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Jean-Christophe Grangé  - Tirer le diable par la queue
© Photo Le Journal
«Je me suis réinséré dans la vie. Je n’avais plus du tout envie de vivre, de travailler. Peut-être est-ce une crise de 45 ans.»

JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ

Tirer le diable par la queue

Par Manon Guilbert
Le Journal de Montréal
10-04-2007 | 08h55
PARIS – Après dix ans d’un succès peu controversé, Jean-Christophe Grangé s’est retrouvé aux prises avec les affres de la dépression nerveuse. «Peut-être était-ce ma façon de répondre au succès », dit-il avec candeur.

Depuis trois semaines, moment de la sortie de Le Serment des limbes, il surfe une nouvelle fois sur la vague de la réussite. Il sent chez ses lecteurs un mouvement, un emballement qui le rassure.

Durant les trois dernières années, il n’a pas travaillé pour rien. Le stress, la fatigue ont eu raison de ce travailleur obstiné. Psychiquement à bout, Jean-Christophe Grangé a eu recours à un traitement miraculeux dont il tait la nature et qui lui a par bonheur redonné du jour au lendemain le goût au travail.

«Je me suis réinséré dans la vie. Je n’avais plus du tout envie de vivre, de travailler. Peut-être est-ce une crise de 45 ans. Je ne sais pas. Je pense que durant la dernière décennie, j’avais emmagasiné deux fois trop de stress. À l’extérieur, on ne voit que le bon côté du succès. Moi, je sais que j’avais amené ma famille à un certain niveau de vie et j’ai eu la crainte que ça s’arrête. J’ai craqué!»

Idées claires
En grande forme, presque fanfaron, le nez en l’air au-dessus de la mêlée, Jean-Christophe Grangé n’a pas eu crainte de s’attaquer à un sujet aussi noir que la traque du diable dans son nouveau roman Le Serment des limbes.

«Bizarrement, confie-t-il, on pourrait croire que tout ça vient d’un esprit tourmenté. Mais là, je l’assure, pas du tout. Mes idées étaient claires, je me sentais en meilleure forme. Bien dans ma peau et dans mes baskets. Je crois, sans fausse modestie, que j’ai bien travaillé. Ce roman est abouti. Peut-être le plus abouti de tous.»

Jean-Christophe Grangé a pris le temps d’écrire à son rythme, dans le confort et sans souci. Le succès, l’avoue-t-il, lui permet de se tenir loin du piège et de l’obligation d’écrire de plus en plus vite pour réussir à publier de plus en plus. De cette spirale il s’est écarté et il privilégie la qualité.

Le grand écran
«Le cinéma, l’adaptation de mes livres au grand écran m’ont permis ce confort, affirme-t-il. Deux publics différents ont accès à ce que je fais. J’ai expérimenté ça en France. Des gens lisent et d’autres vont voir le film. Ce n’est pas le même public qui par exemple a lu ou vu Les Rivières pourpres. Les gens qui vont au cinéma ne lisent pas et vice versa.»

Pourtant Jean-Christophe Grangé ne s’implique pas quand il s’agit de rédiger les scénarios. «Je suis content comme ça. Les films ne me concernent pas. Je vends mes livres comme on vend une voiture. On ne dit pas à l’acheteur comment on doit la conduire.»

Pour lui, le cinéma est synonyme de complication, de choix à faire prudemment. Souvent, selon lui, le traitement cinématographique complique un sentiment décrit bien simplement par l’écriture.

«On m’a proposé de réaliser. Je crois que c’est un tout autre métier que le mien. J’aime travailler. Je travaille d’ailleurs très fort. Mais c’est une autre affaire que de diriger des équipes.»

Reportages
Journaliste avant de devenir écrivain, Jean-Christophe Grangé avait réalisé en dix ans quelques milliers de reportages pour Life Magazine, pour Paris Match. Il a gardé en mémoire des faits divers et cette histoire étrange de survivants aux prises avec le syndrome du Near Death Experience qui a lui a inspiré Le Serment des limbes.

«J’avais l’intuition de cette chose qui existe pour vrai, dit-il. J’ai interviewé des gens qui l’avaient vécue et j’ai mis, dans mon roman, le diable au bout. Tout ça a été très excitant à écrire. J’ai suivi le dynamisme de mes héros et me suis mis au service du thriller. Dans la vraie vie, je ne broie pas du noir. «J’ai oublié de vous dire: j’adore le Québec. J’y suis allé en reportage plusieurs fois, dit-il pour bien marquer le temps et la fin de notre entrevue. Je me souviens aussi combien j’ai été amoureux de Pascale Buissières. Entre nous, c’est un rendez-vous manqué…!»

Le Serment des limbes
Jean-Christophe Grangé
Albin Michel

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