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LES SECRETS DE NORAH

«On va finir par exagérer»

Isabelle Maher
Le Journal de Montréal
05-09-2007 | 12h18
Dans le débat sur les accommodements, Norah Shariff, jeune immigrante algérienne et musulmane, se dit littéralement révoltée par les demandes de certains immigrants.

«À force d'accommoder raisonnablement, on va finir par exagérer», tranche la jeune auteure qui a vécu l'enfer de l'intégrisme musulman en France, puis en Algérie, ravagée à l'époque par une guerre civile sanglante.

«En plus, on a mêlé des enfants à tout ça!», ajoute celle dont l'enfance a été ponctuée de relations incestueuses avec un père violent qui a renié ses filles en les traitant de bâtardes.

Le Journal de Montréal publie dès aujourd'hui et au cours des prochains mois, Les secrets de Norah, le récit autobiographique de cette jeune Algérienne.

Exaspérée

Le livre, publié en février dernier aux Éditions JCL, sera presque intégralement reproduit. Aujourd'hui, vous trouverez les premiers extraits en page 85.

Arrivée au Canada au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, Norah observe avec intérêt ici au Québec tout le débat sur la cohabitation entre les différentes communautés culturelles et les religions. Invitée à commenter, on sent chez elle une pointe d'exaspération.

«Les immigrants viennent ici parce qu'ils cherchent un pays libre, ils n'ont pas à imposer leurs lois! Ils doivent se fondre à la communauté, sinon on creuse le fossé avec les Québécois.»

Porter le voile ou pas

Fiancée à un Québécois, Norah Shariff croit que la société québécoise est très accueillante pour ses immigrants, en plus de leur donner toutes les possibilités. Racistes, les Québécois?

«Le racisme, c'est de la méconnaissance et de la peur. Nous avons tous intérêt à être plus ouverts», plaide-t-elle.

La jeune femme qui dénonce l'intégrisme tout en défendant sa religion, affirme réussir la difficile cohabitation entre un passé douloureux et le Coran.

«Il y a des choses que je n'aime pas dans le Coran, je ne les applique pas, je m'en fous», laisse-t elle tomber.

Norah, qui travaille pour une compagnie de télécommunication, ne porte pas le voile simplement parce qu'elle n'est pas «la meilleure des croyantes», dit-elle.

Pas toutes soumises

Elle admire cependant celles qui ont la foi au point de le porter. «Les musulmanes ne sont pas toutes pareilles. Certaines sont soumises à leur mari, d'autres à Dieu. J'en connais qui portent le voile même si leur mari ne veut pas.»

Chose certaine, elles sont nombreuses à refuser toute forme de domination, affirme Norah.

«Beaucoup de femmes sont comme moi ouvertes d'esprit. Mais bizarrement, on ne s'intéresse qu'à celles qui sont soumises. J'ignore pourquoi», demande-t-elle.

Musulmane et libre

«Personne ne m'impose rien», répète Norah Shariff. La jeune femme est de cette génération de musulmanes qui refuse de se soumettre en silence. Question de caractère, tranche-t-elle.

«Et j'ai un sacré caractère!», prévient la femme de 27 ans.

Cette force, Norah Shariff en aura eu bien besoin au cours de sa courte existence. Une vie marquée par la violence et les abus d'un père intégriste, dans une famille où le simple fait d'être une femme était «une punition d'Allah».

Révoltée par le traitement réservé aux femmes dans certains pays, Norah défend pourtant la religion musulmane avec vigueur.

«J'aime beaucoup ma religion, mais certains hommes l'utilisent pour en faire n'importe quoi», lance-t-elle.

Humiliée et battue

Née en France où elle a vécu jusqu'à l'adolescence avant de s'installer en Algérie avec sa famille, Norah a vu dès son jeune âge sa mère humiliée et battue par son mari, puis sa famille.

C'est d'ailleurs Samia Shariff, la mère de Norah, qui a donné à sa fille l'idée de se libérer de son passé en écrivant. La dame a écrit Le voile de la peur publié l'an dernier.

«Écrire a aidé ma mère à aller de l'avant en paix. Mon passé m'envahissait. Depuis que j'ai écrit ce livre, je fais tellement de bonnes choses.»

Même si elle se sent en sécurité au Canada, il arrive encore à Norah Shariff d'avoir peur des hommes, raconte-t-elle dans son livre. «On n'est jamais complètement libérée, mais on pardonne et on a le coeur plus léger», conclut-elle.

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