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Didier van Cauwelaert  - Je suis le produit des rêves de mon père

DIDIER VAN CAUWELAERT

Je suis le produit des rêves de mon père

Par Manon Guilbert, Photo Alfred Lanctôt
26-04-2007 | 10h49
PARIS –Didier van Cauwelaert possède une feuille de route impressionnante. Il n’était pas encore pubère quand il a osé son premier roman. Son dernier en lice, Le Père adopté, n’est pas moins audacieux.

Travail impressionnant de mémoire, son roman ramène de la mort l’auteur de ses jours, son père, René van Cauwelaert.

«J’ai reconstruit dans l’imaginaire ce que je me rappelais de mon enfance. J’ai tenté d’être assez fidèle à la réalité. Pourtant, je ne prétends pas à l’exactitude.»

Prix Goncourt pour un précédent roman, Un aller simple, l’écrivain a passé outre les hésitations à ouvrir ainsi toutes grandes les pages de son enfance, adolescence et vie d’adulte aux côtés d’un père qu’on aurait qualifié ici d’original, voire d’excentrique.

Motivation
Handicapé à une jambe après un accident de voiture, il menace de se suicider s’il ne peut plus remarcher. Didier a à cette époque à peine l’âge de raison et il se dit qu’il lui faudra bien gagner sa vie et celle de sa famille. Il décide de devenir écrivain…!

«Je veux démontrer tout ça, dit-il alors qu’il autographie les multiples livres qui se retrouvent sur la table de travail installée devant lui. Pour moi, c’était important de remettre sur le tapis tous les événements qui m’ont amené jusqu’ici. J’avais envie de mettre en évidence la manière dont je fabulais.»

Selon l’auteur, la vie ne s’embarrasse pas des situations. Il n’y a que les romanciers qui le font. Les événements racontés dans ce dernier roman ne s’inventent pas. «Pour ceux qui me connaissent bien, dit-il, ça explique beaucoup de choses. Je ne dévoile pas pour le plaisir de dévoiler. La mort de mon père a déclenché quelque chose. Je n’ai pourtant pas l’habitude de parler de moi.»

Didier van Cauwelaert, auteur à qui on doit plusieurs best-sellers, dont L’Évangile de Jimmy, Cloner le Christ, Cheyenne, Vingt Ans et des Poussières, a eu envie de nommer ce qu’on trimballe de génération en génération.

Par le biais du personnage exubérant du père, il crée des mouvements et des connexions. Il transforme chaque situation en carburant.

Recyclage
«Il avait un tel élan vital! Je suis le produit des rêves de mon père. Pourtant, il ne m’a jamais poussé. On verra bien si à son âge je dégagerai la même vitalité.»

Avec l’idée du désir de suicide de son père en tête, dès sept ans, Didier van Cauwelaert a eu une capacité incroyable à recycler les épreuves.

«Pour moi, ça a été fondateur. Je n’ai jamais accusé le destin. Je crois fermement que nous sommes les metteurs en scène de nos vies. Ce roman est aussi une radioscopie du romancier. Par ailleurs, je n’ai pas voulu épargner mon père. En aucun endroit je n’ai eu le besoin d’exagérer le personnage. De mon côté, je ne suis pas toujours à mon avantage. Mais je ne pouvais le décrire sans me mettre en scène.»

Pourtant, Didier van Cauwelaert n’est pas un homme à attirer égoïstement les éclairages sur lui. «J’ai souvent envie de passer dans un trou de souris. Je me suis surpris moi-même. J’ai ignoré la peur et la prudence. Je suis romancier et peu maniaque de l’auto-fiction. À travers ce livre, je me suis fabriqué une vie en faisant bien attention de ne pas tomber dans la fiction. Ce roman a été épuisant à écrire. C’est pourquoi, maintenant, j’ai envie de me mettre en jachère.»

Ce n’est pas par manque de sujets qu’il a eu envie de faire revivre son père par le biais des pages d’un nouveau roman.«J’ai craint la déperdition et que le souvenir s’estompe. Comme je suis un maniaque du détail, il fallait que je le décrive très rapidement. J’ai commencé ce roman huit jours après sa mort.»

La vie et après
«Écrire, continue-t-il modestement, est la chose que je sais faire. J’ai eu envie de donner à mon père une prolongation. Il est toujours le même bonhomme qui me soutire des fous rires. Je voulais transmettre ce qu’il m’a donné comme énergie.»

Le romancier a aussi acquis la conscience d’une autre forme de vie. Son père, dont la vitalité ne faisait aucun doute, lui apparaît même dans la mort.

«Ça ne me gêne pas de passer pour un allumé, conclut-il. J’ai vécu des choses troublantes qui me font dire que ça continue. Il y a un autre champ de conscience. Il y a quelque chose qui s’est produit. Je me pose des questions sans esquiver les réponses. Dans notre civilisation, je suis conscient qu’on ne doit pas parler de vie après la mort. Je ne crains pas d’être pris pour un hurluberlu et je crois sincèrement qu’il est urgent d’être audacieux», ajoute-t-il, regrettant que «la sinistrose soit devenue l’état général de nos contemporains».

Le Père adopté
Didier van Cauwelaert
Albin Michel

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