DENISE BOMBARDIERLe revers de la véritéPar Manon Guilbert Le Journal de Montréal 02-04-2007 | 09h15
«Il y a un contre-discours, dit-elle en s’installant sur le canapé de l’immense salon Art déco. C’est ce qui m’inspire. Il y a toujours un revers à la vérité, du moins celle qu’on veut bien nous dire. En suivant ces trois femmes, je décris une société. Je crois que ça déconstruit quelques idées reçues sur l’évolution du Québec. J’ai toujours été critique face à ça. Il y a beaucoup de choses qui étaient taboues et dont on ne parlait jamais.» Deux de ses trois protagonistes ont la langue bien pendue lorsqu’elles ont pris un verre. L’alcoolisme, on le cachait, n’était pas que l’apanage des hommes. «Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay sont distinguées à côté de mes femmes», dit-elle en rigolant. La révolte Chez elles, il y existe une tonitruance que Denise Bombardier décrit avec plaisir. «Je crois que mon regard est différent de celui de tous ceux qui ont écrit sur les femmes de cette époque. Il y avait des révoltées dont la colère tournait à vide. C’est ce que j’ai voulu souligner. Certaines femmes étaient très enragées. L’alcool, pour plusieurs d’entre elles, prenait la place des médicaments. Dans leur exhibition, elle leur permettait la pleine mesure de la dérision et de l’ironie.» Edna, Irma et Gloria sont atypiques mais tout de même bien québécoises. Elles s’affirment et n’ont pas froid aux yeux lorsqu’il s’agit de donner leur opinion. Il faut les voir s’engueuler lors du référendum… «Ce sont des femmes très intelligentes, commente-t-elle. Elles reflètent aussi une grande partie de la société. La matière première de ce roman est ma vie. Les juifs ont pris beaucoup de place dans mon enfance. Il y a très longtemps que ce roman me trottait dans la tête. Évidemment, je magnifie mes tantes, j’embellis l’image que j’ai d’elles. Mais j’avoue que je les trouve impressionnantes!»
Journalisme et littérature Mais je crois tout de même que le roman incarne une certaine réalité inscrite au Québec.» Depuis Une enfance dans l’eau bénite, écrit en 1984, Denise Bombardier affirme que ce dernier roman lui semble le plus achevé. Elle se confronte avec les auteurs français. Le lectorat français lui réserve une belle place et selon elle, on ne sait pas trop bien l’évaluer chez nous, au Québec. Loin d’elle l’idée de s’assimiler au nombre des auteurs de la francophonie. Elle tient mordicus à la texture différente de sa langue, dont elle truffe son roman d’expressions goûteuses. «Affectivement, conclut-elle, je vis intensément d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique. Je suis tout ce qui se passe dans l’actualité. C’est difficile, c’est un mode de vie parfois schizophrénique. En 30 ans de vie en France, j’ai réussi à tirer mon épingle du jeu. Par rapport au Québec, je me sens une responsabilité. Je suis une ambassadrice de mon pays. C’est incroyable de constater le capital d’affection qu’ont les Français pour le Québec.»
Edna, Irma et Gloria
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