MONIC RICHARDLes secrets de la photographe des starsPar Claudia Larochelle Le Journal de Montréal 06-08-2007 | 12h41
Pas de doute que Monic Richard s’efface derrière le Kodak. Elle se fait humble et secrète. La pétillante brunette, qui paraît 15 ans plus jeune que son âge réel, règne dans son studio de photo et s’embrase en silence quand une personnalité publique y fait son apparition, souvent sur la pointe des pieds. Les stars ne s’aimant pas plus que monsieur et madame Tout-le-monde, elles ont elles aussi leurs complexes. En plus de la photographe, c’est l’amie, l’artiste, l’humain, la psy, l’amoureuse et l’admiratrice qui ouvrent leur porte à ceux qui depuis 20 ans viennent voir la portraitiste, et grâce à toutes ces facettes de sa personnalité, elle réussit ses œuvres, s’étant bâti une solide réputation dans le milieu artistique au fil des années.
LES RECETTES D’UNE CHEF Puisant dans ses propres expériences de photographe, elle livre à partir d’une quarantaine de ses portraits une histoire qui y est rattachée, concernant par exemple le contexte de la prise de vue complété par des informations techniques qui concernent chaque image. Le livre, à paraître en novembre chez Flammarion Québec, se divise en deux grandes sections de conseils. La première concerne entre autres la prise de vue, le travail avec le sujet, la lumière, la composition, etc. Quant à la seconde, elle s’attarde à l’archivage et aux albums. «Je me suis rendu compte que les gens faisaient beaucoup de photos, mais qu’ils les gardaient dans leur ordinateur. Ils ne les archivent pas, ne les entreposent plus dans des albums, observe-t-elle. S’il arrive quelque chose, que les ordinateurs brisent, il ne restera plus rien, plus de trace. C’est comme s’il y avait une couche de la société qui était vouée à disparaître.»
STARS ET PUIS APRÈS… Céline Dion, Luc Plamondon, Jean-Pierre Ferland, Josée di Stasio, Anthony Kavanagh, Michel Tremblay, Nancy Huston, Michel Rivard, Carole Bouquet font partie de ceux qui sont passés dans l’objectif de Madame et qui servent d’exemples aux trucs qu’elle livre dans La Face cachée du portrait. «Je ne fais pas ce livre-là pour montrer qui je photographie, je m’intéresse au portrait un point c’est tout. Simon travail consistait à photographier des inconnus, ce seraient eux qui se retrouveraient dans ce livre.»
SAISIR L’INVISIBLEAussi fascinante que ses célèbres sujets, Monic Richard a un accès privilégié au cœur de ceux qu’elle capture l’espace d’un instant, les immortalisant et leur révélant peut-être, une part de leur vérité pour l’une des rares fois de leur vie publique. «Monic a comme les grands portraitistes – Bettina Rheims, Annie Leibovitz, Dominique Isserman – l’art de mettre les gens tellement à l’aise qu’ils font des choses qu’ils ne feraient pas normalement», a témoigné un jour au sujet de la photographe le directeur artistique Jacques Robert. Sa réputation est claire et nette à ce sujet, comme cette qualité qu’elle a de révéler des vérités sur ceux qui acceptent de se faire prendre en photo par elle. «Le but des portraits consiste à faire voir quelque chose que les gens ne voient pas nécessairement d’emblée quand ils regardent cette personne», note Richard, qui a photographié près de la moitié des noms connus qui figurent dans le bottin de l’Union des artistes.
SANS POUDRE AUX YEUX Contrairement à ce que les gens peuvent penser, ceux qu’elle rencontre ne s’offrent pas tous à son appareil avec la même aisance…«Parfois, ils viennent me voir à reculons, ça ne leur fait pas toujours plaisir d’être ici. Ils y ont parfois été obligés parce que leur travail exigeait ça d’eux. «On ne sait jamais non plus comment ils vont arriver, dans quel état: il y en a qui n’auront pas dormi, qui auront fêté la veille ou qui arrivent avec un gros bouton. Leur seul bouton de l’année, qui se pointe toujours la veille d’une prise de photos…» C’est là qu’elle doit user de psychologie et de sensibilité, rester près des gens, les mettre en confiance avec cette facilité qu’elle a de communiquer avec l’autre, même si, parfois, elle est elle-même un peu prise de court, peut-être déstabilisée par son sujet. «Quand tu photographies une personnalité connue, tu sais déjà qui va rentrer chez vous, tu as déjà une idée de ce que tu vas faire avec, affirme-t-elle. Le piège, c’est que des fois, c’est complètement le contraire qui se passe. La personne devant n’est pas celle que je m’étais imaginée.»
LA BONNE PRISE Ce qui allume le plus celle que le directeur du département de design graphique de l’UQAM, Frédéric Metz, décrit comme «la génie de la chirurgie photographique avec qui on s’aime de nouveau», ce n’est pas tant que son sujet soit beau, riche, talentueux ou célèbre, mais plutôt qu’il ait le charisme qui fait la bonne prise. «Je travaille avec des gens connus, mais je peux travailler avec la grand-maman de n’importe qui, qui se révélerait aussi fascinante. Ce que la personne dégage me séduit, et plus elle dégage, plus c’est difficile de le rendre en photo parce que ce qui fait ce qu’elle dégage, c’est ce qu’elle a vécu, ce qui émane d’elle.» À partir de ces données aussi abstraites que déterminantes, Richard s’affaire à décrypter toutes les zones de son sujet, comme le sculpteur moulerait le corps d’un modèle. Il ne suffit alors que d’une seule fraction de seconde pour la photographe, un clic déterminant, celui qui résulte d’une chimie entre elle et l’être photographié, mais aussi souvent d’un éclat dans l’œil de ce dernier pour que la magie opère. Ce livre publié aux éditions Flammarion Québec sera disponible dès la mi-novembre. |