérard, Manuel Durand et Hélène Fillières affichent une attitude pince-sans-rire, l'air taquin, le sourire en coin. Sourire que les spectateurs conservent eux-mêmes pendant l'heure et quart que dure la représentation, parfois béatement, les neurones au garde-à-vous, sensibles aux mots d'esprit, les captant avec un bonheur évident, se sentant peut-être coupables de ne pas toujours les saisir aussi vite que souhaité. Le bruit des mots Seul le sens des mots compte, prononcés dans un décor dépourvu d'artifice, sans l'ombre d'une image de Renard ou d'un objet nous le rappelant. Chacun assis derrière une petite table dotée d'un micro, les comédiens s'adressent à la foule dans l'intimité, presque à voix basse, solennellement, attentifs pour ne pas briser la rythmique serrée de l'exercice. La moindre faille fait grincer des dents, risque de briser l'image que le spectateur dessine dans sa tête aux premiers mots d'une phrase. Créée au Petit Hébertot à Paris au cours du mois de décembre 2005, cette mise en lecture qui fait l'objet d'une importante tournée européenne montre par ailleurs l'universalité des réflexions de l'auteur, leur intemporalité, aussi, malgré les années qui nous séparent de leur création. Folie cynique Le quatuor nous rappelle seconde après seconde, dans une honnêteté drôle et méchante à la fois, ce mélange de cynisme, d'humour et d'ironie caractérisant l'homme de lettres qui a influencé toute une génération d'écrivains. Mort, amour, désir, infidélité, amitié, les plus grands thèmes de l'aventure humaine sont explorés, rejoignant chaque spectateur selon son vécu, ses aspirations, ses vices aussi. Jules Renard avait ce don de nous mettre devant nos failles, de faire glisser le couteau dans la plaie. Même si ça fait mal, c'est délicieux! |